À peine le cessez-le-feu temporaire de 10 jours est-il entré en vigueur à minuit que des tirs nourris, accompagnés d’explosions d’obus, ont commencé à retentir, poussant les habitants à croire que la trêve n’était pas respectée. En réalité, il s’agissait de partisans du Hezbollah qui, depuis la banlieue sud, exprimaient leur joie à l’entrée en vigueur de cette trêve. Surtout qu’ils se considèrent victorieux après 45 jours de combats acharnés au sud du pays notamment.
Comme toujours, il existe plusieurs versions de cet événement, et chaque partie impliquée se considère comme victorieuse. Et c’est donc pour imposer leur version aux Libanais que les partisans du Hezbollah auraient tiré de façon aussi intensive pour que personne – ni les partis politiques, ni les responsables, ni même l’armée libanaise – ne puisse faire la sourde oreille.
La version du Hezbollah est la suivante : l’Iran lui aurait communiqué, dès mercredi midi, qu’une trêve serait probablement conclue au Liban, pour accompagner celle qui a été conclue entre Washington et Téhéran. Elle devrait donc être annoncée de façon imminente par les Américains, à la demande des négociateurs iraniens qui n’ont cessé de faire pression pour que le Liban soit inclus dans tout accord avec eux. Toutefois, l’annonce de la trêve a été reportée jusqu’à jeudi soir, sur l’insistance de la partie israélienne, qui voulait prendre le contrôle de Bint Jbeil et y prendre une photo de ses soldats dans le stade municipal où Hassan Nasrallah avait prononcé le « discours de la victoire » du 26 mai 2000.
Des combats acharnés se sont déroulés au cours des heures qui ont précédé l’annonce de la trêve, sans qu’ils puissent atteindre leur objectif. Ils ont donc dû accepter à contrecœur la trêve attendue. Pour le Hezbollah, il était important que les Libanais sachent et évitent les conclusions hâtives sur sa supposée défaite, ainsi que sur la dissociation totale entre les dossiers iranien et libanais. Ce dernier élément est très important pour le Hezbollah, qui mise énormément sur le rôle iranien dans les négociations, afin de renforcer sa position au sein de l’équation libanaise. D’ailleurs, les éléments sur le processus de négociations avec les Américains qui lui ont été communiqués ces derniers temps montrent, dit-il, qu’un accord est possible, peut-être pas très rapidement, mais au cours des prochains mois, après une probable prolongation de la trêve qui devrait expirer la semaine prochaine.
De même, toujours selon les informations parvenues au Hezbollah, les pourparlers entre l’Iran et les États-Unis n’ont pas encore abordé la question de l’appui des obligés régionaux. Ils ont jusqu’à présent porté sur l’enrichissement de l’uranium, le programme d’énergie nucléaire et la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz. Et il semblerait que, sur ces dossiers, les positions ne soient pas inconciliables, même si les discussions peuvent encore prendre un peu de temps. C’est d’ailleurs à cause des informations sur une éventuelle percée dans ces négociations que plusieurs États de la région se sont mobilisés pour jouer un rôle plus important dans le dossier où ils estiment avoir de l’influence. C’est notamment le cas des Saoudiens qui ont décidé de s’impliquer plus dans le dossier libanais, tout en cherchant à se rapprocher de l’Iran. De leur côté, les Iraniens ne voient pas d’un mauvais œil un retour en force de Riyad sur la scène libanaise. Ils pensent au contraire que son intervention pourrait être un facteur de stabilisation dans un pays où les divisions sont profondes.
Dans ce cadre, le Hezbollah met actuellement l’accent sur l’afflux des habitants de Dahié et du Liban-Sud chez eux. Il pense ainsi adresser un message clair à l’intérieur et à l’extérieur pour rappeler que les chiites ne sont pas prêts à vider leurs régions ou à les laisser entre les mains des Israéliens. Ils constituent une des composantes majeures du pays et ils n’accepteront pas de devenir d’éternels déplacés ou de laisser leurs terres aux Israéliens. Il veut aussi rappeler que l’État libanais est responsable de cette communauté, au même titre que les autres composantes du tissu social du pays.
Le Hezbollah cherche ainsi, à travers ses partisans, à rappeler aux responsables libanais qu’il n’est pas question pour lui de rééditer l’expérience de l’accord de cessation des hostilités entré en vigueur le 27 novembre 2024. L’un de ses points accordait aux Israéliens le droit de se défendre s’ils se sentaient menacés. Ce qui leur a permis de multiplier pendant 15 mois les violations, sans être inquiétés. Cette fois, le Hezbollah laisse donc entendre que la situation est différente et qu’il n’acceptera pas que les Israéliens continuent à l’attaquer lorsqu’ils le voudront, tout comme il refuse qu’ils restent dans les points qu’ils continuent d’occuper au Sud. Comment s’y prendra-t-il ? Et comment le Liban pourra-t-il imposer de nouvelles conditions aux Israéliens lors des négociations prévues ? Pour l’instant, il n’y a aucune réponse et tous les regards se portent sur les négociations entre l’Iran et les États-Unis.


Une :supposée défaite" du Hezbollah? Mais s'il était en position de force, pourquoi l'Iran insisterait-il tant pour l'arrêt des combats? Au contraire, il voudrait poursuivre son avantage et garder en main cette carte dans le cadre des négociations avec l'Amérique. C'est fou comme le Hezbollah et ses partisans inconditionnels sont capables de nier d'aussi patentes évidences!
09 h 26, le 19 avril 2026