Des réservoirs de stockage de carburant sont photographiés au dépôt pétrolier de la CCMP (Compagnie Commerciale de Manutention Pétrolière) à Pauillac, au nord de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, le 10 mars 2026. Photo d'archives Philippe LOPEZ / AFP
Les dirigeants du G7 ont convenu vendredi de libérer jusqu'à 100 millions de barils de gazole et pétrole brut dans les quatre mois, et de ne pas interdire les exportations entre pays membres comme menaçaient de le faire les États-Unis, pour tenter de réduire la pression sur les prix des carburants.
« On a décidé de relâcher les stocks stratégiques de gazole et de pétrole brut sous la coordination de l'Agence internationale de l'énergie (...) pour pouvoir dans les quatre mois libérer jusqu'à 100 millions de barils », a annoncé Emmanuel Macron à l'issue d'une vidéoconférence du G7 présidé par la France.
Des stocks « substantiels » de gazole vont être mis sur le marché dans les 20 prochains jours, selon une déclaration des pays membres du G7, qui n'excluent pas de « discuter de la possibilité » de débloquer des stocks « additionnels ».
En outre, « nous sommes tous engagés à ce qu'il n’y ait aucune interdiction à l’export. Le président Trump a été très clair sur ce point », a ajouté M. Macron.
Donald Trump a assuré au même moment sur son réseau Truth Social que « l'Europe venait d'accepter de mettre sur le marché une quantité massive de son gazole abondamment stocké ». « Le processus va commencer immédiatement », a assuré le président américain.
Ces décisions « devraient faire baisser les prix » des carburants, dont les prix flambent en raison de la guerre au Moyen-Orient, selon le président français.
Emmanuel Macron a aussi indiqué que les pays du G7 avaient convenu de « travailler (...) pour faire baisser les marges des raffineurs et pour faire baisser les coûts de transport » qui ont largement augmenté avec les blocages du stratégique détroit d'Ormuz.
Menace
Pour soulager le marché mondial, le gouvernement américain pressait l'Europe de puiser dans ses stocks de gazole et menaçait même d'interdire les exportations de carburants vers l'Union européenne en cas de refus.
Mais la Commission européenne avait averti qu'une telle interdiction « porterait atteinte à notre confiance dans les États-Unis en tant que partenaire fiable ». La coupure des approvisionnements américains serait une catastrophe pour l'UE, car 50% du gazole importé par les Vingt-Sept provient des États-Unis.
Le marché du pétrole avait anticipé ces annonces. Les cours du WTI américain avaient chuté de 5% à la mi-journée à Londres.
Tout au long de la journée, les réunions se sont enchainées à Bruxelles.
Côté français, Emmanuel Macron avait eu Donald Trump au téléphone dans la nuit de jeudi à vendredi. Il avait souligné que les pays du G7 — Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni — « avaient un intérêt commun à agir de manière concertée, sans restriction aux exportations », selon l'Élysée.
Le gouvernement allemand avait pour sa part appelé à des « solutions coordonnées » afin de « ne pas perturber davantage » les marchés.
Législatives
En mars dernier, les États membres de l'AIE, dont ceux de l'UE, avaient promis de libérer progressivement 400 millions de barils de pétrole prélevés dans leurs stocks stratégiques, mais tous n'ont pas encore été mis sur le marché.
Les attaques ukrainiennes sur les infrastructures énergétiques russes et le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran pénalisent grandement la production mondiale de gazole, bien que les raffineries situées ailleurs dans le monde tournent à plein régime pour transformer le pétrole brut en carburant.
L'inflation dans la zone euro a grimpé en septembre à un nouveau sommet depuis trois ans (à 3,8%), en raison de la flambée des prix de l'énergie provoquée par le conflit au Moyen-Orient.
Dans l'UE, le prix à la pompe du gazole vient d'atteindre un nouveau sommet historique avec une moyenne hebdomadaire de 2,24 euros le litre.
Aux États-Unis, ce carburant a atteint fin septembre le niveau record de 6,53 dollars le gallon (3,78 litres).
« Les agriculteurs, les transporteurs routiers et les entreprises américaines ne devraient pas avoir à supporter seuls le poids d'une pénurie mondiale de gazole », avait jugé avant ces annonces le ministre américain des Finances Scott Bessent, alors que les élections législatives de mi-mandat se tiennent début novembre.
Mardi, la Commission européenne avait déjà fait un geste en direction des géants des hydrocarbures et de Washington, en proposant de reporter d'un an sa loi contre les émissions de méthane, un gaz à effet de serre extrêmement polluant.
Un pétrolier touché par un projectile dans le détroit d'Ormuz, selon une agence de sécurité maritime