Un soldat libanais à l’entrée de Deir Mimas, dans le sud du Liban, le 17 février 2025. Photo REUTERS/Emilie Madi
Le président libanais, Joseph Aoun, a dénoncé mardi une campagne d'« attaques injustifiées » visant l’armée libanaise et son commandement, après des propos du commandant en chef Rodolphe Haykal concernant le désarmement du Hezbollah. Lors d'une visite au ministère de la Défense à Yarzé, M. Aoun a estimé que ces campagnes « n’auront aucun impact sur les performances » de la troupe.
Devant le ministre de la Défense, Michel Menassa, et le général Haykal, Joseph Aoun, lui même ancien commandant de la troupe, a rappelé que l’armée est une « institution nationale qui sert l’intérêt du Liban et des Libanais, et non pas d’intérêts particuliers de partis ou de communautés, mais uniquement de la nation », « le symbole de l’honneur, du sacrifice et de la loyauté envers tout le Liban », rapporte le site officiel de la présidence. Le président Aoun a aussi rappelé que l’armée reste « l’institution nationale qui bénéficie de la confiance des Libanais ».
Tenir l'armée loin des « conflits politiques »
Le lundi 2 mars, après le tir de six roquettes par le Hezbollah sur Israël et le déclenchement d’une nouvelle escalade, le gouvernement libanais a déclaré les activités militaires et sécuritaires du parti chiite illégales, appelant l’armée à appliquer le plan relatif au monopole des armes « dans les plus brefs délais et par tous les moyens possibles ». Ce à quoi le commandant en chef de l’armée a répondu que ce sont aujourd’hui « les attaques israéliennes visant le Liban et ses citoyens qui entravent la mise en œuvre du plan de l’armée ». Ces déclarations ainsi que ses appels « à la nécessité de faire face à toute tentative de provoquer une discorde interne » lui ont valu nombre de critiques au Liban, certains allant jusqu'à l'accuser de faire le jeu du Hezbollah. De son côté, l'Etat hébreu, qui bombarde massivement le Liban, a adressé, ce week-end, ce message à Joseph Aoun et au gouvernement libanais, les exhortant à désarmer le parti chiite, sinon « ce sont le gouvernement libanais et tout le Liban qui en paieront le prix. »
« Si l’armée venait à être ébranlée, c’est tout le pays qui serait en danger », a encore souligné Joseph Aoun, estimant que « l’armée ne doit pas devenir un sujet de conflits politiques internes ». Il a assuré qu’il constituera « un rempart solide contre toute attaque visant l’institution militaire ou son commandement ». Le chef de l’Etat a dans ce cadre appelé la troupe « à laisser ses réalisations parler pour elle », et estimé que ce qui se déroule aujourd’hui « n’est qu’un nuage passager qui finira par disparaître. » « L’armée est la garante de l’unité et de la stabilité du Liban, et tout le monde doit la protéger », a-t-il encore souligné.

Aoun prend la défense de Haykal
S'adressant aux officiers présents à la réunion, dont outre Rodolphe Haykal, le chef d’état-major, le général Hassan Aoudeh, et le directeur du renseignement, le général Antoine Kahwagi, il les a appelés à ne pas se « laisser affecter » par les campagnes lancées contre eux. « Laissez vos réalisations parler pour vous. Ce qui se passe n’est qu’un nuage qui passera, comme d’autres auparavant. Le peuple se tient à vos côtés et apprécie vos efforts, car aucune armée au monde ne pourrait accomplir ce que vous accomplissez dans les conditions actuelles. Ce que vous faites dépasse l’ordinaire. » Il a encore invité les responsables militaires à « continuer à accomplir leur devoir avec conscience et courage », affirmant qu’ils sont « plus grands que toutes les rumeurs ». « Ceux qui rêvent de changer le chef de l’armée visent en réalité l’institution et non le chef lui-même. C'est interdit », a-t-il insisté. Il a en outre rappelé que l’armée « agit conformément à la Constitution, aux lois et aux décisions de l’autorité politique », et que l’exécution des décisions du Conseil des ministres se fait « selon les mécanismes constitutionnels et les moyens disponibles », refusant que l’on « fasse porter à l’armée des responsabilités qui dépassent ses capacités ».
De son côté, le général Haykal a remercié le président pour sa visite et a souligné que l’armée « n’agira que dans l’intérêt du Liban et des Libanais » et qu’elle « restera un rempart contre toute tentative de discorde interne ».
À Yarzé, les réunions de Joseph Aoun avec les responsables militaires et de la Défense ont porté sur la situation sécuritaire dans le pays et les conditions des soldats déployés dans le sud du Liban. Le président a de plus été informé des conditions familiales des militaires, notamment ceux qui ont dû quitter leurs maisons à cause des attaques israéliennes et se déplacer vers d’autres régions.



Il vaut mieux qu’il garde le silence
19 h 49, le 10 avril 2026