Rechercher
Rechercher

Dernières Infos - frappes contre l'iran

Devant l'ONU, Téhéran dénonce les frappes sur son territoire, Israël et les États-Unis invoquent une « nécessité »

« Le monde doit reculer du bord d’une guerre plus large », exhorte Guterres.

L'ambassadeur de l'Iran auprès des Nations Unies, Amir Saeid Iravani, lors de la réunion du Conseil de sécurité de l'ONU après les frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, au siège de l'ONU à New York, le 28 février 2026. Photo Heather Khalifa/Reuters

Rarement le Conseil de sécurité des Nations unies aura été le théâtre d’un affrontement aussi frontal entre puissances. Réuni en urgence après les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, l’organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales s’est transformé en champ-clos diplomatique, où chaque délégation a invoqué la Charte pour défendre sa propre lecture du droit.

En ouverture, le secrétaire général Antonio Guterres a lancé un avertissement sans détour : « Le monde doit reculer du bord d’une guerre plus large », appelant toutes les parties à faire « tout ce qui est possible pour éviter l’escalade ». « Nous assistons à une menace grave contre la paix et la sécurité internationales », a-t-il déclaré, avertissant que l’action militaire en cours comporte « le risque d’une chaîne d’événements que personne ne pourra contrôler dans la région la plus volatile du monde ».

Le secrétaire général a rappelé que la Charte des Nations unies demeure la pierre angulaire du système international. Citant l’article 2, il a souligné que tous les États doivent s’abstenir du recours à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État. Il a indiqué avoir condamné « les frappes militaires massives menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran », ainsi que « les attaques ultérieures de l’Iran violant la souveraineté et l’intégrité territoriale de Bahreïn, de l’Irak, de la Jordanie, du Koweït, du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis ». Il a insisté sur un point central : « Il n’existe aucune alternative viable au règlement pacifique des différends internationaux. » Selon lui, la paix durable ne peut être obtenue que par « un dialogue authentique et des négociations ».

L’Iran dénonce une agression et saisit officiellement l’ONU

Dans une lettre adressée au secrétaire général et au président, l’ambassadeur britannique James Kariuki, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a dénoncé « un acte manifeste d’agression » contre « la souveraineté et l’intégrité territoriale » de la République islamique d’Iran. Le courrier affirme que les frappes américaines et israéliennes violent l’article 2 de la Charte des Nations unies et constituent une « agression armée ouverte ». L’Iran y déclare exercer son droit « inhérent et légitime » à la légitime défense en vertu de l’article 51 et prévient qu’il agira « sans hésitation » jusqu’à la cessation complète de l’agression. Téhéran demande la convocation urgente du Conseil de sécurité et l’adoption de mesures immédiates pour mettre fin à « l’usage illégal de la force ».

À la tribune, l’ambassadeur iranien Amir Sayed Iravani a dénoncé « une guerre contre la Charte des Nations unies » et affirmé que les actions américaines et israéliennes « ne satisfont à aucun des critères de la légitime défense ». Selon lui, les frappes ont visé des zones civiles dans plusieurs grandes villes. « Ce n’est pas seulement un acte d’agression ; c’est un crime de guerre et un crime contre l’humanité », a-t-il déclaré. Les justifications fondées sur une « attaque préventive » ou une « menace imminente » seraient selon lui « juridiquement, moralement et politiquement infondées ».

Washington invoque la prévention stratégique

Le représentant américain Mike Waltz a assumé la responsabilité de l’opération « Operation Epic Fury ». « C’est un moment dans l’histoire qui exige une clarté morale », a-t-il affirmé, estimant que le président Donald Trump « a su répondre à l’instant ». Selon lui, l’opération visait des objectifs « spécifiques et stratégiques » : démanteler des capacités balistiques menaçant les alliés, affaiblir des moyens navals perturbant les voies maritimes internationales et briser les réseaux armant des milices régionales. « Aucun pays responsable ne peut ignorer une agression persistante », a-t-il averti, rappelant les résolutions successives du Conseil de sécurité depuis 2006 exigeant la suspension de l’enrichissement d’uranium iranien. Ces textes représentent, selon lui, « le jugement collectif du monde » face à une menace croissante.

Israël parle de « menace existentielle »

L’ambassadeur israélien Danny Danon a justifié l’action conjointe par la nécessité d’écarter une « menace existentielle ». Depuis 47 ans, a-t-il déclaré, le régime iranien scande « mort à Israël, mort à l’Amérique ». « Ce n’est pas la colère d’une frange radicale. C’est une haine cautionnée par l’État. » Pendant que ces slogans retentissaient, a-t-il affirmé, « l’uranium était enrichi, les centrifugeuses tournaient, les missiles étaient construits et des installations enfouies profondément sous terre ». Israël, aux côtés des États-Unis, aurait agi pour empêcher que la menace ne devienne « irréversible ».

« Nous avons agi par nécessité », a-t-il insisté, estimant que le régime iranien n’a laissé « aucune alternative raisonnable ». Selon lui, l’Iran a développé des capacités nucléaires « au mépris flagrant du droit international », renforcé ses arsenaux balistiques et armé des groupes alliés dans la région. « La diplomatie a été épuisée », a-t-il déclaré. « Ils construisaient les moyens d’imposer une réalité irréversible avec notre dos contre le mur. Ce n’est pas un avenir qu’Israël acceptera. »

Londres, Paris, Moscou, Pékin : fracture ouverte

Le représentant britannique James Kariuki a évoqué « un moment fragile pour le Moyen-Orient ». Le Royaume-Uni, a-t-il précisé, n’a joué « aucun rôle » dans les frappes, mais « ne se fait aucune illusion » sur le régime iranien. Le représentant de la France, Jérôme Bonnefoy, a appelé à une désescalade immédiate, rappelant l’impératif du respect du droit international, la protection des civils et la nécessité d’une solution négociée garantissant que le programme nucléaire iranien demeure exclusivement pacifique.

À l’inverse, la Russie a dénoncé une « agression armée » et un « pas imprudent » menant à une escalade brutale. La Chine a estimé que la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Iran « doivent être respectées » et appelé à une cessation immédiate des actions militaires.

Au-delà des déclarations, la séance a mis en lumière une fracture stratégique majeure : prévention contre violation de souveraineté, sécurité contre légalité, dissuasion contre escalade. Le paradoxe institutionnel demeure entier : les États-Unis, membre permanent doté d’un droit de veto, sont eux-mêmes partie prenante au conflit. Toute résolution contraignante apparaît dans ce contexte hautement incertaine.

Rarement le Conseil de sécurité des Nations unies aura été le théâtre d’un affrontement aussi frontal entre puissances. Réuni en urgence après les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, l’organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales s’est transformé en champ-clos diplomatique, où chaque délégation a invoqué la Charte pour défendre sa propre lecture du droit.En ouverture, le secrétaire général Antonio Guterres a lancé un avertissement sans détour : « Le monde doit reculer du bord d’une guerre plus large », appelant toutes les parties à faire « tout ce qui est possible pour éviter l’escalade ». « Nous assistons à une menace grave contre la paix et la sécurité internationales », a-t-il déclaré, avertissant que l’action militaire en cours comporte « le...