Le scandale avait éclaté fin septembre, après la découverte à plus de 800 km de Bogota des corps de 19 jeunes portés disparus, pour la plupart, dans la capitale. Ces hommes avaient été présentés comme des guérilleros, tués au combat, à peine quelques jours après leur disparition, rendant peu vraisemblable qu'ils aient pu être recrutés par la guérilla et entraînés si rapidement. Les enquêteurs avaient ensuite déterminé qu'ils avaient été exécutés sans raison, pour être présentés comme des combattants de la guérilla, en vue de l'obtention de récompenses. Des centaines de plaintes de proches des quatre coins de la Colombie avaient ensuite afflué, révélant l'ampleur de cette pratique.
Selon un bilan chiffré obtenu par l'AFP, le parquet général a désormais ouvert 848 enquêtes dans des affaires de ce type portant sur la mort de 1 375 personnes et un millier de militaires sont mis en cause, sans être nécessairement poursuivis à ce stade. Selon une source judiciaire, le nombre de victimes pourrait encore augmenter. Parmi les victimes, on compte 51 mineurs, et sur les 848 affaires, 768 sont postérieures à l'année 2004, a-t-on précisé. Le pic interviendrait en 2007, avec 347 affaires. Les organisations de défense des droits de l'homme ont notamment dénoncé l'existence d'une directive datant de 2005 promettant des récompenses pour la mort de guérilleros et qui aurait pu « doper » cette pratique.
Depuis, le gouvernement a aussi annoncé la destitution de 51 militaires, dont 27 en un seul jour, le 29 octobre, ce qui avait été qualifié de plus grande purge de l'histoire de l'armée colombienne. « Il s'agit de cas d'abstentions, de défaillances de commandement, d'éthique et de contrôle », a cependant assuré le ministre de la Défense Juan-Manuel Santos, qui a également annoncé des formations obligatoires en matière de droits de l'homme pour la troupe. Il a aussi confirmé, samedi, la dissolution d'une brigade déployée dans le département Norte de Santander (Nord-Est) et impliquée dans la disparition des jeunes de Bogota.
L'affaire, largement dénoncée par les organisations de défense des droits de l'homme nationales et internationales, avait suscité l'inquiétude des Nations unies et amené les États-Unis à annoncer la suspension de l'aide militaire à trois bases de l'armée colombienne impliquées dans des affaires de disparition de civils.


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