Le député Kataëb Nadim Gemayel lors de son discours sur la place Sassine le 13 septembre 2026. Photo Ani
Le député Kataëb Nadim Gemayel a déclaré dimanche soir que sa formation politique ne s’opposait pas à ce que le Liban fasse la paix avec son voisin israélien, qui occupe toujours plus de 600 km² du territoire libanais et a rasé plusieurs dizaines de villages frontaliers dans le cadre de sa guerre contre le Hezbollah.
« Nous voulons que nos relations soient plus qu’excellentes avec tout notre environnement, à condition que personne ne s’ingère dans nos affaires ou n’ait de visées sur notre territoire. Nous n’avons aucun problème à faire la paix avec qui que ce soit, ni avec Israël ni avec aucun autre pays », a insisté le député phalangiste, s’exprimant depuis la place Sassine à l’occasion du 44e anniversaire de la mort de son père et ancien président libanais Bachir Gemayel, assassiné lors d’un attentat à la bombe le 14 septembre 1982 par Habib Chartouni, membre du Parti syrien national social (PSNS).
La conclusion d’un accord-cadre en juin, à l’issue de plusieurs rounds de négociations directes entre le Liban et Israël pour organiser le désarmement du Hezbollah par l’armée libanaise dans certaines zones, n’a pas empêché l’armée israélienne de continuer à bombarder massivement le territoire libanais, faisant de nouveaux morts, y compris parmi les civils.
Nadim Gemayel a aussi reproché à l’État libanais de ne pas agir avec plus « d’audace » pour désarmer le Hezbollah et lutter contre l’influence iranienne dans le pays. « La déception est grande et le sentiment qui domine est celui de la défaillance et de l’absence de l’État (...) Tout ce que nous demandons, c’est que l’État se ressaisisse vraiment, qu’il respecte ses décisions et qu’il soit à la hauteur de sa parole », a-t-il lancé. « Si vous vous attendez à ce que le Hezbollah devienne libanais et remette ses armes à l’État, alors vous ne comprenez pas sa composition, sa politique, son idéologie, l’étendue de son lien avec l’Iran et sa raison d’être. Les Américains nous soutiennent et nous aident, et les pays du Golfe aiment le Liban et ont toujours été à ses côtés. Mais nous avons nous aussi des devoirs. Tout ce qui est demandé de nous, c’est un projet d’État sérieux, fondé sur la volonté et l’audace dans sa mise en œuvre », a-t-il poursuivi.
« Voulez-vous que tout le Liban ressemble à Bint Jbeil et Ali Taher ? »
« Comment le monde peut-il nous prendre au sérieux alors que vous accordez une résidence de courtoisie à l’ambassadeur que vous aviez expulsé, brisant ainsi votre propre décision et votre parole, et portant atteinte à l’autorité de l’État ? Comment le monde peut-il nous prendre au sérieux alors que vous permettez toujours aux gardiens de la révolution iraniens et à la milice de continuer à creuser nos montagnes, tandis que vous vous contentez de regarder ? Voulez-vous que tout le Liban devienne semblable à Bint Jbeil et Ali Taher ? Comment le monde peut-il vous prendre au sérieux s’il n’y a ni cohérence ni engagement entre le pouvoir politique et le commandement militaire ? Et chaque fois que nous demandons à l’armée d’agir avec fermeté, vous invoquez le risque d’une guerre civile et la division de l’armée ? », a encore insisté Nadim Gemayel.
Israël a occupé et rasé au cours de cette dernière guerre la ville de Bint Jbeil, qui avait été l'un des points névralgiques de la ligne de front du Hezbollah lors de la guerre de 2006. Elle a également fait exploser la semaine dernière, avec plus de 1 100 tonnes d’explosifs, un complexe de tunnels du Hezbollah enfoui sous la colline stratégique d’Ali Taher, dans la région de Nabatiyé, qu’elle a assiégée pendant plusieurs semaines.
L’ambassadeur d’Iran Mohammad Reza Chibani a été déclaré persona non grata fin mars, en raison de soupçons d’ingérence dans les affaires libanaises via le Hezbollah, mais un compromis a été atteint fin août avec le renouvellement de son visa, sans pour autant qu’il retrouve son statut de représentant diplomatique.
