Des agents de sécurité et des responsables se rassemblent à côté de bus transportant des prisonniers lors d'une cérémonie d'échange de prisonniers entre les autorités syriennes et les combattants druzes, dans la banlieue de Soueida, le 26 février 2026. Photo LOUAI BECHARA/AFP
Le gouvernement syrien et les factions druzes contrôlant Soueida, dans le Sud, ont effectué jeudi leur premier échange de 86 prisonniers depuis les affrontements meurtriers de l’été dernier, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
L’échange de jeudi a permis la libération par Damas de 61 prisonniers appartenant aux factions druzes détenus à la prison centrale de Adra, en échange de la libération par les Forces de la Garde nationale druze de 25 membres du personnel du gouvernement syrien, a indiqué le bureau des médias. Le convoi transportant les détenus druzes était escorté, selon l'AFP par les forces syriennes et une ambulance et un véhicule de la Croix-Rouge. La télévision publique syrienne a parlé d'un « important déploiement » des forces de sécurité sur la route Damas-Soueida « pour sécuriser l'opération ».
Ouvrir la voie à des « libérations supplémentaires »
Stephen Sakalian, chef de la délégation du CICR, a indiqué que l’organisation espérait que cela ouvrirait la voie à d’éventuelles libérations supplémentaires et à un dialogue sur les questions humanitaires, y compris le sort des personnes disparues depuis les violences de juillet dernier.
Une source gouvernementale syrienne et une source druze ont précisé à Reuters que l’échange avait été finalisé et faisait suite à une médiation de la Tim Ballard Foundation, une organisation à but non lucratif américaine qui lutte contre la traite des êtres humains. La fondation n’a pas répondu à une demande de commentaire.
Après la fin de l'échange, Tarek al-Maghoush, chargé du dossier au sein de la Garde nationale, a parlé de négociations indirectes « difficiles ». Le porte-parole de la Garde nationale, Talal Amer, a déclaré à l'AFP que les négociations s'étaient déroulées via les Etats-Unis et « sous la supervision » d'Israël, pays qu'il a remercié pour son « soutien total » lors des violences.
Selon une source sécuritaire, le gouvernement syrien détient depuis les événements de juillet 140 citoyens druzes à la prison centrale d’Adra. Aucun chiffre officiel n’a été confirmé. Le gouverneur de la province de Soueida, Moustapha Bakour, avait affirmé le mois dernier à la chaîne Syria TV qu’ils étaient emprisonnés dans le cadre d’une « détention préventive », sans accusations formelles portées contre eux. Le gouvernement syrien en a libéré 36 en octobre dernier. L’un des détenus libérés a indiqué qu’il n’avait reçu aucun document confirmant son emprisonnement ou sa libération, mais plutôt 1 million de livres syriennes (90 $) et un nouveau téléphone portable. Le ministère de l’Intérieur syrien n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire. Une source sécuritaire druze a indiqué que la Garde nationale détenait encore cinq officiers militaires du gouvernement.
De violents affrontements sectaires avaient éclaté à Soueida en juillet dernier entre combattants druzes et tribus bédouines sunnites. Les combats se sont intensifiés lorsque les forces du gouvernement ont été envoyées pour rétablir l’ordre dans la capitale de cette province majoritairement druze. Ces affrontements ont entraîné des frappes d’Israël, qui dit soutenir les Druzes, contre le gouvernement du président Ahmad el-Chareh.
L'État hébreu est allé jusqu’à bombarder le bâtiment du ministère de la Défense à Damas. Si Israël présente publiquement ses actions comme voulant protéger cette minorité face aux violences, ses détracteurs y voient au contraire un encouragement aux dynamiques séparatistes et un soutien implicite à l’émergence d’une entité pro-israélienne dans le Sud syrien, à proximité de Damas.
Un cessez-le-feu global a été annoncé plus tard dans le mois pour mettre fin aux combats, après plusieurs jours de violences ayant fait des centaines de morts.



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