Commandants et combattants des forces indépendantistes tchétchènes, ils ont engagé aujourd’hui ce qu’ils estiment être le combat pour préserver leur victoire contre les troupes russes. Pour cela, ils ont choisi de se ranger derrière Chamyl Bassaïev, le plus célèbre d’entre eux.
Leur mot d’ordre: entériner dès maintenant l’indépendance de la Tchétchénie, sans attendre l’an 2001 comme le prévoient les accords signés fin août après 21 mois de guerre sanglante entre Russes et séparatistes.
«Reporter la question du statut, c’est reporter la guerre», résume Khunkar-Pacha Israpilov, ancien commandant du front sud-est. «Cinq ans c’est trop long. Mais si Bassaïev est élu, la question sera tout de suite résolue».
Car Chamyl Bassaïev est la bête noire de Moscou, le «terroriste numéro 1» depuis ce mois de juin 1995 où, à la tête d’un commando qui mena une massive prise d’otages à Boudennovsk, loin derrière les lignes en plein territoire russe, il avait obtenu un cessez-le-feu provisoire et l’ouverture de négociations.
Ses partisans rappellent que ce raid avait permis aux «forces de la résistance», alors acculées, de reprendre leur souffle, et s’attendent à ce que l’élection de leur leader oblige Moscou à choisir sans délai entre deux maux: reprendre le combat à zéro ou accepter l’indépendance.
Bien qu’un décompte exact soit difficile à établir, il semble que la majorité des quelque 7.000 combattants actifs (selon les estimations) pendant le conflit partagent cette opinion.
De fait, de nombreux responsables militaires se sont rangés derrière Bassaïev plutôt qu’Aslan Maskhadov, leur ancien commandant en chef, qui a signé les accords avec les Russes et est donné comme favori pour la course à la présidence.
«Maskhadov est un homme droit. Mais il sera plus faible et il s’est mal entouré», affirme Khunkar-Pacha Israpilov. Selon les partisans de Bassaïev, Aslan Maskhadov a en effet laissé d’anciens «collaborateurs» du régime pro-russe entrer dans son équipe.
Ils évoquent aussi l’Histoire, et l’équipe de campagne a mis au point des publicités, diffusées sur les trois chaînes de télévision locale, qui mettent en parallèle le héros de la guerre d’aujourd’hui, âgé tout juste de 32 ans, et le légendaire imam Chamyl qui mena 25 ans durant la résistance à l’expansion russe au XIXe siècle.
Installé dans un confortable fauteuil de son état-major, vêtu de son éternel treillis, le Chamyl contemporain tient de son côté envers Moscou un langage alternant la carotte et le bâton.
«Nous avons gagné cette guerre et nous avons le droit à l’indépendance. Alors s’il faut à nouveau combattre, autant le faire maintenant, pas dans cinq ans quand nous aurons commencé à reconstruire», dit-il de sa voix douce.
«Il faut montrer sa place à la Russie, nous pourrons coopérer et c’est tout», poursuit-il. Mais son exigence posée, il rétorque à ceux qui le taxent d’extrémisme qu’il est conscient des réalités et que «la formule doit être: Pas dans la Russie, mais avec la Russie».
S’affirmant «sûr de gagner, inch’Allah», il se dit, comme de nombreux combattants, «fatigué de la guerre» mais prêt à reprendre le combat jusqu’au bout.
«Chamyl est un vrai patriote», affirme sur un marché du sud de Grozny Chakhid Chadaïev, un commandant de terrain. «Je n’ai rien à dire contre Maskhadov, mais je sais que sur la question de l’indépendance, il ne faut pas attendre. Mais ne vous inquiétez pas, nous les combattants nous attendrons de connaître la volonté du peuple. Et nous ne laisserons pas la division s’installer, ou le poids en pèsera sur nos épaules».


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