Le président de l'Association des banques au Liban Salim Sfeir à Baabda, le 14 mai 2026. Photo diffusée sur le compte X de la présidence
L’Association des banques du Liban (ABL) a reconduit ce mercredi 2 septembre le PDG de Bank of Beirut, Salim Sfeir, pour un quatrième mandat consécutif à sa tête.
Lors d’une assemblée générale extraordinaire tenue plus tôt dans la journée, les membres de l’ABL ont approuvé deux modifications exceptionnelles de ses statuts afin de porter une nouvelle fois le nombre d’administrateurs de 12 à 14, et d’autoriser le président en exercice à être encore exonéré de la limite de deux mandats consécutifs.
Salim Sfeir avait pris la tête de l’ABL en juin 2019, avant d’être réélu en 2021. Son troisième mandat avait été déjà rendu possible en janvier 2025 par une modification « exceptionnelle » des mêmes dispositions. Depuis son intronisation, le PDG de Bank of Beirut est l'un des principaux tenants de la « ligne dure » du lobby bancaire dans les questions liées à la répartition des pertes et la restructuration du secteur. Si le renouvellement de son mandat était, selon nos informations, quasiment déjà acquis auprès de membres de l’association, le président de la Lebanese Swiss Bank, Tanal Sabbah, a été le seul à se présenter face à Salim Sfeir, sous le slogan : « Consolider la démocratie et lutter contre le confessionnalisme ». De confession chiite, sans pour autant se revendiquer comme tel, M. Sabbah fait partie des membres dénonçant notamment le fait que le poste soit traditionnellement attribuée à une confession spécifique, en l'occurrence maronite. Une assemblée générale ordinaire, tenue immédiatement après, a approuvé les rapports et les états financiers de l’association pour 2025, élu son nouveau conseil d’administration et adopté son projet de budget pour 2027.
Les 14 administrateurs sortants ont tous été réélus : Salim Sfeir, Nadim Kassar (Fransabank), Ghassan Assaf de BBAC, Walid Raphaël de la Banque libano-française, Saad Azhari de BLOM Bank, Antoun Sehnaoui de SGBL, Raya Haffar el-Hassan de BankMed, Abdel Razak Achour de Fenicia Bank, Joseph Torbey du Crédit libanais, Khalil Debs de Bank Audi, Tanal Sabbah de la Lebanese Swiss Bank, Semaan Bassil de Byblos Bank, Raed Khoury de Cedrus Bank et Marwan Kheireddine d’AM Bank. Nadim Kassar conserve la vice-présidence, Walid Raphaël demeure secrétaire général et Abdel Razak Achour trésorier.
Parmi les dépenses approuvées dans le budget 2027 de l’ABL figure une enveloppe de deux millions de dollars inscrite au titre des relations publiques et destinée aux médias libanais, principalement aux chaînes de télévision. Un banquier au fait de cette dépense a indiqué, sous couvert d’anonymat, que ces fonds avaient auparavant servi à financer « des publicités, des dons aux chaînes de télévision ainsi que des temps d’antenne pour les représentants et les membres de l’ABL ».
Selon lui, les fonds avaient été distribués « de manière désordonnée » au cours des années précédentes, sans programme de communication structuré ni cahier des charges. Il a ajouté qu’aucun plan clairement défini n’avait encore été établi pour les dépenses de cette année. Alors que cette dépense était auparavant financée principalement par une poignée de banques – notamment les 14 membres du conseil d’administration l’année dernière – son coût sera désormais réparti entre les quelque 50 membres de l’ABL par l’intermédiaire de leurs cotisations.
Une place dans les négociations
Les discussions ont également porté sur l’exclusion du secteur bancaire des négociations en cours entre le Fonds monétaire international (FMI), la Banque du Liban (BDL) et l’État sur la répartition des dizaines de milliards de dollars de pertes du secteur financier et sur le remboursement des dépôts illégalement bloqués depuis 2019. « L’assemblée générale a demandé que les banques soient représentées dans les négociations, soit par l’intermédiaire du conseil d’administration, soit par une commission désignée », a ajouté le banquier. Selon le banquier, les banques libanaises ne disposent actuellement d’aucun cabinet externe pour les représenter dans les négociations. Leur collaboration entamée en août 2025 avec le cabinet international de conseil Ankura dans ce but aurait pris fin « il y a environ six mois ». À l’époque, deux sources bancaires avaient indiqué à L’Orient-Le Jour que le contrat envisagé devait courir sur 18 mois, pour un montant de quatre millions de dollars – soit environ 220 000 dollars par mois. Selon le banquier, le rôle d’Ankura s’est finalement limité, pour l’essentiel, à « faire tourner les chiffres ».
La question de la résolution de la crise et de la répartition des pertes fait l’objet d’un intense bras de fer politique depuis des années : après les échecs successifs au Parlement des plans présentés par les gouvernements précédents, le Conseil des ministres a approuvé, le 26 décembre 2025, le projet de loi sur la stabilisation financière et le recouvrement des dépôts, communément appelé « loi sur le trou financier », toujours à l’étude en commission parlementaire. Le texte vise à répartir les pertes entre l’État, la BDL, les banques commerciales et les déposants, tout en établissant des mécanismes de remboursement des dépôts. Quant à la loi sur la résolution bancaire, qui établit le cadre pour les restructurations futures, elle a déjà fait l’objet d’une révision à la demande du FMI en août 2026, à peine un an après son adoption.

