Un immense drapeau national turc au-dessus sur les manifestants lors d'un rassemblement appelé par le Parti républicain du peuple (CHP) en soutien au maire arrêté d'Istanbul, Ekrem Imanoglu, à Maltepe, dans la banlieue d'Istanbul, le 29 mars 2025. Photo Kemal ASLAN / AFP
Six militants européens, qui affirment être venus enquêter en Turquie sur les conditions de détention des prisonniers politiques, ont été arrêtés à Istanbul, a annoncé vendredi à l'AFP leur avocat, confirmant des informations de leur collectif. Ils ont été interpellés jeudi après une rencontre avec le Bureau des droits du peuple, un cabinet d'avocats, a indiqué Me Naim Eminoglu, président de la section d'Istanbul de l'Association des juristes progressistes (CHD), qui assure leur défense.
Les autorités turques reprochent au Bureau des droits du peuple d'être en lien avec le DHKP/C (Parti front révolutionnaire de libération du peuple), considéré comme terroriste par Ankara. « La délégation internationale d'avocats, journalistes et militants des droits humains était arrivée le 18 février (mercredi) en Turquie », selon M. Eminoglu.
Les six militants sont originaires d'Italie, France, Espagne, Belgique et Russie, a précisé la CHD. Selon le défenseur, la police les a immédiatement prévenus qu'ils « étaient arrêtés pour être expulsés » et leurs passeports ont été confisqués. « Ils ont été transférés à la Direction des migrations. Aucune rencontre avec leurs avocats n'a été autorisée. La CHD a appris qu'ils sont maintenant emmenés à l'aéroport d'Istanbul pour être expulsés », a rapporté M. Eminoglu.
Selon le Bureau du droit des peuples, « ces militants sont venus en Turquie dans le cadre d'une mission d'observation pour enquêter sur le système carcéral dit +en puits+ et les conditions de détention à l'isolement » de certains prisonniers politiques, ce qu'a confirmé à l'AFP une source française membre de leur collectif.
Raphaël Kempf et Romain Ruiz, avocats français d'un des militants arrêtés, Jean-Pascal Graziani, ont appelé vendredi dans un communiqué les autorités consulaires françaises « à déployer immédiatement l'ensemble des mesures de protection prévues par le droit international » pour « s'assurer des conditions de détention » de leur client.
Ces conseils exhortent les autorités consulaires françaises à « garantir son accès effectif à une défense », « veiller au respect de ses droits fondamentaux » et « obtenir des clarifications rapides sur les fondements juridiques de son arrestation ».
« Documenter les conditions de détention relève d'un travail de vigilance démocratique partout dans le monde, nous restons mobilisés pour obtenir la libération de ceux qui luttent pour le réaliser et appelons l'opinion publique à se mobiliser contre les méthodes d'Ankara », concluent Mes Kempf et Ruiz.
La Turquie est accusée de placer certains détenus dans des prisons dites « en puits », avec des cellules privées de lumière du jour, une pratique dénoncée par les organisations de défense des droits humains qui pointent ses effets sur la santé mentale et physique de ces prisonniers. Le parti espagnol « PCPE comunista », dont est membre une de personnes interpellées, a dénoncé dans un message sur X ces établissements dans lesquels « les détenus sont totalement privés de lumière du soleil et d'interactions sociales et sont soumis à un isolement sévère ».


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