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Dernières Infos - guerre au liban 2026

« Terre promise » : des Israéliens rêvent de coloniser le sud du Liban


De la fumée s'élève du site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé le village de Jarjouaa, dans le sud du Liban, le 13 mai 2026. Photo Kawnat HAJU / AFP

Depuis sa maison d'une colonie israélienne de Cisjordanie occupée, Anna Sloutskine suit avec attention les opérations israéliennes au Liban. Pour elle comme pour d'autres, cela ravive le rêve d'étendre encore les frontières d'Israël en s'installant dans le sud du pays du Cèdre.

Chercheuse en biologie de 37 ans, Anna Sloutskine a cofondé en 2024 l'organisation Uri Tzafon (« Réveille-toi, vent du nord », un passage du Cantique des cantiques de la Bible), qui compte aujourd'hui des dizaines de familles, dit-elle à l'AFP.

Ses membres voudraient que la frontière nord d'Israël soit repoussée jusqu'au niveau du fleuve Litani, à environ 30 km au nord de l'actuelle ligne de démarcation tracée par Israël dans le sud du Liban, où l'armée israélienne occupe désormais ce qu'elle présente comme une zone tampon pour protéger le nord d'Israël contre les tirs du Hezbollah.

Malgré un cessez-le-feu, les soldats y rasent des maisons et des infrastructures.

Un million de Libanais ont été déplacés dans le pays par les opérations israéliennes.

Si le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar, assure que son pays n'a « aucune visée territoriale » au Liban, et que le gouvernement en général n'a apporté aucun soutien politique public au mouvement visant à coloniser le sud de ce pays, Anna Sloutskine voit les choses autrement.

« L'idée, c'est que la majeure partie de la population (libanaise) s'enfuie, que nous déplacions la frontière, ne laissions pas cette population revenir et que cela reste une partie de l'Etat d'Israël », dit cette habitante de la colonie de Karnei Shomron, dans le nord de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967.

Elle a créé le mouvement en mémoire de son frère, un soldat tué dans la bande de Gaza en 2024.

« Il rêvait de s'installer au Liban », confie-t-elle. « Il disait qu'il voulait vivre dans un endroit vert en été et blanc en hiver. »


- « Nous installer » -


Si la colonisation du Liban reste un rêve marginal, ses partisans sont convaincus que le projet est voué à un avenir prospère, à l'image de ce qui s'est passé en Cisjordanie.

L'expansion des colonies, considérées comme illégales par l'ONU au regard du droit international, s'y est accélérée sous l'actuel gouvernement de Benjamin Netanyahu, dont certains ministres sont eux-mêmes colons et prônent l'annexion du territoire palestinien.

Selon Mme Sloutskine, la colonisation du sud du Liban est essentielle pour assurer la sécurité d'Israël et mettre fin aux affrontements à répétition avec le Hezbollah.

« Ce que fait actuellement l'armée israélienne c'est la première étape », affirme-t-elle. Elle « entre, conquiert et nettoie. Ensuite, nous ne devons pas nous retirer, mais nous installer ».

Son mouvement compte 900 abonnés sur Telegram et 600 membres sur un groupe WhatsApp où sont publiées des invitations à des réunions en ligne et des cartes montrant ce que le groupe présente comme d'anciennes implantations juives au Liban, remontant à des temps immémoriaux.

Ouvrier agricole saisonnier, Ori Plasse a rejoint le groupe à ses débuts, après avoir été activement impliqué dans la colonisation en Cisjordanie mais aussi à Gaza.

Il y a environ un an et demi, cet homme de 51 ans d'origine américaine est illégalement entré au Liban par un passage frontalier ouvert.

Son intention, dit-il à l'AFP, était de monter une tente, planter des arbres et de lancer un mouvement « qui prendrait de l'ampleur ».


- « Terre d'Israël » -


Il a rapidement été escorté hors de la zone par des soldats israéliens, mais décrit l'expérience comme « incroyable ».

« Vous avez l'impression d'être chez vous, que c'est votre pays », assure cet habitant de Sde Yaakov, dans le nord d'Israël.

En février, Uri Tzafon a organisé un voyage pour planter des arbres, publiant des photos d'enfants souriants aux côtés de drapeaux israéliens et de pancartes dressées près du mur frontalier, une initiative fermement condamnée par l'armée.

Dans son jardin, M. Plasse ouvre avec enthousiasme un vieux conteneur avec de quoi créer de nouvelles implantations: des matelas, des sacs de couchage et des bâches en plastique.

Il a aussi un livre avec des cartes du Grand Israël biblique, s'étendant de l'actuelle Egypte jusqu'à l'Irak.

« Quiconque suit les enseignements de la Torah (...) devrait savoir que la terre d'Israël nous est promise, en gros, du Nil jusqu'au fleuve Euphrate », dit-il.

A l'approche des législatives, Uri Tzafon voudrait obtenir le soutien de responsables politiques, leurs réponses étant restées jusqu'ici « vagues », dit Ori Plasse.

Pour Anna Sloutskine, qui a rencontré récemment la ministre de la Protection de l'environnement Idit Silman, certains députés et ministres leur sont favorables : « certains le disent ouvertement, d'autres à voix basse, mais il y a assurément du soutien ».

Depuis sa maison d'une colonie israélienne de Cisjordanie occupée, Anna Sloutskine suit avec attention les opérations israéliennes au Liban. Pour elle comme pour d'autres, cela ravive le rêve d'étendre encore les frontières d'Israël en s'installant dans le sud du pays du Cèdre.Chercheuse en biologie de 37 ans, Anna Sloutskine a cofondé en 2024 l'organisation Uri Tzafon (« Réveille-toi, vent du nord », un passage du Cantique des cantiques de la Bible), qui compte aujourd'hui des dizaines de familles, dit-elle à l'AFP.Ses membres voudraient que la frontière nord d'Israël soit repoussée jusqu'au niveau du fleuve Litani, à environ 30 km au nord de l'actuelle ligne de démarcation tracée par Israël dans le sud du Liban, où l'armée israélienne occupe désormais ce...