Critiques littéraires Bande dessinée

« Tout mais pas Beyrouth »


« Tout mais pas Beyrouth »

Mathieu Diez, enfant, lit des BD passionnément. Adulte, il ouvre un bar à Lyon, y accueille et expose des auteurs de bande dessinée, puis développe cette dynamique jusqu’à co-créer un premier festival, bricolé avec les moyens du bord, qui, sous sa direction, grandit au point de devenir, en quinze ans, l’un des principaux « festivaux » (pluriel qu’il entend bien faire adopter dans l’usage courant) de bande dessinée en France.

Et voilà qu’en 2020, à la faveur d’une envie de vivre à l’étranger, Mathieu quitte ses fonctions au Lyon BD Festival pour prendre, pendant quatre ans, la direction du bureau du livre de l’Institut français de Beyrouth.

Là, il importe la formule « festival » qu’il connaît bien et propose une refonte du mythique Salon du livre francophone de Beyrouth. Le festival Beyrouth Livres voit le jour, porté par l’équipe du bureau : un événement éclaté sur l’ensemble du territoire et des quartiers de Beyrouth, à la fois pertinent et festif.

Ces quatre années, on le sait, ont été particulièrement mouvementées pour le pays. Mathieu Diez s’est installé juste après la thawra, dans le sillage de l’effondrement financier et après l’explosion du 4 août. Il a entendu les affrontements de Tayyouneh, suivi la crise politique, puis les longs mois de guerre qui ont contraint sa famille à quitter le pays avant lui.

Alors que cette parenthèse beyrouthine se referme, une idée germe : celle de changer de casquette, se faire auteur et raconter son Beyrouth. Il pense, pour les dessins, au Lyonnais Jibé, qui fait le voyage pour s’imprégner de la vie beyrouthine. Le travail commence et Mathieu Diez sait bien que la fin de l’histoire s’écrira en direct, au moment même où il préparera son retour à Lyon.

Le livre sort aujourd’hui sous le titre Tout mais pas Beyrouth – la phrase qu’aurait prononcée sa mère lorsqu’il lui avait parlé de son envie de partir à l’étranger – et retrace les quatre années de Mathieu Diez au Liban en jonglant avec habileté entre le quotidien, les chroniques de la réalité du travail en ambassade, la découverte du pays, les rencontres et la situation géopolitique.

Affectif, drôle, émouvant, informatif, l’album rassemble tout ce qui ferait, en somme, le sel d’une soirée passée à raconter un morceau de vie à des amis, avec en bonus le savoir-faire d’un auteur adroit. L’écriture est ciselée, huilée, dosée, et les scènes sont construites comme de petits engrenages.

Au dessin, Jibé déploie une mise en scène riche et juste. Un dessin qui fait le pari (assez rare dans le registre autobiographique, qui nous habitue souvent à une forme de caméra fixe) d’être à la fois cinématographique et pleinement au service d’une narration du quotidien.

Pour les lecteurs français, l’album sera une plongée dans quatre années tourmentées de la réalité libanaise. Les Libanais y découvriront un regard singulier. Et pour beaucoup d’entre nous qui l’avons côtoyé, c’est la mise sur papier d’une trace que Mathieu Diez avait d’ores et déjà laissée à Beyrouth.

On attend désormais avec envie de voir dans quelles directions ce premier album mènera ses auteurs pour de futurs projets.

Tout mais pas Beyrouth de Mathieu Diez (scénario) et Jibé (dessin), Delcourt, 2026, 245 p.

Mathieu Diez, enfant, lit des BD passionnément. Adulte, il ouvre un bar à Lyon, y accueille et expose des auteurs de bande dessinée, puis développe cette dynamique jusqu’à co-créer un premier festival, bricolé avec les moyens du bord, qui, sous sa direction, grandit au point de devenir, en quinze ans, l’un des principaux « festivaux » (pluriel qu’il entend bien faire adopter dans l’usage courant) de bande dessinée en France.Et voilà qu’en 2020, à la faveur d’une envie de vivre à l’étranger, Mathieu quitte ses fonctions au Lyon BD Festival pour prendre, pendant quatre ans, la direction du bureau du livre de l’Institut français de Beyrouth.Là, il importe la formule « festival » qu’il connaît bien et propose une refonte du mythique Salon du livre francophone de Beyrouth. Le festival Beyrouth Livres voit...
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