Sylviane Agacinski, Eva Jospin et ses proches, Martine Aubry, l'ancien président Francois Hollande, Pierre Moscovici, Benoit Payan, et d'autres politiciens et invités se sont réunis pour les funérailles de l'ancien Premier ministre français Lionel Jospin, au cimetière de Montparnasse, à Paris, le 26 mars 2026. Photo Gonzalo Fuentes/Reuters
La cohabitation apaisée, les 35 heures, le séisme du 21 avril... Les souvenirs ont afflué jeudi parmi les centaines d’anonymes venus assister aux obsèques de Lionel Jospin, nostalgiques d’une gauche plurielle où les différents courants avaient réussi à mettre de côté leurs divergences pour gouverner. « L'époque brillante du Parti socialiste se termine » avec le décès de l'ancien Premier ministre socialiste, dimanche, à 88 ans, souligne Marie-Noël Therzioglu, une infirmière à la retraite, venue, comme beaucoup d'autres une rose à la main, au cimetière parisien du Montparnasse.
La cérémonie, ouverte au public, a été marquée par les prises de parole de sa famille mais aussi de ses camarades politiques, de Martine Aubry à Pierre Moscovici en passant par François Hollande, qui ont convoqué le souvenir d’un véritable « homme d’État » dont il faudra « être digne ». « Jospin, c'était la gauche qui savait s'unir et opposer ses idées sans s'invectiver », se souvient avec nostalgie Joëlle Savignon, professeure à la retraite de 67 ans. Figure de la gauche plurielle, Lionel Jospin avait réussi à rassembler socialistes, verts, communistes et radicaux dans son gouvernement de cohabitation de 1997 à 2002, sous la présidence de Jacques Chirac. Un contraste avec les divisions actuelles entre le PS et La France insoumise, que certains jugent « irréconciliables ». « Sa mort nous rappelle que l'époque où la gauche savait s'entendre est derrière nous », regrette Joëlle Savignon.
« Une révolution à lui seul »
S'il a également été premier secrétaire du PS de 1981 à 1988 puis de 1995 à 1997 et ministre de l’Éducation nationale de François Mitterrand, c'est son œuvre à la tête du gouvernement qui a marqué les esprits. Beaucoup se souviennent des réformes, du passage aux 35 heures, du Pacs, précurseur au mariage pour tous, en passant par la couverture maladie universelle. « Il était une révolution à lui seul », assure Patrick Couton Wyporek, 54 ans. Il a « prouvé que la politique pouvait changer quelque chose dans la vie des gens (...) Grâce à lui, j'ai eu le droit au congé paternité », poursuit ce responsable d'études, qui a eu son deuxième enfant en 2003.
« Exemplarité »
Lionel Jospin, c'est aussi le séisme du 21 avril 2002. Isabelle Le Corre, 74 ans, se rappelle très bien de ce qu'elle faisait au moment où la France a appris qu'il n'accèderait pas au second tour de l'élection présidentielle, distancé par Jean-Marie Le Pen. « On n'a pas voulu y croire, c'était l'horreur absolue », se souvient-elle. Dans la foulée, Lionel Jospin annonçait son retrait de la vie politique. Patrick Couton Wyporek salue « l'exemplarité d'un homme qui a su se retirer lorsqu'il a été désapprouvé par les urnes ».
Si elle n'a jamais connu cette époque, Sophie Aygun, 22 ans, estime que sa présence aux obsèques était un « devoir ». « Il faut montrer notre reconnaissance à ceux qui ont œuvré pour notre parti », assure cette jeune militante du PS, en soulignant « l'altruisme » et « l'intégrité » d'un homme. Sous les applaudissements et accompagné par une composition de Franz Schubert, le cercueil de Lionel Jospin entre en terre. Des dizaines d'anonymes jettent des roses dans sa tombe.

