Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem s'exprimant le 16 février 2026. Photo tirée de la chaîne al-Manar du Hezbollah
L'escalade du Hezbollah face au gouvernement franchit un nouveau palier. Le secrétaire général du parti, Naïm Kassem, a demandé lundi à l’exécutif de « renoncer au monopole des armes », l’invitant à « mettre un terme à toute initiative » portant ce titre. « Ce que fait le gouvernement est une grave erreur et sert la convoitise de l’ennemi » concernant le Liban, a-t-il accusé, ajoutant qu’il rejette « les concessions gratuites » et « toute tutelle américaine ou arabe ».
Naïm Kassem s’est exprimé à l’occasion d’une cérémonie en hommage aux « commandants martyrs » du parti, Abbas Moussaoui, Ragheb Harb et Imad Moghniyé, au moment même où le Conseil des ministres entamait sa séance durant laquelle le commandant de l’armée devait présenter sa vision sur la deuxième phase du plan du monopole des armes. Celle-ci concerne la région située entre les fleuves Litani et Awali. Le Hezbollah estime que l'accord de cessez-le-feu de novembre 2024 prévoit son désarmement uniquement au sud du Litani et argue que le reste du territoire doit faire l'objet d'un dialogue interne. Cette lecture est réfutée par Israël, qui menace de recourir de nouveau à la force si le parti-milice n'est pas désarmé. Le gouvernement libanais souhaite, lui, récupérer le monopole des armes sur l'intégralité du territoire, arguant qu'il s'agit d'une demande avant tout libanaise.
Le secrétaire général du Hezbollah a affirmé que « toute occupation exige une résistance pour l'expulser, et que la responsabilité de cette résistance est celle de l'État, de l'armée et du peuple », alors que l'armée israélienne continue d'occuper plusieurs positions au Liban-Sud. « Tous sont responsables de résister à l’occupation afin de libérer la terre », a-t-il insisté. Il a toutefois souligné que « l’État libanais assume la responsabilité de faire face à Israël et de veiller à l'application de l'accord de cessez-le-feu, mais en se focalisant sur la question du désarmement, il commet une grave faute ». « Nous ne sommes pas pour des concessions gratuites, nous ne sommes pas pour l’exécution des diktats de la tutelle américano-arabe, et nous ne sommes pas pour satisfaire les exigences agressives d’Israël », a-t-il lancé, estimant que « la performance du gouvernement est, dans une certaine mesure, responsable de l’avidité de cet ennemi à poursuivre ses agissements, en raison des concessions et de la soumission aux pressions ».
Naïm Kassem a dans le même temps affiché son attachement à « l'unité nationale, la pleine souveraineté, la libération et le renforcement de l'armée libanaise » et son opposition à « la discorde ». Il a dans la foulée suggéré au gouvernement de « se réunir régulièrement pour discuter d'un plan et d'un calendrier pour parvenir à la souveraineté » dans le pays.
« Nous faisons preuve de patience jusqu’à présent... »
Comme il l'a déjà fait à plusieurs reprises, le chef du Hezbollah a déclaré que son mouvement « ne (veut) pas la guerre (avec Israël) », mais qu’il ne « se rendra pas » et qu’il est « prêt à se défendre ». « Nous pouvons leur faire mal », a insisté Naïm Kassem, appelant à « ne pas sous-estimer la défense lorsque le moment viendra ». Cette rare allusion à un nouveau round de violence contre Israël s'inscrit dans le cadre de l'escalade verbale menée par les responsables du Hezbollah depuis quelques jours.
« Nous faisons preuve de patience jusqu’à présent pour deux raisons : d’abord parce que l’État est responsable et doit assumer ses devoirs ; ensuite par souci de notre patrie et de notre société dans cette phase sensible. Mais la situation actuelle ne peut pas perdurer. Quant au moment, à la manière et aux évolutions qui changeront la réalité, nous laisserons les faits raconter l’histoire », a-t-il lancé. Et d'ajouter que « l’ennemi peut bien prendre l’avantage lors d’un round militaire, mais il ne peut pas s’emparer du pays. Il pourrait éventuellement occuper une partie supplémentaire du Liban, mais il ne pourra pas s’y maintenir. »
Le chef du parti chiite a enfin rendu hommage à ses prédécesseurs tués par Israël, soulignant que « lorsque des dirigeants sont tombés en martyrs, d’autres dirigeants ont pris leur place, puis sont tombés à leur tour, et d’autres encore leur ont succédé : il y a toujours quelqu’un pour prendre la relève ».



Le Hezbollah est perçu comme un facteur durable d’instabilité au Liban. Même lorsqu’il est limité, son influence demeure. Beaucoup de Libanais se sentent contraints de chercher un avenir ailleurs, loin de leur pays, tandis que le Liban continue de faire face à des influences extérieures qui compliquent son chemin.
01 h 29, le 04 mars 2026