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Agenda - Hommage À Eddy Tohmé

À la mémoire de mon premier professeur d’histoire

Eddy Tohmé est mort. Des hommages se multiplient depuis quelques jours et évoquent tous le même homme : un ami fidèle dont la présence a marqué ceux qui ont eu la chance de le connaître.

Je n’ai pas connu Eddy comme ami, mais comme professeur d’histoire au collège. Je ne l’avais pas revu depuis 20 ans. Pourtant, son souvenir ne m’a jamais quitté. Eddy fut la première personne, en dehors de la maison, à me montrer ce qu’était une passion et ce que signifiait la transmettre. Il m’apprit que le passé n’était pas une suite de dates, mais un monde dont il fallait retrouver les traces pour en reconstruire l’histoire. Pendant les deux années où il m’enseigna, il me fit découvrir le Moyen Âge, une période dont j’allais faire mon métier d’historien.

Je me souviens encore d’une sortie à Jbeil avec notre classe de 6e en 2003. Eddy avait peut-être l’âge que j’ai aujourd’hui. Pour les élèves de 11 ans que nous étions, il incarnait une espèce rare : celle du professeur que nous admirions sincèrement. En parcourant les ruelles de Jbeil, il nous montra les strates de son passé : comment les croisés avaient réemployé d’immenses colonnes de granit romaines, toujours visibles dans les fondations de leurs fortifications. Comment chaque époque s’était construite sur les vestiges de la précédente. Et comment une ville pouvait traverser les siècles, survivre aux changements de cultures et continuer à vivre à travers ses commerces, ses bâtiments, ses habitants et ses conquérants. Ce jour-là, à Jbeil, l’histoire cessa pour moi d’être une leçon d’école et devint un récit du passé dont les traces demeuraient visibles sous nos yeux.

Je me souviens aussi de la jalousie que je ressentis lorsque, en 2015, un ami me raconta avec beaucoup de fierté qu’Eddy était devenu son professeur à l’université, à Beyrouth. Je commençais alors des études en histoire au Canada. Je n’avais qu’une idée en tête : comme j’aurais aimé être encore son élève.

Eddy Tohmé était une véritable légende pour les générations d’élèves qu’il a formées au Collège Louise Wegmann. Le silence du Collège depuis sa disparition est, à cet égard, regrettable.

Devant une vie si tôt interrompue, ces vers de Victor Hugo viennent à l’esprit :

« Hélas ! voici déjà les arbres qui jaunissent !

Comme le temps s’en va d’un pas précipité !

Il semble que nos yeux, qu’éblouissait l’été,

Ont à peine eu le temps de voir les feuilles vertes. »

Pour Eddy, le temps aura été cruellement compté. Qu’il repose en paix, et que ses proches trouvent quelque consolation dans l’affection que tant de personnes lui portent aujourd’hui.

Ghassan OSMAT

Chercheur à l’Université Yale, États-Unis

Eddy Tohmé est mort. Des hommages se multiplient depuis quelques jours et évoquent tous le même homme : un ami fidèle dont la présence a marqué ceux qui ont eu la chance de le connaître.Je n’ai pas connu Eddy comme ami, mais comme professeur d’histoire au collège. Je ne l’avais pas revu depuis 20 ans. Pourtant, son souvenir ne m’a jamais quitté. Eddy fut la première personne, en dehors de la maison, à me montrer ce qu’était une passion et ce que signifiait la transmettre. Il m’apprit que le passé n’était pas une suite de dates, mais un monde dont il fallait retrouver les traces pour en reconstruire l’histoire. Pendant les deux années où il m’enseigna, il me fit découvrir le Moyen Âge, une période dont j’allais faire mon métier d’historien.Je me souviens encore d’une sortie à Jbeil avec...