Des militants israéliens s'en prennent au journaliste palestinien Saif Kwasmi le 5 juin 2024, lors de la marche des drapeaux.Hazem Bader/AFP
Le ministère israélien de la Défense a publié dimanche 22 février un décret interdisant cinq médias en ligne palestiniens – Al Asima News, M3raj Network, Al-Quds Albawsala Network, Maydan Al-Quds et Plus Quds Network – qui couvraient principalement la zone occupée de Jérusalem-Est, sans y avoir de bureaux. Israël les accuse d’entretenir des liens avec le Hamas et de provoquer une « incitation à la haine », sans fournir de preuves, précise The New Arab. »Le ministre de la Défense, Israel Katz, a signé un décret désignant ces plateformes comme organisations terroristes », a rapporté la chaîne israélienne Channel 12.
« Nous sommes très inquiets des conséquences de cette décision sur la liberté du journalisme », a martelé Shireen al-Khatib, directrice du Centre palestinien pour le développement et la liberté des médias (MADA) au micro d’al-Jazeera mardi 24 février.
Dimanche, Al Asma News a annoncé suspendre toutes ses activités « pour protéger » ses journalistes et a dénoncé « une nouvelle étape dans le parcours israélien de répression et d’étouffement (...), visant à isoler Jérusalem et al-Aqsa (site sacré dans l’est de la ville, NDLR), les monopoliser et supprimer leur visibilité médiatique dans le monde ».
L’esplanade de la mosquée al-Aqsa, troisième lieu saint de l’islam, fait actuellement l’objet de nombreuses incursions israéliennes, en période de ramadan. La fermeture des médias palestiniens vise, selon le média turc TRT World, à construire « un silence soigneusement géré, imposé par des ordres juridiques, des désignations militaires et un effacement numérique ». Shireen al-Khatib explique par ailleurs que les journalistes visés par un tel chef d’accusation « seront maltraités, convoqués pour des enquêtes (...), risquent de perdre leur travail et de voir leur compte bancaire fermé ».
Plus de 2 000 entités désignées
Le site OpenSanctions, qui recense en accès libre les entités visées par des sanctions internationales et des poursuites, précise que ces médias, journalistes et autres associations sont désignés comme « organisations terroristes » par Israël en vertu de la loi contre le terrorisme 5 776 de 2016. Celle-ci permet au ministère de la Défense de désigner un groupe de personnes comme tel, après avoir déposé une demande auprès d’un service de sécurité (Shin Bet, armée, Mossad, police) et reçu l’accord du procureur général d’Israël. Selon Chanel 12, le procureur général a confirmé dimanche qu'aucun obstacle juridique ne s’oppose à la classification des cinq médias palestiniens. OpenSanctions recense 2 049 entités sur la liste israélienne d'organisations terroristes.
En décembre 2025, la Knesset a par ailleurs voté un amendement pour prolonger jusqu’à fin 2027 l’interdiction de diffusion de médias étrangers accusés de porter atteinte à la sécurité de l’État. Une autre législation, adoptée en avril 2024, qui visait surtout al-Jazeera, accusée par les autorités israéliennes d’avoir « participé activement » à l’attaque terroriste du 7 octobre 2023.
Israël est tombé au 112e rang (sur 180) du classement mondial de la liberté de la presse de Reporter sans frontières, perdant 11 places par rapport à 2024. Le site de l’ONG indique que 20 journalistes sont détenus, à ce jour, dans le pays, tandis que la Fédération internationale des journalistes recense au moins 234 journalistes et personnels des médias tués depuis octobre 2023 à Gaza. Tel-Aviv maintient l’interdiction d’entrée de manière indépendante à Gaza pour les journalistes internationaux.

