Des députés sunnites s’exprimant à la presse à l’issue de leur entretien avec le président de la Chambre, Nabih Berry, à Aïn el-Tiné, le 3 août 2026. Photo Hassan Ibrahim/Parlement libanais
Les députés sunnites accordent enfin leurs violons. Lundi, le président du Parlement, Nabih Berry, a reçu plusieurs élus de la communauté, qui lui ont présenté une formule de consensus sur la loi d'amnistie générale. Un entretien intervenu plus de deux semaines après la séance plénière au Parlement, qui a exposé au grand jour la division intersunnite au sujet de cette loi. Selon les informations de L'Orient-Le Jour, à l'issue de l'accord intersunnite et de la réunion de Aïn el-Tiné, la loi devrait donc être adoptée lors d’une séance plénière attendue le 11 août.
« Nous avons remis à M. Berry une copie de notre texte portant sur les modifications à apporter à la version initiale de la loi d’amnistie », indique à L’Orient-Le Jour Imad Hout, député de la Jamaa islamiya. « Nous tentons de résoudre les problèmes liés à certains manquements de la justice, notamment du tribunal militaire, à ses devoirs et à quelques jugements injustes à l'égard de certains détenus, islamistes et autres », a déclaré de son côté Bilal Abdallah, député joumblattiste, à l'issue de la réunion.
Jeudi dernier, une large frange des parlementaires de la communauté s’était réunie au Parlement pour s’entendre sur les amendements à apporter au texte en vue de défricher le terrain devant son adoption. Les propositions de modifications avancées — et dont L’OLJ a obtenu une copie — portent principalement sur trois points. D’abord, l’abolition de la peine de mort, appelée à être remplacée par les « travaux forcés aggravés » à perpétuité pour les crimes commis après l’entrée en vigueur de l’amnistie. Pour les crimes antérieurs à cette date, la peine capitale devrait être remplacée par les travaux forcés à perpétuité. Ces amendements pourraient permettre le vote de l’amnistie avant celui de l’abolition de la peine de mort, comme le voulaient les sunnites. « M. Berry nous a promis que l’amnistie sera à l’ordre du jour de la prochaine séance », dit l’un des participants à la réunion. Autre modification proposée par les députés sunnites : préserver le droit à l’action civile pour les parents des victimes d’assassinats politiques, de viol, de torture, ou encore d’homicides intentionnels. Les intéressés doivent toutefois avoir exercé ce droit avant le 1er mars 2026.
Les parlementaires sunnites appellent enfin à ce que la nouvelle version de la loi d’amnistie permette la remise en liberté des personnes détenues sans jugement définitif (pour les crimes commis avant le 1er mars 2026) depuis plus de douze années de détention (au lieu de quatorze), quitte à ce que leurs procès se poursuivent conformément aux lois en vigueur. « Mais ils pourront au moins être libérés temporairement, au lieu de rester derrière les barreaux », précise Nabil Badre, député beyrouthin qui a pris part aussi bien à la réunion de jeudi qu’à l’entretien avec Nabih Berry lundi.
De sources parlementaires concordantes, on souligne que le président de la Chambre a clairement indiqué à ses interlocuteurs qu’il soutient l’adoption d’un texte incluant toutes ces modifications. Cela s’applique-t-il au Hezbollah, accusé par plusieurs députés sunnites d’entraver l’adoption de l’amnistie générale depuis des mois ? « Je crois que Nabih Berry s’est exprimé au nom de son propre bloc. Il ne peut pas décider pour le Hezbollah », commente Imad Hout. Plusieurs figures parlementaires sunnites estiment cependant que le parti de Kassem se rangera derrière son « grand frère » dans cette affaire.
Quid d’Assir ?
Mais tel n’est pas le seul obstacle à surmonter. Il y a aussi le rejet par l’armée de toute formule à même de remettre en liberté des combattants islamistes accusés d’avoir tué des soldats. Tel est notamment le cas du cheikh salafiste Ahmad el-Assir, dont des éléments armés avaient affronté l’institution militaire libanaise à Abra (Saïda) en juin 2013. Des réunions sont prévues prochainement entre le vice-président de la Chambre, Élias Bou Saab, le bras droit de Nabih Berry, Ali Hassan Khalil et Nabil Badre pour tenter de résoudre ce problème. « Tout le monde est conscient, y compris Assir lui-même, que certains acteurs sont déterminés à ne pas le remettre en liberté », estime un député sunnite.
Parallèlement, L’OLJ a appris que des contacts sont en cours entre les sunnites et les Forces libanaises pour éviter une réédition du scénario du 16 juillet, quand le retrait des membres de ce bloc avait provoqué un défaut de quorum avant l’adoption de l’amnistie et de l’abolition de la peine capitale. « Les contacts se poursuivent avec les députés sunnites. Et notre bloc tiendra une réunion pour trancher une fois la séance convoquée, dit Georges Okaïs, député FL. Cette fois-ci, les sunnites ont atteint un consensus, contrairement au 16 juillet. »



