Au moment où les Israéliens continuent de détruire les localités du Liban-Sud, les regards se tournent vers le Hezbollah et la réaction qu’il pourrait avoir. Son chef, Naïm Kassem, avait déclaré à plusieurs reprises qu’il n’y aurait pas de retour à la période antérieure au 2 mars 2026, lorsque les frappes israéliennes restaient sans riposte. La question qui hante aujourd’hui les Libanais est donc de savoir si nous nous trouvons à l’aube d’une « troisième » guerre entre le parti et Israël.
Le Hezbollah se garde bien de répondre directement à la question, car le flou fait désormais partie de sa tactique comme de celle de la plupart des protagonistes de la région. Mais dans ses cercles privés, il assure que sa priorité aujourd’hui est l’intérieur libanais et la nécessité de préserver la paix civile. Ses responsables sont ainsi catégoriques sur le fait qu’il ne se laissera pas entraîner dans un conflit interne, ni avec l’armée ni avec toute autre composante. Les communiqués et les déclarations critiques qu’il multiplie actuellement visent à marquer sa position et, surtout, à calmer sa base populaire, tout en sachant qu’ils ne se traduiront pas sur le terrain. Le Hezbollah se dit ainsi toujours engagé à ne pas recourir à la rue, à ne pas faire chuter le gouvernement et à éviter toute friction avec l’armée, comme il l’avait promis au président de la Chambre, Nabih Berry. Quant à l’accord-cadre conclu par le Liban avec Israël sous le parrainage des Américains, le Hezbollah ne cache pas qu’il s’y oppose, mais il compte essentiellement sur les Israéliens eux-mêmes pour le faire tomber. Il préfère, lui, se comporter comme si cet accord n’existait pas, en accord total avec Nabih Berry.
Toutefois, le Hezbollah estime que la responsabilité de mettre fin aux attaques israéliennes destructrices incombe aux autorités qui ont conclu l’accord-cadre. À ceux qui lui reprochent de ne pas réagir face à toutes les agressions israéliennes, il affirme que la zone au sud du Litani a été vidée à près de 80 % des ses armes après l’accord de novembre 2024, ce qui limite sa capacité de riposte. Par contre, il n’y aura pas, selon lui, le même scénario pour la zone au-dessus du Litani. Mais un retour aux opérations militaires de sa part reste tributaire d’un développement important sur le terrain au Liban, ou de la reprise de la guerre à grande échelle dans la région. Mais ces scénarios ne semblent pas, pour l’instant, privilégiés.
Toutefois, le Hezbollah reconnaît que toutes les hypothèses sont possibles, tant les développements deviennent imprévisibles. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, tout en se voulant rassurant avec sa base populaire en lui disant que les fonds de la reconstruction sont déjà prévus et qu’ils seront prêts à être utilisés au moment venu, le parti ne verse actuellement pas un sou dans ce but, estimant qu’il est encore trop tôt.
Ce dont le parti est sûr, à ce stade, c’est qu’il n’est pas possible de l’éliminer de la scène libanaise. Ses responsables confient d’ailleurs, dans leurs cercles privés, que des discussions ont commencé avec des médiateurs, notamment le Qatar et la Turquie, au sujet de son avenir au sein de la structure libanaise. Ces mêmes responsables révèlent que plusieurs propositions ont déjà été faites, mais le Hezbollah préfère, pour l’instant, attendre avant de prendre des décisions à ce sujet. À ceux qui lui posent des questions sur l’avenir, il se contente de lancer cette phrase : « Il ne faut pas craindre un Hezbollah victorieux contre Israël, mais plutôt un Hezbollah vaincu… »
En réalité, le Hezbollah ne cache pas une certaine inquiétude sur le plan interne, face à la montée de la grogne à son égard et, surtout, à son isolement politique. Il essaye ainsi de redynamiser ses vieilles alliances, mais, dans le contexte actuel, il se heurte à l’atmosphère générale du pays, qui ne lui est pas favorable. Ses adversaires utilisent d’ailleurs cette situation pour l’isoler davantage. Il lui reste encore quelques groupes alliés, qui évoluaient dans son orbite, et, bien sûr, le mouvement Amal et son chef Nabih Berry. Malgré les divergences entre eux, la relation reste solide. Selon le Hezbollah, il ne faut pas oublier que Nabih Berry occupe également des fonctions officielles à la tête du Parlement, ce qui le contraint parfois à adopter des positions différentes de celles de son allié. Mais cela ne signifie pas qu’il ne faut pas rester vigilant, estiment des responsables au sein de la formation, sachant que les Israéliens veulent à tout prix pousser le parti à commettre une faute, qu’elle soit à l’intérieur ou dans la confrontation avec eux, pour retourner tous les Libanais contre lui.

