Les fondatrices de Siira, de gauche à droite : Nour Fayad, Sandra Salameh et Maria Baladi.
Dans une région profondément marquée par les crises, les traumatismes collectifs et des tabous persistants autour de la santé mentale, Siira s’est imposée comme une réponse humaine, accessible et innovante. En l’absence d’interventions gouvernementales suffisantes pour répondre à l’ampleur des besoins psychosociaux, cette plateforme a choisi d’agir, dans la mesure de ses moyens, pour offrir un soutien concret à ceux qui en ont le plus besoin.
Siira, dont le nom dérive de l’expression arabe signifiant « voyage de vie », n’est pas simplement une application de santé mentale. Elle constitue un espace discret, collectif et profondément ancré dans les réalités régionales, pensé pour offrir écoute, accompagnement et outils pratiques à ceux qui cherchent à mieux gérer leurs difficultés.
Derrière ce projet, un groupe de femmes conscientes des défis liés à la charge mentale, aux multiples rôles et à l’isolement émotionnel. C’est précisément cette solitude que Siira entend confronter à travers des groupes de soutien encadrés par des professionnels et accessibles gratuitement.
Fondée il y a quatre ans, Siira repose sur un modèle circulaire simple mais puissant : d’un côté, un espace gratuit destiné aux populations les plus vulnérables ; de l’autre, des programmes premium de bien-être, leadership et développement humain conçus pour des multinationales, institutions gouvernementales et grandes entreprises du Golfe. Ces collaborations financent directement l’accessibilité sociale de la plateforme.
Ce modèle unique lui vaut aujourd’hui son surnom de « Robin des Bois » de la santé mentale. Plus de 6 000 personnes bénéficient actuellement de ses services gratuits, tandis que plus de 30 000 vies sont concernées par l’ensemble de ses programmes.
Ni tout à fait thérapie, ni simple plateforme de contenu, Siira redéfinit les contours du soutien psychosocial. Elle crée un espace intermédiaire : un lieu où l’on peut commencer par écouter, s’identifier, puis progressivement trouver sa propre voie vers le mieux-être.
Concrètement, l’application repose sur trois niveaux complémentaires : un flux de contenus (témoignages, podcasts, discussions), des ateliers interactifs, ainsi que des groupes de parole animés en ligne. Les formats sont volontairement courts, accessibles et conçus pour favoriser l’identification plutôt que l’injonction. On y entre souvent par curiosité, on y reste parce qu’on s’y reconnaît.
Pour Sandra Salamé, fondatrice de Siira, issue du secteur technologique, tout est né d’un constat personnel : dans de nombreux contextes, on ne consulte qu’en période de crise, alors même que l’éducation psychosociale reste largement insuffisante.
« Siira s’est construit autour d’un modèle simple : rendre l’accompagnement accessible au plus grand nombre, tout en travaillant avec des organisations qui reconnaissent que le bien-être et le développement humain sont au cœur de la performance. Ce double ancrage nous permet d’avoir un impact à la fois social et structurel », explique Sandra Salamé.
Aujourd’hui, plus de 100 experts – psychologues, coachs, psychomotriciens, spécialistes ou pairs – interviennent sur la plateforme. Des difficultés du quotidien aux problématiques plus lourdes comme les addictions, la parentalité ou le trauma, Siira couvre un large spectre de réalités humaines.
L’un des aspects les plus structurants du dispositif demeure l’anonymat. Chaque utilisateur choisit librement son niveau d’implication : prise de parole, interaction écrite ou simple écoute silencieuse. Cette souplesse permet d’entrer sans pression, dans un cadre sécurisant.
« J’étais réticente à rejoindre le groupe au départ et je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Mais pouvoir partager les difficultés que je traversais avec mon adolescent dépressif m’a profondément aidée. D’autres mères ont accueilli ma parole avec énormément de bienveillance, et pour la première fois, je me suis sentie moins seule », témoigne une participante.
Nour Fayad, partenaire du projet, insiste également sur l’importance d’agir face à des besoins encore largement négligés : « En l’absence de structures suffisamment déployées pour soutenir les familles, nous avons choisi d’intervenir dans la mesure de nos moyens, en créant des espaces de soutien concrets, accessibles et profondément humains. »
En avril, Siira a mené plusieurs campagnes ciblées, incluant des groupes de soutien pour les mères ainsi qu’un accompagnement spécifique autour des reporters de guerre confrontés à des défis psychosociaux majeurs.
« Grâce à nos groupes de soutien, 80 mères ont rejoint la plateforme et ont pu poser leurs questions, être suivies et apprendre à mieux gérer leur dynamique familiale », précise Dr Pia Tohmé, chef du département de psychologie et d’éducation à la LAU.
Chez Siira, il ne s’agit pas simplement de proposer du contenu. Il s’agit de bâtir une nouvelle forme de solidarité psychosociale : un espace où la parole circule, où les expériences se répondent, et où chacun peut retrouver compréhension, sécurité et appartenance.


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