«L’élément principal en ce moment, c’est que la livre sterling est très forte, et que cela est très anti-inflationniste», a déclaré jeudi le chancelier de l’Echiquier Kenneth Clarke.
M. Clarke expliquait ainsi en partie le maintien du taux d’intérêt directeur britannique, au lendemain de son entretien mensuel de politique monétaire avec le gouverneur de la Banque d’Angleterre Eddie George. Le ministre des Finances soulignait aussi clairement la préoccupation du gouvernement face au renchérissement de la monnaie.
Un relèvement des taux aurait encore poussé la livre à la hausse. Or la monnaie britannique a atteint, en ce début d’année, son plus haut niveau depuis septembre 1992, et le sinistre «mercredi noir» qui avait marqué sa sortie catastrophique du Sytème monétaire européen (SME).
Face au deutsche mark, la monnaie de référence en Europe, la livre a gagné près de 20% en un an. Elle valait mercredi près de 2,67 marks et environ 9 francs français.
Les grandes entreprises exportatrices souffrent, à l’image du sidérurgiste British Steel qui va devoir réviser à la baisse ses prévisions de bénéfices.
La banque d’affaires Merrill Lynch juge que, depuis l’automne, la hausse de la monnaie a fait reculer les profits du groupe de 300 millions de livres (environ 500 millions de dollars).
Mercredi, Guinness, qui vend de la bière et du whisky dans le monde entier, lançait lui aussi un avertissement, en prévoyant que si la livre reste à ce niveau ses bénéfices seront rabotés de 60 millions de livres (environ 100 millions de dollars).
Plus généralement, les économistes tiennent le sterling en partie pour responsable de l’affaissement, au mois de novembre, de l’activité manufacturière du Royaume-Uni.
Au début du mois, le premier ministre John Major s’était lui-même inquiété de la progression du sterling qui, depuis plusieurs mois, s’alimente d’anticipations de hausse des taux d’intérêt. Le Royaume-Uni connaît une conjoncture économique radicalement différente de celle des autres pays européens. La croissance y est soutenue, la consommation en plein boom et le risque d’inflation bien présent.
Dans ces conditions, les marchés financiers jugent que les taux d’intérêt ne peuvent que monter en Grande-Bretagne, alors que leur tendance est à la baisse en Europe continentale. Les investisseurs se reportent donc sur des placements en sterling, mieux rémunérés, ce qui dope la devise.
La livre forte «perturbe nos échanges, mais elle est très anti-inflationniste», a estimé Kenneth Clarke. A quelque chose malheur est bon: le rythme de l’inflation s’est ralenti en décembre, s’établissant à 3,1% (hors crédits immobiliers) en décembre contre 3,3% le mois précédent.
Ces chiffres ont probablement aidé M. Clarke à résister à la pression de la Banque d’Angleterre qui s’est déclarée publiquement favorable à un resserrement du crédit. Les achats de Noël, moins fournis que prévu, ont aussi contribué à apaiser les tensions inflationnistes.
En Grande-Bretagne, la Banque centrale n’est pas indépendante. Le ministre des Finances maîtrise toutes les décisions économiques, y compris la politique monétaire.
Chômage au plus bas
Par ailleurs, l’Office national des statistiques (ONS) a annoncé sur des chiffres provisoires corrigés des variations saisonnières que le chômage britannique a atteint son plus bas niveau depuis six ans avec 1,88 million de demandeurs d’emploi en décembre dernier, le taux de chômage passant parallèlement à 6,7% de la population active.
Plus forte que prévue, cette réduction du nombre de demandeurs d’emploi de 45.100 personnes reflète la vigueur de l’activité économique en Grande-Bretagne.
Le gouvernement conservateur du premier ministre John Major s’est réjoui de ces chiffres satisfaisants, qui arrivent à point dans leur campagne électorale en vue des élections législatives prévues d’ici mai prochain.
«Le chômage recule partout dans le pays et la Grande-Bretagne peut arborer un large sourire », a déclaré John Major, qui semble avoir trouvé là son prochain slogan électoral.
«Au cours des quatre dernières années, la Grande-Bretagne a créé plus d’emplois que tous les grands pays européens réunis», a-t-il affirmé fièrement.
Reprenant du poil de la bête face à ses détracteurs travaillistes, que la plupart des sondages donnent comme les grands vainqueurs des prochaines législatives, John Major a enchaîné: «Les gens vont devoir choisir entre poursuivre une politique fructueuse qui apporte la stabilité et la prospérité ou mettre en jeu la récompense d’un dur travail en votant pour une alternative inexpérimentée et inconnue».
Accusant le gouvernement conservateur de manipuler les statistiques, le Parti travailliste a qualifié les résultats officiels de «chiffres fantasmagoriques».
Les chiffres de l’OCDE montrent que dans 18,9% des ménages britanniques, toutes les personnes en âge de travailler sont inactives, a affirmé le porte-parole des travaillistes chargé de l’Emploi, Ian McCartney.
«La seule industrie qui se développe sous le régime des Tories, c’est l’insécurité de l’emploi. La moitié de ceux qui parviennent à trouver un travail risquent de se retrouver à nouveau sans emploi avant un an», a-t-il ajouté.
L’ONS a reconnu que des facteurs exceptionnels avaient abouti à une exagération de la réduction du chômage en décembre. Il avait annoncé une baisse spectaculaire de 95.400 demandeurs d’emploi en novembre 1996.
La création d’une allocation de recherche d’emploi, qui prévoit que seules les personnes pouvant prouver qu’elles recherchent activement un emploi ont droit aux allocations chômage, pourrait notamment avoir réduit de 10.000 la statistique de décembre, admet l’ONS.
La mise en place d’un service téléphonique appelant à la délation contre les personnes fraudant l’aide sociale aboutit également à la radiation ou au changement de catégorie de certains demandeurs d’emploi, sans pour autant contribuer réellement à faire reculer le chômage.
Des économistes interrogés par Reuter avaient mis en garde contre l’impact statistique de ces nouvelles mesures.
Un économiste britannique avait ainsi estimé que la réduction du chômage en novembre était exagérée d’au moins 20.000 personnes.


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