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Agenda - Initiative

Le concours « Rêver le Liban » célèbre une jeunesse qui fait parler la mémoire des lieux


Le concours « Rêver le Liban » célèbre une jeunesse qui fait parler la mémoire des lieux

Les organisateurs et partenaires de l’initiative entourés des membres du jury lors de la cérémonie de remise des prix à la Banque BEMO. Avec l’aimable autorisation de BEMO

Ils ont fait parler les murs. Pas seulement ceux des maisons ou des villes, mais aussi ceux des blessures, des souvenirs et des silences libanais. Un mur de salon devenu témoin de violences domestiques. Les pierres fatiguées de la vieille ville de Saïda. Les silos éventrés du port de Beyrouth. Un nid-de-poule transformé en métaphore nationale. La rue Hamra, la livre libanaise, un olivier, un mûrier, les salles de départ et d’arrivée de l’aéroport, un temple romain, ou même un simple miroir. Cette année, les participants du concours national d’écriture « Rêver le Liban » ont prêté une voix à tout ce qui, d’ordinaire, reste immobile.

Et ce qui frappe, dans les textes primés comme dans ceux simplement évoqués au fil de la cérémonie, c’est la manière dont ces jeunes auteurs ont transformé des lieux familiers en personnages à part entière. Les murs de Khiam racontaient la guerre et l’abandon. Une ancienne usine de soie à Damour devenait le réceptacle d’une mémoire ouvrière et familiale. Le rocher de Raouché observait un pays qui s’effrite sans jamais totalement sombrer. Quant aux hangars du port ou aux silos détruits, ils apparaissaient comme les gardiens mutilés d’un traumatisme collectif encore à vif.

Pour sa quatrième édition, le concours national d’écriture « Rêver le Liban », lancé par la Banque BEMO, avait choisi un thème aussi simple en apparence qu’infiniment symbolique : « Faire parler les murs ». Et les participants s’en sont emparés avec une intensité presque troublante. Car dans un Liban saturé d’images, de ruines et de départs, les murs restent peut-être les derniers témoins silencieux de ce que le pays traverse.

Organisée au siège de la BEMO, la cérémonie d’annonce des résultats réunissait représentants institutionnels, partenaires culturels et membres du jury autour d’une même conviction : dans un pays traversé par les crises, l’écriture demeure un espace de résistance intime. Dès l’ouverture, Tania Hchaime a donné le ton en saluant « la présence des étudiants et des institutions partenaires » malgré les circonstances difficiles que traverse le pays, rappelant que cette initiative « nous rassemble et nous garde liés les uns aux autres ».

Le président-directeur général de la Banque BEMO, le Dr Riad Obegi, initiateur du projet, a ensuite livré l’un des discours les plus marquants de la soirée. « Alors que les Libanais souhaitent casser les murs et leur passer au travers, les inviter à les faire parler est en soi une provocation », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Les murs ne sont plus des barrières, mais des ponts entre le passé et l’avenir. »

Au fil des interventions, une même idée revenait : celle d’une jeunesse qui refuse le défaitisme. Sonia el-Khoury, représentante du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, a salué des textes reflétant « une conscience du réel » et « un lien clair avec la mémoire et la patrie ». Isabelle Picault, représentante de l’Institut français du Liban et conseillère de coopération et d’action culturelle à l’ambassade de France à Beyrouth, a rappelé que « l’écriture ne répare pas tout », mais demeure « un outil essentiel de liberté et d’expression ».

Même tonalité chez Amira el-Solh, secrétaire générale de la Commission nationale libanaise pour l’Unesco, qui a insisté sur ces murs libanais qui « ne sont pas de simples pierres silencieuses », mais les dépositaires d’une mémoire collective à transmettre. Une phrase qui résume peut-être le mieux l’esprit du concours : derrière chaque façade lézardée, chaque graffiti, chaque pierre oubliée, il existe une histoire qui cherche encore quelqu’un pour l’écouter.

Présente parmi les partenaires de l’initiative, Librairie Antoine a également insisté sur cette dimension mémorielle et symbolique du thème. Son directeur général, Émile Tyan, a rappelé que le mur peut à la fois « séparer ou protéger », tout en portant les traces du passé comme du présent. Dans un pays où les librairies sont devenues, au fil des crises, des lieux de refuge autant que de culture, cette présence faisait sens. Comme si les livres, eux aussi, continuaient à recueillir ce que les murs n’arrivent plus à contenir.

Parmi les partenaires, L’Orient-Le Jour a annoncé accueillir les lauréats universitaires francophones, arabophones et anglophones pour un stage de deux semaines, tandis que les textes gagnants en français seront publiés dans les colonnes du journal (voir ci-dessous). Les textes lauréats, ainsi qu’une sélection de contributions participantes, seront publiés en octobre aux éditions Antoine. Une manière de prolonger ces voix au-delà du concours et de transformer l’écriture en véritable espace de transmission.

Le poète Antoine Boulad, membre du jury et fondateur de l’association Assabil, a lui aussi insisté sur la dimension profondément collective de l’écriture et de la lecture. Rappelant que son association œuvre à la gestion des bibliothèques publiques et à l’élargissement de l’accès aux livres, il a affirmé que « la culture est pour tous » et que la lecture comme l’écriture constituent « le fondement du lien social ». Pour lui, de telles initiatives rappellent également l’importance des espaces publics comme lieux de transmission, de rencontre et de partage.

Les noms des lauréats ont ensuite été dévoilés dans les trois langues du concours. En arabe, catégorie universitaire, les prix sont revenus à Fatima Besher, Bissan Kawsan et Éva Kanso ; dans la catégorie scolaire à Yara Hamdan, Yara Meirhi et Samia Mougharbel. En français, catégorie universitaire, Georges Eter, Léa Chidiac et Myriam Nsouly ont été récompensés, tandis que Ali Hammoud, Bassel Zaiter et Tania Samaha ont remporté les prix dans la catégorie scolaire. Enfin, en anglais, Maria Habib, Adam Medlej et Charbel Zgheib ont été distingués dans la catégorie universitaire, et Serena Azzam, Tia el-Sibai et Sibelle Sherkawi dans la catégorie scolaire.

Derrière cette sélection, trois jurys répartis selon les langues. Le jury francophone réunissait Nevine Toutounji Hage Chahine, présidente du concours, Antoine Boulad, poète et fondateur de l’association Assabil, Arwa Sleiman, professeure, et Zeina Saleh. Le jury arabophone était composé de l’ancienne bâtonnière Amal Haddad, de la journaliste Rosette Fadel, de la professeure Ghada Al Zaatari et de Dima Rifai. Quant au jury anglophone, il réunissait la journaliste Maya Ghandour, cheffe du service culturel de L’Orient-Le Jour, la professeure Ghada Itani et Ghina Achkar.

En clôturant la cérémonie, Nevine Toutounji Hage Chahine a souligné que cette initiative continue de rassembler les jeunes autour de l’écriture « comme espace d’expression et d’appartenance », estimant que le thème choisi cette année avait permis aux participants « d’écouter la mémoire des lieux et de la transformer en textes exprimant le Liban dont ils rêvent ».

Année après année, « Rêver le Liban » semble être « devenu bien plus qu’un concours scolaire ou universitaire : une sorte de cartographie sensible du pays à travers les regards de sa jeunesse », comme l’a souligné le jury.

Car au fond, ce que ces étudiants ont raconté cette année dépasse largement un exercice d’écriture. En faisant parler les murs, ils ont surtout tenté de faire parler le Liban lui-même : un pays fissuré, épuisé parfois, mais encore capable de produire des récits, des images et des rêves.


Je suis le mur de sa chambre
Je suis le mur de sa chambre.
On me croit froid. On me croit muet.
On me pense incapable de comprendre les tempêtes humaines.
Pourtant, je sais reconnaître le bruit d’un cœur qui se fissure.
Ce n’est pas un fracas.
C’est un craquement discret, répété, comme une porcelaine qu’on oblige à tenir encore.
Chaque jour, je l’entends avant même qu’elle n’entre.
Ses pas ont changé.
Autrefois, ils rebondissaient contre moi, pleins d’élan et d’impatience.
Aujourd’hui, ils glissent le long du couloir. Ils hésitent. Ils s’excusent presque d’exister.
La porte s’ouvre sans bruit.
Elle n’a plus la force de claquer quoi que ce soit.
Son sac tombe contre moi, je le reçois toujours.
Il heurte ma surface avec un bruit sourd, chargé de cahiers, d’attentes, de déceptions qu’elle ne dit pas.
Je garde l’empreinte invisible de ce qu’elle abandonne.
Le miroir est en face de moi.
Il lui montre son reflet.
Moi, je recueille ce qu’elle ne supporte pas de voir.
Sa mère l’appelle pour déjeuner.
Une voix simple, vivante, aimante.
Une voix qui ignore le naufrage silencieux qui se déroule ici.
Et c’est toujours à cet instant précis que quelque chose cède.
Les larmes arrivent sans prévenir.
Pas de cris.
Pas de sanglots.
Elles coulent en silence, comme si son corps pleurait à sa place.
Elle reste droite. Immobile.
Le regard accroché à ce visage qu’elle ne reconnaît plus tout à fait.
Ses joues brillent, mais sa bouche reste fermée.
Même pleurer semble être un effort de trop.
Puis elle se redresse.
Toujours ce réflexe de survie.
Elle essuie ses joues avec une rapidité presque violente.
Elle inspire profondément.
Et elle fabrique un visage.
Un visage qui va bien.
Un visage qui rassure.
Un visage qui ment.
Elle sort.
Et moi, je reste avec la chaleur humide de ses larmes incrustée dans mon silence.
Après le repas, elle revient.
Toujours le miroir. Toujours moi.
Toujours cette guerre qu’elle mène contre elle-même.
Dans sa tête, les pensées s’enchaînent :
s’entraîner plus,
manger moins,
travailler davantage,
devenir meilleure,
devenir quelqu’un d’autre,
disparaître un peu.
Mais une voix plus sombre murmure :
À quoi bon ?
La dépression n’entre pas en criant.
Elle s’installe doucement.
Elle s’assoit sur son lit.
Elle respire à son rythme.
Elle parle avec sa voix.
Puis elle s’assoit à son bureau.
La feuille est blanche, mais pour elle, elle est déjà noire.
Les mots se mélangent. Les lignes se brouillent.
Elle lit. Relit. Ne comprend plus.
Chaque phrase devient une preuve qu’elle est en train de perdre quelque chose d’elle-même.
Les souvenirs arrivent alors, trop forts.
Elle se revoit avant.
Concentrée. Brillante. Vivante.
Elle se souvient de la facilité, de la fierté.
Les larmes tombent sur le papier.
Et une pensée s’installe, lente et cruelle :
Peut-être que je n’ai jamais été capable.
Je voudrais me fissurer pour lui dire que c’est faux.
Mais je suis le mur.
Je ne sais que tenir.
Alors elle abandonne l’exercice.
Mais aussi un morceau d’elle-même.
Elle s’allonge sur son lit.
Le silence devient immense.
Il pèse plus lourd que son sac contre moi.
Les questions viennent.
Est-ce que quelqu’un me choisira un jour ?
Pas pour passer le temps.
Pas pour combler un vide.
Mais pour rester.
Elle sait que sa famille l’aime.
Elle le sait avec sa tête.
Mais son cœur ressemble à une pièce vide que même l’amour ne parvient plus à meubler.
Encore le miroir.
Encore les larmes.
Cette fois, ce sont les souvenirs d’enfance qui la frappent.
Une petite fille qui riait trop fort.
Qui croyait que le monde était vaste et sûr.
Elle cherche cette enfant dans son reflet.
Elle ne la trouve pas. Elle pense qu’elle a trahi cette enfant.
Le matin revient. Il revient toujours.
Elle se lève parce qu’il faut se lever.
Elle va à l’école parce qu’elle y est obligée.
Elle rit. Elle parle.
Elle joue parfaitement son rôle.
Et quand quelqu’un demande : « Ça va ? »
Elle sourit plus fort encore.
« Oui, j’ai juste décroché un peu. »
Mais moi, je sais.
Elle est tombée il y a longtemps.
Et personne n’a vu la chute.
Je suis le mur de sa chambre.
Je porte ses silences.
Je garde ses secrets.
Je recueille ses larmes invisibles.
Et chaque nuit, pendant qu’elle dort d’un sommeil lourd et sans rêve,
je me demande combien de temps encore je pourrai rester debout pour la soutenir en silence.
Si seulement on apprenait à écouter les murs.
Tania Samaha, premier prix francophone école secondaire du concours « Rêver le Liban » 2026


Sous leurs rides
J’ai encore effleuré la mort.
Je la vois qui arrache petit à petit ceux qui m’ont vu grandir, ceux à l’ombre de qui j’ai vu le jour.
Tous ont disparu, ont été remplacés. J’ai essayé d’apprivoiser les nouveaux. De trouver en eux des amis. Mais ils sont si froids… Ils ont le nez au ciel et je leur arrive à peine à la taille… Et puis ils sont si jeunes…
Je suis né en 1975.
J’ai poussé en même temps que la douleur. Ma naissance n’a connu que la mort. La rue dans laquelle j’ai grandi ne mène désormais nulle part. La tombe de mon grand-père se situe derrière une barrière automatique qui en interdit l’accès. Mais son cadavre se voit quand même de loin, il a encore des béances qui lui maculent le corps.
Mon grand-père était un trop honnête homme, puisqu’il les a accueillis chez lui alors qu’il savait qu’ils n’étaient là que pour répandre le sang. Il en a payé de sa vie et de la leur.
Je n’aurai pas le même destin, puisque de mon grand-père demeure le souvenir. Le souvenir tangible d’un deuil qui n’a jamais été fait.
Qui se souviendra de moi une fois qu’ils auront eu ma peau ?
18 janvier 2026
Ils s’en sont pris à Khalil et Azar.
On les a tous entendus hurler au petit matin.
21 janvier 2026
Le rythme auquel Khalil et Azar disparaissent est terrifiant. Leur corps n’est plus reconnaissable. Ecchymoses. Lambeaux de chair pendante. On voit par endroits des os qui leur transpercent la peau.
Il ne reste plus que Chahine, Haykal et moi.
31 janvier 2026
C’est la panique totale. Des portes claquent. Des voix s’élèvent. Ça me déchire. Je ne sais pas ce qu’il adviendra d’eux une fois que je serai parti.
Je pense à Amal. La première que j’ai accueillie avec son mari. C’était une jeune mariée à l’époque. Gilbert est mort depuis longtemps et Amal a vieilli. Ses enfants lui ont installé des caméras dans la maison pour qu’ils puissent la surveiller du Canada. Elle a un cancer qui lui ronge le cerveau, elle oublie beaucoup. Mais elle ne m’a pas oublié. Même si parfois elle menace de me quitter… J’ai réussi à l’en empêcher jusqu’à maintenant, mais les choses ne tiennent plus à moi.
Il y a Artenis et sa fille Talia. Je ne les ai jamais vraiment appréciées. Elles se plaignent du bruit, du tapage, des meubles qui bougent, des fêtes et du bonheur. Mais Artenis est malade, je m’inquiète pour elle malgré tout.
Qu’en sera-t-il de la femme et de la fille de Parsegh ? Une fois mort, je ne pourrai plus les abriter de son poing. Il pourra aller chez sa maîtresse et les mettre à la rue. La police ne leur sera d’aucune aide, elle ne l’a jamais été d’ailleurs. Même pas le jour où Lyda s’est enfuie en hurlant dans la cage d’escalier, suppliant de sa voix hoquetante un commissaire indifférent qui, à l’autre bout du fil, lui a répondu qu’il ne pouvait rien faire « s’il n’y avait pas de traces de violence visibles ».
Joseph, quant à lui, n’aura qu’à se débrouiller avec ses chiens ! S’il y a une raison pour laquelle je suis content de partir, c’est bien pour enfin ne plus entendre ses deux « york » aboyer toute la journée ! En plus c’est un escroc. Je n’ai jamais pu le prouver, mais je le sais, au fond de moi. Et qu’il aille trouver autre part où garer sa vieille Jeep 1951 rouge !
C’est surtout pour Mohammad, Élie et Malak que je me fais du souci. Qui d’autre que moi gardera leur secret ? J’ai accueilli l’amour d’Élie et de Malak sans exiger de papiers. Sans voir de bagues. Ils habitent ensemble « comme un couple marié ». La loi ici m’interdit de le faire. Mais elle n’interdit pas le massacre, elle n’a pas sauvé mon grand-père. Elle n’est pas intervenue pour empêcher la mort de Khalil et Azar, pour rattraper Dagher à temps. Mohammad quant à lui vient de fonder son propre groupe de rock. Où irait-il répéter ? Est-ce que tous les murs supporteraient ses cordes exaltées ?
28 février 2026
Chahine n’est plus. Il n’allait pas bien depuis quelques années déjà. Ils en ont profité pour l’abattre.
Haykal a vieilli de dix ans. La peur me joue sans doute des tours mais il me semble voir de nouvelles rides strier son front.
Une odeur affreuse de mort se répand dans tout le quartier presque désert.
Joseph a pris ses chiens, sa Jeep et un amoncellement de meubles qu’il cachait sur le toit. Amal a pris avec elle Navi, le concierge, qui a préféré la suivre à
Broummana. Parsegh a rejoint sa maîtresse. Malak ne sait pas quoi dire à ses parents. Artenis est hospitalisée. Lyda a contacté KAFA.
Il y a déjà des mois qu’on les a prévenus, que les papiers ont été signés. Comme moi, ils refusaient de se rendre à l’évidence.
14 mars 2026
On a démembré Haykal. On parle de lui donner une vie nouvelle, de le transformer. Je ne reconnais plus ses rides.
13 avril 2026
Il n’y a plus que moi. Je les ai entendus, ils vont commencer demain.
Je m’appelle Issam Makhlouf. J’ai pris le nom de celui qui m’a construit.
J’habite à Saydé, Achrafieh.
J’ai porté autant que j’ai pu mes habitants et leurs vies. Je ne fais que six étages, mais sur mes balcons ont poussé des fleurs et des histoires.
On dit qu’un bel immeuble de 12 étages émergera à ma place : « Alessia 1538 ». Il tendra vers le ciel sans le poids des balcons pour le ralentir. Il ne connaîtra pas l’histoire du quartier et ce sera tant mieux.
Je m’appelle Issam Makhlouf et bientôt il ne restera de moi que ce journal.
Gardez-le, puissent les mots survivre à la pierre.
Myriam Nsouly, premier prix francophone catégorie universitaire du concours « Rêver le Liban » 2026

Ils ont fait parler les murs. Pas seulement ceux des maisons ou des villes, mais aussi ceux des blessures, des souvenirs et des silences libanais. Un mur de salon devenu témoin de violences domestiques. Les pierres fatiguées de la vieille ville de Saïda. Les silos éventrés du port de Beyrouth. Un nid-de-poule transformé en métaphore nationale. La rue Hamra, la livre libanaise, un olivier, un mûrier, les salles de départ et d’arrivée de l’aéroport, un temple romain, ou même un simple miroir. Cette année, les participants du concours national d’écriture « Rêver le Liban » ont prêté une voix à tout ce qui, d’ordinaire, reste immobile.Et ce qui frappe, dans les textes primés comme dans ceux simplement évoqués au fil de la cérémonie, c’est la manière dont ces jeunes auteurs ont transformé des lieux...