Le président syrien Ahmad el-Chareh s’exprime lors d’une session du Forum diplomatique d’Antalya, à Antalya, le 17 avril 2026. Photo Umit Bektas/ REUTERS
L’Union européenne (UE) prévoit d’intensifier son engagement avec la Syrie en relançant les contacts politiques officiels et en ouvrant la voie à des liens économiques et sécuritaires plus étroits, selon un document consulté par l'agence Reuters, marquant ainsi la dernière étape d’un changement de politique d’envergure après des années de relations gelées.
Le document de travail, élaboré par le service diplomatique de l'UE et transmis cette semaine aux États membres, stipule que l’Union reprendra pleinement son accord de coopération de 1978 avec la Syrie et entamera « un dialogue politique de haut niveau », terme utilisé par l’UE pour désigner des discussions officielles et structurées, avec les autorités de transition du pays à partir du 11 mai.
Dans un ajustement notable de sa politique, l’UE indique également qu’elle va « reformuler et adapter » son régime de sanctions afin de conserver un levier d’influence tout en dialoguant avec la direction syrienne et en ciblant ceux qui entraveraient la transition, selon le document.
La Syrie, à l'encontre de laquelle la plupart des sanctions occidentales ont été levées à la fin de 2025, cherche une intégration plus large au sein de la communauté internationale sous la présidence d’Ahmad el-Chareh, qui a dirigé une alliance de factions rebelles islamistes pour évincer l’ancien dirigeant Bachar el-Assad fin 2024, après une guerre civile dévastatrice de 14 ans.
Retour des réfugiés
Le document détaille des plans visant à renforcer l’engagement économique, notamment par la mise en place d’un cadre pour le commerce et l’investissement, la mobilisation de financements du secteur privé et le soutien à des réformes pour améliorer l’environnement syrien des affaires à travers un nouveau pôle d’assistance technique. Il précise également que l’UE travaillerait avec les autorités pour faciliter le « retour sûr, volontaire et dans la dignité » des réfugiés et des personnes déplacées.
L’Europe accueille plus d’un million de réfugiés et demandeurs d’asile syriens, dont près de la moitié en Allemagne. Leur retour figure en tête de l’ordre du jour dans la plupart des discussions entre les capitales européennes et Damas depuis la chute du régime Assad.
Le document met en avant l’ambition d’intégrer la Syrie dans des projets régionaux de connectivité, y compris le Corridor économique Inde–Moyen-Orient–Europe, afin de positionner le pays comme une plateforme pour le transport, l’énergie et les liaisons numériques.
La Syrie s’impose comme un point de transit clé, notamment dans le contexte de la crise énergétique déclenchée par la fermeture du détroit d’Ormuz pendant la guerre en Iran. Un premier pétrolier transportant du pétrole irakien expédié par voie terrestre a quitté le port syrien de Banias jeudi.
La Turquie, la Syrie et la Jordanie sont également convenues de moderniser leurs réseaux ferroviaires afin de créer un corridor reliant le sud de l’Europe au Golfe, a déclaré mercredi à l'agence Bloomberg le ministre turc des Transports, Abdulkadir Uraloglu.
Soutien à l'intégration des Kurdes syriens
Sur le plan sécuritaire, le document indique que l’UE pourrait appuyer la formation de la police syrienne et le développement des capacités institutionnelles au sein du ministère de l’Intérieur, ainsi qu’une coopération en matière de lutte antiterroriste et d’efforts contre le trafic de drogue et la criminalité organisée.
Le document souligne également le soutien de l’UE à la mise en œuvre d’un accord conclu en janvier dernier entre Damas et les autorités kurdes du nord-est, lequel prévoit l’intégration des institutions locales dans l’État et l’élargissement des droits pour les Kurdes syriens dans le cadre d’une transition politique plus large.
Dans une avancée majeure vers cette mise en œuvre, la Syrie a nommé en mars le commandant des forces kurdes YPG, figure de proue du mouvement, vice-ministre de la Défense pour les territoires de l’est, où les forces américaines ont remis cette semaine leur dernière base militaire restante à l’armée syrienne.
Cette information est une traduction d'une dépêche de l'agence Reuters.

