L'entrée de la prison de Roumié, dans le Metn. Photo ANI
Des émeutes ont éclaté, mardi soir, dans la prison de Roumié (Metn, Mont-Liban), un des plus grands centres pénitentiaires du Liban, après le transfert d'une centaine de détenus syriens de Roumié en direction de la Syrie, conformément à un accord entre les deux pays. Selon des informations publiées dans les médias locaux, des prisonniers ont brûlé des matelas, en guise de protestation. Dans des vidéos publiées en ligne, on aperçoit des dizaines d'hommes rassemblés devant un grand feu à l'intérieur de la prison. On entend également des prisonniers frapper sur les portes de la prison en criant « Allahou Akbar » (Dieu est grand).
Ces émeutes interviennent à l'heure où des proches des détenus islamistes libanais appellent à une amnistie générale, et alors que nombreux sont ceux qui passent des années derrière les barreaux, en attendant de comparaître devant les tribunaux. Mardi, les autorités syriennes ont annoncé sur Telegram que le Liban remettra, mercredi, 136 prisonniers syriens condamnés afin qu'ils y purgent le reste de leur peine en Syrie.
L'accord entre le Liban et la Syrie, signé le 6 février à Beyrouth, prévoit le transfert d’environ 300 détenus syriens, actuellement incarcérés dans les prisons surpeuplées du Liban, vers la Syrie. Il répond aux revendications de Damas, qui réclame que les prisonniers syriens soient rapatriés, alors qu'environ 2.500 d'entre eux sont incarcérés au Liban, parfois sans jugement. Une source judiciaire a indiqué à l’AFP qu’au total 137 détenus ont été acheminés vers le poste-frontière de Masnaa « en vue d'être remis aux autorités syriennes », dont « 106 condamnés incarcérés à Roumié et 31 autres à Tripoli ».
Le député sunnite du Akkar, Ahmad Kheir, est intervenu mardi soir pour apaiser les tensions à Roumié, notamment au sein du bâtiment B. Selon un communiqué publié par des proches de prisonniers au Liban, cette intervention fait suite à un appel entre plusieurs détenus et le député. Ce dernier a confirmé travailler avec un groupe de parlementaires à la recherche de solutions globales à la crise carcérale au Liban, sans distinction de nationalité ni de religion. Le communiqué précise que l'initiative proposée vise à promouvoir l'adoption d'une loi d'amnistie générale et à réduire les peines de prison. Il indique également que les députés impliqués mènent des consultations et des réunions avec diverses personnalités politiques pour atteindre cet objectif.
L'accord judiciaire entre le Liban et la Syrie prévoit uniquement le transfert des détenus déjà jugés, à condition que les condamnés pour des crimes les plus graves, comme le viol et le meurtre, aient purgé plus de dix ans de leur peine au Liban. Par conséquent, les prisonniers syriens en attente de procès sont exclus de l'accord, même si, lors des premiers échanges, la Syrie avait également réclamé leur transfert. L’accord prévoit aussi la réciprocité pour les ressortissants libanais condamnés en Syrie et impose des conditions strictes, notamment le consentement écrit du détenu et la présentation de documents judiciaires attestant la condamnation et la peine.
Les détenus dans les prisons libanaises endurent souvent des conditions déplorables résultant d’une surpopulation chronique et d'un manque de leurs besoins élémentaires ou d’accès aux soins de santé. Nombre d’entre eux restent des années derrière les barreaux, en attente de jugement. La prison de Roumié a été conçue pour accueillir 1 200 détenus. Un rapport sur les droits de l’homme publié en 2023 indiquait qu’elle hébergeait alors quelque 4 000 prisonniers, dans des conditions précaires souvent décriées par les proches des détenus.


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