Un homme identifié par le ministère syrien de l'Intérieur comme Amjad Youssef, principal suspect du massacre de Tadamon. Photo tirée du compte Facebook du ministère syrien
Le ministère syrien de l'Intérieur a annoncé vendredi l'arrestation du principal suspect du massacre de Tadamon à Damas, où des dizaines de personnes avaient été exécutées en 2013 sous le pouvoir de Bachar el-Assad.
Dans un communiqué, le ministère a indiqué avoir arrêté le « criminel Amjad Youssef, principal suspect du massacre de Tadamon qui a coûté la vie à des dizaines d'innocents ». L'arrestation a eu lieu « après plusieurs jours de surveillance et de traque, dans la plaine d'al-Ghab, dans la campagne de Hama », à environ 180 kilomètres au nord de Damas, selon le ministère.
Une opération sécuritaire « bien préparée »
Le ministère de l'Intérieur s'est dit déterminé à « poursuivre les autres auteurs du massacre, afin de les arrêter et de les traduire en justice ». Dans une publication sur X, le ministre de l'Intérieur Anas Khattab a affirmé que « le criminel Amjad Youssef est désormais entre nos mains après une opération sécuritaire bien préparée ».
Amjad Youssef apparaît dans une vidéo qui avait fuité il y a plusieurs années, ordonnant à des hommes menottés et aux yeux bandés de courir, avant d'ouvrir le feu sur eux. Les victimes tombent dans un charnier où s'amoncellent les cadavres, au nombre de 41, qui sont ensuite incinérés. En 2022, le média britannique The Guardian avait révélé qu'Amjad Youssef travaillait toujours dans la base de Kafr Sousa, dans le sud-ouest de Damas, où il officiait en tant qu’adjudant dans la branche 227, l’une des unités de renseignement militaires syriens les plus redoutées du pays. The Guardian avait publié des vidéos fournies par deux universitaires. Ces dernières affirmaient qu'il forçait des civils, les yeux bandés, à courir vers une fosse dans le quartier de Tadamon, au sud de Damas, avant de les abattre.
Annsar Shahhoud, chercheuse au Centre pour l'Holocauste et le génocide de l'Université d'Amsterdam et l'une des universitaires ayant fourni les vidéos, a passé quatre ans à documenter le massacre. Se faisant passer pour une admiratrice en ligne, Shahhoud a gagné la confiance d'Amjad Yousef et a finalement obtenu ses aveux, enregistrés en vidéo et en audio. Shahhoud a déclaré se sentir désormais en sécurité maintenant qu'Amjad Yousef en détention, mais a ajouté que le chemin vers la justice en Syrie restait incertain, rappelant que tous les auteurs de ces crimes n'ont toujours pas été traduits en justice. « Je me sens en sécurité maintenant, malgré la distance, car j'ai toujours eu le sentiment, pendant des années, que cette personne m'en voulait », a-t-elle confié à Reuters.
L’homme avait été accusé par d’anciens collègues d’avoir dirigé une douzaine de massacres supplémentaires. Quelques jours après la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, les équipes de Human Rights Watch avaient découvert « un nombre important de corps » dans le quartier de Tadamon.
Après la chute de Bachar el-Assad, le 8 décembre 2024, des familles du quartier de Tadamon avaient informé le nouveau pouvoir de plusieurs massacres commis par les forces d'Assad durant les premières années de la guerre civile.
La guerre, déclenchée en 2011, a fait plus d'un demi-million de morts. Les nouvelles autorités islamistes ont annoncé l'arrestation de plusieurs responsables du pouvoir déchu accusés d'être impliqués dans des massacres, dont celui de Tadamon. À ce jour, le sort de dizaines de milliers de personnes demeure inconnu, leurs proches continuant de réclamer justice pour les exactions commises sous Assad.
Ahmad Adra, habitant de Tadamon et membre du comité de quartier, raconte que les familles des victimes célébraient dans les rues depuis le matin. « Nous allons cueillir des roses blanches et les planter sur le lieu du massacre pour dire aux victimes que leur mémoire est vivante et que justice est rendue », a-t-il dit à Reuters.
L'envoyé spécial américain pour la Syrie, Tom Barrack, a salué l'arrestation dans un message publié sur X, la qualifiant d'étape importante vers la justice pour les atrocités commises pendant la guerre en Syrie.

