Il fait sombre et humide dans l’abri, en cet énième jour de bombardements. Soudain, un violent fracas retentit, éclipsant le bruit familier des tirs d’obus ou de leurs impacts au loin. Une âcre odeur de brûlé s’infiltre dans le sous-sol où tous les habitants de l’immeuble se sont réfugiés. Chacun redoute que l’obus ait frappé sa voiture.
Antoine Azar se porte volontaire pour sortir de l’abri et aller constater les dégâts dans la rue. Quelques minutes plus tard, il revient, rassurant les voisins d’une voix apaisante et calme : « Grâce à Dieu, vos voitures sont intactes. C’est la mienne qui a reçu l’obus en plein fouet. »
C’est mon père. Altruiste, empathique, serviable. Mais pas seulement. Il était (est) un grand homme : généreux, intègre, honnête, humain, intelligent, ambitieux, déterminé, autodidacte – il a appris, entre autres, l’allemand et l’informatique seul.
Un homme de parole et d’action. Un homme de valeurs et un intellectuel, qui n’a jamais fait le moindre compromis avec ses principes.
Jamais il n’a fléchi devant un milicien, un homme armé, un occupant. Jamais il n’a cédé, même face au danger. Ses convictions, il les portait haut, droit dans le regard de tous. Nous avions peur pour lui. Terriblement peur. Mais lui, il n’avait pas peur.
En temps de guerre comme en période de paix, qu’il jouisse d’une bonne santé ou qu’il soit confronté à la maladie, il est resté égal à lui-même : courageux, digne, noble.
Au-delà de la famille et des amis, tant de vies ont été touchées par sa générosité, sa bonté, sa bienveillance et son altruisme. Les innombrables hommages reçus depuis son envol, le dimanche 29 mars, en témoignent.
Papa, c’est à toi que je m’adresse maintenant : je suis fière de porter ton nom. Le sang qui coule dans mes veines est le tien, et dans mes gènes on retrouve ton empreinte. Tu ne me quitteras jamais.
Repose en paix, papa ; tu le mérites.
Roula AZAR DOUGLAS
Ton aînée

