Des fidèles palestiniens prient sur l'esplanade de la mosquée al-Aqsa, devant le dôme du Rocher, à Jérusalem, le 17 février 2026. Photo d'archives Jamal Awad/Reuters
« Une ingérence flagrante dans les affaires d’al-Aqsa et une atteinte inacceptable à ses imams » : mardi, le Hamas et plusieurs organisations palestiniennes ont dénoncé le comportement de la police israélienne, déployée parmi des milliers de fidèles réunis sur l’esplanade de la mosquée al-Aqsa à Jérusalem-Est, lors de la prière de Tarawih marquant le début de ramadan.
Des centaines de milliers de fidèles palestiniens sont attendus sur l'esplanade des Mosquées, où se trouve la mosquée al-Aqsa, durant le mois de jeûne musulman qui a commencé mercredi pour une partie des musulmans.
L’imam d’al-Aqsa refoulé
La présence de forces armées sur le site du troisième lieu sacré de l’islam, filmée par des fidèles et relayée en masse sur les réseaux sociaux, marque une étape supplémentaire dans la montée des tensions ces dernières semaines autour de la mosquée. Deux jours plus tôt, la police israélienne interdisait d'entrée le cheikh Mohammad el-Abbassi, l'un des principaux imam de la mosquée al-Aqsa, sans donner de raisons. Une interdiction qui peut être reconduite, soulignait-il à l’AFP, précisant qu'aucune explication ne lui avait été donnée.
Le média saoudien Arab News relate par ailleurs l’irruption de 222 colons sur le site sacré lundi, corroborée par des vidéos diffusées sur X d’individus effectuant des rituels et des danses talmudiques dans les jardins d’al-Aqsa. Le lendemain, le chiffre a presque triplé selon la Qatar News Agency, qui rapporte l’incursion de 640 Israéliens. Les visiteurs auraient apporté et distribué des livrets de prière, dont l’exercice est pourtant interdit sur le lieu saint.
Le contrôle de plus en plus strict d’Israël sur le site sacré a fait réagir, lundi, le gouvernorat de Jérusalem, une entité administrative palestinienne n'exerçant qu'un rôle très limité dans la ville. Celui-ci a dénoncé plus de 250 interdictions d’entrer prononcées à l’encontre de Palestiniens depuis début 2026. Une limite de 10 000 fidèles a d’ailleurs été imposée pendant la période de ramadan. Le 15 février, Amit Halevi, membre de la Knesset et du Likoud, s’est rendu sur l’esplanade des Mosquées et a appelé à poursuivre les prières juives sur le site pendant le ramadan. Le jour même, le ministère des Affaires étrangères jordanien avait rejeté « totalement » les incursions de ministres israéliens, membres de la Knesset et colons, les qualifiant d’« actes de provocation visant à imposer une nouvelle réalité sur le site sacré et une tentative de le diviser temporellement et spatialement ».
Des années de tensions
Depuis plus de 10 ans, l’esplanade des Mosquées est le théâtre de tensions, particulièrement pendant le ramadan. En 2014 déjà, la mobilisation qui avait suivi le meurtre du jeune Palestinien Mohammad Abu Khdeir, brûlé vif par deux extrémistes juifs, avait mené à la mise en place de nouvelles restrictions de la part des autorités israéliennes, dont une limite de seulement 5 000 fidèles pour la prière du vendredi au lieu saint. L’escalade s’est poursuivie en 2022 lorsque plus de 400 Palestiniens avaient été arrêtés et 160 autres blessés sur le site sacré. En avril 2023, six mois avant le déclenchement du 7-Octobre et de la guerre de Gaza, plusieurs roquettes avaient été tirées depuis l’enclave palestinienne et le Liban après l’arrestation, encore une fois, de centaines de Palestiniens venus prier à al-Aqsa.
Le statu quo datant de 1967 autorise aux juifs la seule visite du lieu saint, mais en dehors des heures de prière musulmanes. Après l’occupation et l’annexion par Israël d’une partie de Jérusalem la même année, la mosquée al-Aqsa s’est vue placée sous l’administration de la Jordanie, avec un règlement israélien. Ces dernières années, le respect du statu quo s’est progressivement érodé, allant de l’élargissement des heures d’accès, sous la pression du ministre d’extrême droite Itamar Ben Gvir, à l’exercice de prières juives, ouvertement, dans la partie orientale de la mosquée. Pour les Israéliens, le site est également nommé le Mont du Temple, et aurait abrité les temples de Salomon et d’Hérode, le lieu le plus sacré du judaïsme.
Lors du ramadan, l’année dernière, les forces israéliennes avaient également imposé des restrictions aux fidèles, alors que d’autres mosquées palestiniennes avaient été prises d’assaut par des colons israéliens.
La montée des tensions autour de l’esplanade des Mosquées durant le ramadan intervient quelques jours après que le gouvernement israélien a approuvé un texte facilitant les achats de terres par les colons en Cisjordanie occupée puis décidé, dimanche, d'accélérer le processus d'enregistrement foncier. Des décisions dénoncées par plus de 80 pays de l’ONU comme illégales au regard du droit international.



