Un jeune garçon yéménite tient une fausse roquette lors d'une manifestation organisée à la suite de frappes des forces américaines et britanniques à Sanaa, la capitale yéménite contrôlée par les houthis, le 12 janvier 2024. Photo Mohammad Huwais/AFP
Les houthis ont fait état dimanche d'une cinquantaine de frappes saoudiennes au Yémen, notamment sur leur fief dans le nord du pays, quelques heures après une attaque revendiquée par ces combattants pro-iraniens contre une base militaire du royaume voisin. Les houthis, qui avaient annoncé en juillet un blocus maritime contre Riyad et visé ses pétroliers, avaient lancé mardi une attaque d'ampleur contre l'Arabie saoudite, alliée du gouvernement yéménite.
Les autorités saoudiennes avaient alors fait état de dizaines de blessés et de l'arrêt temporaire de plusieurs installations pétrolières. Le mouvement houthi a également infligé ces derniers jours d'importants revers aux forces gouvernementales yéménites, s'emparant au terme d'une offensive éclair du port historique de Mokha et du reste de la côte yéménite de la mer Rouge.
Il a ainsi renforcé son emprise sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, passage clé du trafic maritime en mer Rouge. « L'ennemi saoudien criminel a mené 58 frappes aériennes au cours des dernières 24 heures, visant les provinces de Taëz, Lahj, al-Jawf, Hajjah, al-Bayda et Saada, à l'aide d'avions F-15 ayant décollé de la base aérienne de Khamis Mushait », a indiqué sur Telegram le porte-parole des houthis, Yahya Saree.
Ces provinces sont situées pour la plupart dans le nord, comme Saada, le fief des combattants pro-iraniens, et dans l'ouest du pays. La chaîne Almasirah affiliée aux houthis a aussi signalé des « tirs d'artillerie » à Saada.
86.000 déplacés
Ces frappes se sont jusqu'ici concentrées principalement sur les lignes de front, en appui aux forces gouvernementales yéménites, sans viser le coeur du pouvoir houthi, notamment la capitale Sanaa, largement bombardée par la coalition dirigée par l'Arabie saoudite entre 2015 et la trêve de 2022. Riyad n'a pas confirmé les frappes au Yémen et communique par ailleurs peu sur celles menées par les houthis contre le royaume. Il émet cependant quasi quotidiennement de brèves alertes face à un risque d'attaques dans des régions du sud, près du Yémen.
Dimanche, les alertes, qui concernaient la ville d'Abha et la région proche de Khamis Mushait, ont été levées rapidement, selon la Défense civile. Plus tôt dimanche, les houthis avaient revendiqué avoir visé une base militaire. Samedi soir, la Défense civile saoudienne avait fait état de deux blessés à la suite de la chute d'un projectile tiré par les houthis dans la région de Jizan, également frontalière.
Les combats de ces dernières semaines dans l'ouest du Yémen ont fait des centaines de morts et ont déplacé près de 86.000 personnes selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Cet organisme a aussi affirmé que plus de 2.000 de ces déplacés avaient fui le pays par bateau depuis jeudi soir, vers Djibouti.
Entre 2014 et 2022, une guerre a opposé les houthis aux forces progouvernementales, soutenues par Riyad, faisant des centaines de milliers de morts et plongeant le Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, dans une crise humanitaire majeure. Les hostilités ont repris en juillet, lorsque les houthis ont défié le contrôle de Riyad sur l'espace aérien yéménite en autorisant un avion iranien à atterrir au Yémen. Le gouvernement reconnu par la communauté internationale avait riposté en frappant l'aéroport, une attaque que les houthis imputent à son allié saoudien.
Le Yémen est le dernier pays en date à avoir été entraîné dans le conflit régional déclenché par l'offensive américano-israélienne contre l'Iran fin février. Selon le média américain Axios, citant des responsables américains, le président américain Donald Trump a refusé d'ordonner des frappes contre les houthis, comme le lui avait demandé Riyad.