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Moyen-Orient - Étude

Le nombre de morts à Gaza sous-estimé de près de 35 %, selon une étude dans The Lancet

En comptant la mortalité directe et indirecte, les chercheurs publiés dans la revue britannique estiment à 83 000 le nombre de morts à Gaza depuis le début de la guerre.

Le nombre de morts à Gaza sous-estimé de près de 35 %, selon une étude dans The Lancet

Les corps de 53 Palestiniens non identifiés ont été inhumés dans une fosse commune à Deir el-Balah, Gaza, le 13 février 2026. Photo Abdalhkem Abu Riash/Anadolu via AFP

Comptabilisé chaque jour par le ministère de la Santé de Gaza, le nombre de victimes de la guerre menée dans l’enclave pourrait nettement dépasser les 49 000 morts comptabilisés par le ministère de la Santé entre le 7 octobre 2023 et le 5 janvier 2025, pour se situer aux alentours de 75 000 morts, selon une étude publiée le 18 février dans la revue scientifique britannique The Lancet.

Un différentiel d’environ 35 % (34,7 %) supérieur sur la période, auquel s’ajoutent 8 450 « morts non violentes » (maladies, affections préexistantes, accidents ou autres causes non directement liées aux combats) et 12 200 disparus, pour un total supérieur à 83 000 pendant les quinze premiers mois de la guerre.

Ne pas « recycler les informations du Hamas »

« En réalisant l’étude indépendamment des chiffres donnés par le ministère de la Santé de Gaza, nous voulions également éviter d’être accusés de recycler les données du Hamas », explique le professeur Michael Spagat, directeur de l’équipe de recherche. Malgré l’approbation de ces statistiques par les Nations unies et plusieurs ONG internationales, le nombre de morts publié par le ministère de la Santé de Gaza, sous le contrôle du mouvement islamiste, a longtemps fait, et fait toujours, l’objet de contestations, notamment de la part des autorités israéliennes.

Une autre raison, explique-t-il, était d’appliquer une méthodologie différente de celle des autorités locales. Ces dernières utilisent, selon Michael Spagat, deux méthodes : « La première est d’enregistrer les cadavres qui passent par les hôpitaux (ce qui ne comprend pas les milliers de personnes dont les corps n’ont pas encore été retrouvés, NDLR). La seconde, c’est quand les familles remplissent un formulaire et signalent la mort d’un proche, ce qui déclenche un processus judiciaire, souvent très lent. »

Cette fois-ci, les chercheurs ont conduit une étude fondée sur des sondages réalisés entre le 30 décembre 2024 et le 5 janvier 2025 ; « la première enquête démographique indépendante », souligne le rapport. Deux mille ménages ont été interrogés, soit près de 10 000 individus, au sujet des décès survenus parmi leurs membres. Les personnes ont été interrogées par une vingtaine d’enquêteurs du Palestinian Center for Policy and Survey Research et devaient distinguer les morts « non violentes », les personnes « tuées pendant ou par un combat » et les causes inconnues. La limite de cette distinction tient à la dimension subjective du sondage : « La frontière entre une mort violente et non violente n’est pas totalement noire et blanche », explique le chercheur. De même en ce qui concerne l’auteur des faits : « Nous n’avons pas pu intégrer cette question au sondage, car les gens n’ont pas nécessairement cette information. » Il est donc impossible de déterminer quelle part des victimes palestiniennes a été tuée par d’autres acteurs que l’armée israélienne.

« Une tentative d’espionnage pour le compte de l’armée israélienne »

En février 2025, la revue britannique publiait par ailleurs une autre étude, concordant avec l’idée que le ministère de la Santé de l’enclave sous-estimait le nombre de victimes. L’équipe dirigée par l’épidémiologiste Zeina Jamaluddine avait alors établi un chiffre de 64 260 décès sur les neuf premiers mois de la guerre, sans distinction entre morts violentes et non violentes, soit 41 % de plus que ce qu’avaient calculé les autorités sanitaires de Gaza. Les chercheurs avaient alors superposé trois registres de décès afin d’estimer le nombre de morts non recensés par les autorités ; une méthode bien différente de celle de l’étude publiée cette semaine, mais dont le résultat est particulièrement proche des 40 % établis par le professeur Spagat, si l’on inclut la mortalité indirecte.

Autre élément concordant, cette fois avec le ministère de la Santé de l’enclave : la distribution de la mortalité au sein de la population gazaouie, selon le genre et l’âge des victimes. Cinquante-six pour cent des morts sont des femmes, des mineurs ou des personnes âgées de plus de 64 ans. Une autre limite s’impose ici à l’étude : il est impossible de déterminer si les près de 44 % restants sont des hommes combattants ou des civils. « On ne pouvait inclure cette question », compte tenu du contexte, souligne Michael Spagat, « au risque d’attiser la méfiance des sondés, qui pourraient croire à une tentative d’espionnage pour le compte de l’armée israélienne ».

Le nombre de mort peut continuer à croître « pendant plusieurs années »

Interrogée par le quotidien Le Monde, l’épidémiologiste américaine Rasha Khatib souligne par ailleurs, dans une correspondance adressée au Lancet, que des « effets indirects peuvent se manifester pendant les hostilités et se poursuivre après celles-ci ». La chercheuse fait ici référence au nombre particulièrement important de morts « non violentes » qui surviennent ou sont comptabilisées même après la mise en place d’un cessez-le-feu, « parfois pendant plusieurs années dans le cas de grandes guerres », ajoute le professeur Spagat. La raison est, selon lui, « très claire : les décès évitables grâce à une bonne infrastructure ne le sont plus lorsque celle-ci est compromise ».

Or les établissements de santé font l’objet d’attaques systématiques. Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) indique ainsi que seuls 18 hôpitaux fonctionnent encore à Gaza, sur les 36 disponibles avant le début de la guerre. Le même rapport précise que 1,6 million de Gazaouis font face à une crise alimentaire aiguë entre le 1er décembre 2025 et le 15 avril 2026, selon des projections.

La famine déclarée à Gaza par les experts mandatés de l’ONU en août 2025 ne figure d’ailleurs pas dans l’étude publiée mercredi par la revue scientifique, qui s’arrête sept mois plus tôt. Elle ne comprend donc pas les victimes liées à l’aggravation de la crise humanitaire. « Je pense qu’une enquête de suivi impliquerait une estimation nettement plus élevée du nombre de décès supplémentaires non violents », souligne le professeur.

Comptabilisé chaque jour par le ministère de la Santé de Gaza, le nombre de victimes de la guerre menée dans l’enclave pourrait nettement dépasser les 49 000 morts comptabilisés par le ministère de la Santé entre le 7 octobre 2023 et le 5 janvier 2025, pour se situer aux alentours de 75 000 morts, selon une étude publiée le 18 février dans la revue scientifique britannique The Lancet.Un différentiel d’environ 35 % (34,7 %) supérieur sur la période, auquel s’ajoutent 8 450 « morts non violentes » (maladies, affections préexistantes, accidents ou autres causes non directement liées aux combats) et 12 200 disparus, pour un total supérieur à 83 000 pendant les quinze premiers mois de la guerre.Ne pas « recycler les informations du Hamas »« En réalisant l’étude indépendamment des chiffres donnés par le...
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