Des lycéens français bloquent l'accès au lycée Paul-Éluard pour réclamer l'embauche de remplaçants, davantage de moyens et de meilleures conditions d'apprentissage, à Saint-Denis, près de Paris, en France, le 30 septembre 2026. REUTERS/Abdul Saboor/Photo d'archive
Par mesure de sécurité, les cours seront « totalement ou partiellement » suspendus dans 400 à 500 lycées lundi, à la veille d'une nouvelle journée de blocages redoutée par le gouvernement, qui se défend de faire état d'un usage disproportionné de la force, face à la colère des lycéens.
Parti mi-septembre d'un lycée de Créteil (Val-de-Marne), le mouvement des lycéens - qui réclament notamment plus de moyens humains et financiers, dénoncent les absences non remplacées de professeurs, le délabrement des bâtiments - s'est étendu à toute la France et enflammé cette semaine, marquée par une multiplication d'incidents et d'affrontements avec les forces de l'ordre.
Façades incendiées, professeurs agressés... Sur les 3.700 lycées du pays, « entre 400 et 500 » ont dû suspendre leurs cours vendredi, parce que les conditions de sécurité matérielles n'étaient « pas remplies », ou que des personnels « ont été directement visés » et « il y en aura probablement autant lundi, mais avec une reprise partielle des cours », a indiqué dimanche le ministre de l'Education Edouard Geffray, sur France 2 et France inter.
Depuis les premiers blocages, « 78 personnels de l'Education nationale ont été blessés », (...) 24 établissements ont été incendiés ou saccagés » et en incluant les dégradations de logements de fonction, la facture atteint probablement « entre 20 et 30 » millions d'euros, a résumé le ministre.
« Lycéens violentés »
Invité dans l'émission de débat « Franc-jeu », face au coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard, M. Geffray a de nouveau accusé LFI d'avoir « incité au blocage » et favorisé la flambée de violences. Jeudi, Matignon avait estimé que le mouvement basculait vers des « violences urbaines », y voyant une « manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultra-gauche ».
« Si quelqu'un est responsable de cette mobilisation, c'est vous ! Parce que cette situation, c'est la conséquence de dix années de politique macroniste, de 10.000 suppressions de postes d'enseignants, de refus de revalorisation du point d'indice des fonctionnaires » ou encore « de Parcoursup, qui génère de l'angoisse », a répliqué dimanche Manuel Bompard.
M. Bompard a « déploré » les violences mais regretté que l'exécutif « résume » le mouvement aux débordements et cherche ainsi à « éteindre » des « revendications légitimes ».
Il a encore fustigé des interventions « absolument disproportionnées des forces de l'ordre ». « Quand vous avez un lycéen qui perd un oeil » dans un tir de flashball, un autre « qui prend une grenade lacrymogène dans les yeux » ou « une jeune étudiante qui se fait étrangler pendant plusieurs minutes, votre devoir (...) c'est aussi d'apporter votre soutien à ces lycéens violentés », a-t-il dit.
La semaine dernière, plusieurs organisations dont le syndicat de la magistrature (SDM), la CGT ou la Ligue des droits de l'Homme avaient accusé le gouvernement et les forces de l'ordre de « réprimer » la jeunesse avec des moyens « disproportionnés », face à la grande « vulnérabilité » des manifestants, essentiellement des enfants », soulignait le SDM.
5.000 interpellations
Les forces de l'ordre « ne répriment pas la jeunesse » mais « protègent » élèves et étudiants désireux de « porter pacifiquement leurs revendications », a répondu dimanche le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, déplorant des « accusations graves et sans fondement ».
Depuis lundi, les autorités ont dénombré plus de 5.000 interpellations, dont environ 85% de mineurs, en marge du mouvement (1.700 pour la seule journée de vendredi).
Un adolescent de 16 ans a notamment été interpellé suite à l'agression d'un enseignant à La Ciotat, aspergé d'essence. Un autre, âgé de 15 ans, soupçonné d'avoir actionné un spray enflammé sur le visage d'une passante à Marseille, a été déféré en vue de sa mise en examen pour « acte de barbarie ».
Deux personnes ont aussi été placées en garde à vue à Belfort pour avoir participé au passage à tabac d'un policier, mais l'un d'eux a lui-même déposé plainte pour « tentative de meurtre », a annoncé dimanche son avocat.
Alors que « l'acte III » des lycéens, prévu mardi, inquiète une partie de la classe politique, le candidat communiste à la présidentielle Fabien Roussel a appelé dimanche enseignants, salariés et militants à les soutenir, pour que « les revendications émergent plutôt que la violence ».
Les militants communistes proposeront aux organisations de jeunesse de les « aider » à « sécuriser les parcours », a-t-il dit.