Le Premier ministre libanais Nawaf Salam rencontre le ministre syrien des Affaires étrangères Asaad el-Chaïbani au Grand sérail à Beyrouth, le 2 juillet 2026. REUTERS/Mohamed Azakir
Réuni au Grand Sérail de 15h à 17h30, le Conseil des ministres a approuvé jeudi la création d’une commission libano-syrienne, appelée « Commission supérieure libano-syrienne conjointe », une instance qui constitue désormais le cadre institutionnel supérieur de consultation, de coordination et de coopération entre les deux pays.
Signé plus tôt dans la journée par le Premier ministre Nawaf Salam et le ministre syrien des Affaires étrangères Assaad el-Chaïbani, en visite au Liban, l'accord sur cette commission vise à « renforcer les relations bilatérales » et à garantir la « non-ingérence dans les affaires internes », selon une copie du texte publiée sur le compte X du Conseil des ministres au moment où la réunion commençait.
C’est le ministre de l’Information Paul Morcos qui a annoncé que le gouvernement avait bien approuvé l’accord, sans donner de détails sur la suite de la procédure de création de la commission ni fixer de date pour sa première réunion.
La coopération prévue dans le cadre de cet accord devrait porter sur les affaires politiques, diplomatiques, financières, économiques, commerciales et d’investissement. Est aussi prévue une coopération aux niveaux juridique et sécuritaire, des transports, de l’énergie et des infrastructures, de l’éducation, de la culture et de la recherche scientifique. Les domaines de la santé, des affaires sociales, des télécoms et de la transition numérique y figurent également.
Toujours selon le ministre Morcos, le gouvernement a approuvé la majorité des autres points de son ordre du jour, dont l’approbation d’un projet d’acquisition de cent bus pour l’Office des chemins de fer et des transports publics, financé par un don du gouvernement de la République populaire de Chine, afin de renforcer le réseau libanais après la mise en circulation d’autres bus offerts par la France.
Visite de Mitri à Genève
Le vice-président du Conseil des ministres Tarek Mitri, en sa qualité de président de la Commission nationale du droit international humanitaire, a évoqué sa visite à Genève, où a été présenté un dossier documentant les crimes de l’occupation israélienne et la guerre au Liban. Le dossier, dûment documenté, a été soumis au Conseil des droits de l’homme, au Haut-Commissariat aux droits de l’homme et au Comité international de la Croix-Rouge (CICR). M. Mitri a également indiqué qu’une mission indépendante enquête sur les crimes de guerre et les violations du droit international au Liban pendant la guerre entre le Hezbollah et Israël, selon Paul Morcos.
Les ministres devaient aussi discuter des examens de fin d’année pour les filières techniques, dont une demande du ministère de l’Éducation qui souhaite reporter les examens de ces filières, parmi lesquels ceux des étudiants en licence, au lieu de les annuler. Le ministère demandait également de ne pas annuler les examens pour les étudiants en infirmerie, y compris pour ceux inscrits au bac technique dans ce domaine. Aucune décision à ce sujet n’a été évoquée dans le compte rendu de fin de séance.
Le Conseil des ministres a annulé jeudi dernier les épreuves du baccalauréat libanais, dont les différentes sessions devaient initialement commencer les 29 juin, 27 juillet et 7 septembre 2026, sur fond d’incertitudes concernant le cessez-le-feu précaire entre Israël et le Hezbollah au Liban-Sud.
« Engagements politiques et non juridiques »
L’accord-cadre conclu le 26 juin entre le Liban et Israël pour organiser le retrait israélien et le désarmement du Hezbollah, ouvrant ainsi la voie à un apaisement durable des relations entre les deux pays, a aussi été au centre des discussions en l’absence des ministres des Finances Yassine Jaber (mouvement chiite Amal), de l’Énergie (Joe Saddi, proche des Forces libanaises) et du Développement administratif Fadi Makki, de confession chiite mais considéré comme indépendant et non aligné ni sur le Hezbollah ni sur Amal.
La presse locale avait rapporté que les ministres du tandem chiite Amal-Hezbollah avaient souhaité discuter de l’accord-cadre avec Israël, malgré le fait que ce dossier ne figure pas à l’ordre du jour. Selon Paul Morcos, Nawaf Salam a ouvert la séance en évoquant le sujet et en précisant que cet accord signé à Washington est un « cadre politique qui constitue une feuille de route pour les négociations, et qui produit des engagements politiques et non juridiques ».
L'Orient-Le Jour a appris que le débat autour de l'accord a duré une heure et quart. Le Premier ministre en a profité pour expliciter le fait que le texte en question n'est qu'un cadre et que rien n'est encore finalisé. « Il a été affirmé durant le débat qui s'est déroulé dans une atmosphère calme que le Liban officiel s'en tient aux négociations et ira de l'avant dans ce processus », indique une source ministérielle.
Selon la source ministérielle, les ministres du tandem chiite (Rakan Nassereddine, Mohammad Haïdar et Tamara Zein) ont exprimé « des réserves » à ce sujet durant la séance. « Tout le monde sait que nous sommes contre les négociations directes, et c'est ce que nous avons dit en Conseil des ministres. Nous sommes également contre le fait que l'accord a été approuvé avant d'être discuté au sein du gouvernement », a souligné le ministre du Travail, Mohammad Haïdar (Hezbollah). « Nous attendons de recevoir un texte écrit pour pouvoir en discuter », a-t-il ajouté.


