Des gendarmes français se tiennent à côté de feux lors d'une manifestation contre la "vie chère", à Paris, le 17 octobre 2026, dans le cadre d'un appel à la mobilisation nationale réunissant divers groupes exprimant leur colère : anciens "Gilets jaunes", lycéens et étudiants, militants pour le climat et même agriculteurs. Photo par Kiran RIDLEY / AFP
De Marseille à Paris, en passant par Lyon, de vives tensions et des affrontements nourris ont émaillé samedi les manifestations de « colère » contre la « vie chère », qui ont réuni des dizaines de milliers de personnes dans toute la France, à six mois de l'élection présidentielle. « Plus de 500 000 » personnes ont participé au mouvement partout en France samedi, selon le syndicat CGT, qui a appelé le gouvernement à « arrêter de réprimer » après les affrontements observés entre manifestants et forces de l'ordre.
A Saint-Etienne (sud-est), un manifestant a eu la main arrachée par une grenade policière, qu'il aurait ramassée, a-t-on appris de source proche du dossier. « Abattre le système », « on prend la Bastille » : cette mobilisation qui réunissait des contestations portées par les gilets jaunes, les lycéens et étudiants, des salariés mais aussi des militants pour le climat et antifascistes a pris parfois des accents insurrectionnels.
A Marseille (sud), des dizaines de commerces ont été pillés dans le centre. Plusieurs dizaines de manifestants ont aussi brièvement pénétré dans le hall de la mairie après en avoir enfoncé la porte, en criant « C'est la Révolution, on prend la Bastille, » avant d'être dispersés par les forces de l'ordre, a constaté un journaliste de l'AFP. La prise de cette prison par les Parisiens le 14 juillet 1789 avait marqué le début de la Révolution française.
Des manifestants ont cherché à s'en prendre à des lieux de pouvoir dans le pays, selon le ministère de l'Intérieur, comme à Lille où des individus ont à forcer plusieurs entrées de la mairie, saccageant une partie des locaux, selon un journaliste de l'AFP.
« Abattre ce système »
A Paris, un cortège sauvage, c'est-à-dire non déclaré, a été lui « refoulé » par les forces de l'ordre alors qu'il se dirigeait samedi vers le palais de l'Elysée, selon la préfecture de police.
Dans le quartier de l'emblématique place de la République, d'où s'est élancé le cortège parisien, flottaient d'épaisses fumées noires provoquées par des incendies de poubelles ou de kiosque à journaux, qui se mêlaient à celle des gaz lacrymogènes utilisés par les policiers pour contrer plusieurs centaines de manifestants, dont certains tiraient des mortiers d'artifice. Deux personnes ont escaladé la statue, près de laquelle une voiture a été incendiée, pour l'habiller d'un gilet jaune floqué « 2026 la police mutile les lycéens ».
En 2018-2019, le mouvement des gilets jaunes avait débuté par des protestations contre la hausse des taxes sur les carburants et donné ensuite lieu à des violences en marge des manifestations, notamment sur les Champs-Élysées, et à des mutilations de manifestants, dont les images avaient fait le tour du monde.
« Cette fois-ci nous allons gagner et abattre ce système », a affirmé Marjorie Keters, gilet jaune et porte-parole du collectif politique « Pour une écologie populaire et sociale », alors que la manifestation principale elle-même se déroulait dans le calme à Paris.
A Lyon, c'est une antenne de l'office de tourisme qui a été saccagée et incendiée. A Bordeaux, le rassemblement de 7.000 manifestants, a dégénéré en affrontements entre éléments radicaux et forces de l'ordre, dans des rues commerçantes du centre-ville, selon des journalistes de l'AFP.
« Planète qui brûle »
A 13H00 GMT, 272 personnes avaient été interpellées en France, selon le ministère de l'Intérieur qui avait dit craindre que « l'ultragauche fasse dégénérer les cortèges ». En dépit de ces incidents, de nombreux manifestants ont répondu à l'appel et manifesté dans le calme pour faire entendre leurs revendications, dans les grandes villes comme de plus petites, à Niort (ouest) ou encore Valenciennes (Nord).
« À la fin du mois, je n'ai plus rien, les prix augmentent mais pas les salaires. On n'en peut plus, on étouffe », dénonce Franck, un fonctionnaire quadragénaire qui a manifesté à Guéret, dans le centre de la France, avec environ 400 personnes. « Moi, je suis jeune. J’ai fait des études. Je n'ai pas de revenus. On a une planète qui brûle. Et on a un gouvernement qui se fout de notre gueule ! », se désole pour sa part Anaé, une étudiante de 24 ans, dans le cortège parisien.
Sur le site 17octobregiletjaune.net, l'appel à la mobilisation s'adressait aussi aux habitants des quartiers, paysans, ouvriers ou retraités, invités à descendre dans la rue et sur des ronds-points ou autour de stations-services, de péages ou d'axes de circulation. Présent dans le cortège parisien, le candidat de gauche radicale La France insoumise (LFI) à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, a accusé les chaînes d'info télévisées d'« inonder d'images de violences alors que « des dizaines de milliers de gens » défilent « calmement ».
La candidate du Rassemblement national (RN, extrême droite), Marine Le Pen, a pour sa part dénoncé que « les revendications sociales légitimes (aient) une nouvelle fois été prises en otage par l’extrême gauche et les discours des députés de Jean-Luc Mélenchon ».