L'ex-Premier ministre Saad Hariri lors de la commémoration de l’assassinat de Rafic Hariri, le 14 février 2026. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
De nombreuses figures politiques et diplomatiques ont rendu hommage samedi à l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, assassiné il y a 21 ans, et se sont recueillies sur sa tombe, lors d'un rassemblement massif dans le centre-ville de Beyrouth en présence de son fils Saad.
La classe politique libanaise était présente en nombre. Le Courant du Futur, fondé par Rafic Hariri, était représenté notamment par la sœur de l'ancien Premier ministre, Bahia Hariri, ex-ministre et députée, mais aussi par Fouad Siniora, pilier du parti et ancien chef du gouvernement. Étaient également sur place, la ministre des Affaires sociales Hanine el-Sayed, représentant le Premier ministre Nawaf Salam, ainsi que le ministre de l’Intérieur Ahmad Hajjar. Celui-ci a salué « le parcours d’un homme qui a cru au Liban comme patrie du savoir, de la reconstruction et de l’espoir ». On notait aussi la présence du député Kataëb de Beyrouth Nadim Gemayel, d'une délégation des Forces libanaises comprenant notamment le député Ghassan Hasbani et de l’ancienne ministre May Chidiac, ainsi que d'une autre du Parti socialiste progressiste.
Nombre de diplomates se sont recueillis sur la tombe de Rafic Hariri, notamment l’ambassadeur des États-Unis Michel Issa, son homologue russe Alexander Rodakov, et l’ambassadeur des Émirats arabes unis, Fadl Salem Saïd al-Kaabi. L'ambassade américaine a indiqué dans un communiqué que « l'héritage de Rafic Hariri en matière de paix et de prospérité continue de résonner après toutes ces années et revêt une importance renouvelée ». « La cérémonie commémorative d'aujourd'hui souligne la nécessité de rendre justice et de traduire en justice tous ceux qui ont été pris pour cible par des acteurs non-étatiques », a-t-elle ajouté.
Saad Hariri a parallèlement reçu un appel téléphonique du président du Parlement Nabih Berry. Il a de plus, reçu la visite de l’ancien chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt à la Maison du centre. Ce dernier a assuré que « l’accord de Taëf est applicable », soulignant que « l’armée libanaise fournit un effort colossal au niveau du monopole des armes, et que les mises en doute proviennent de certains sur la scène locale ». Il s'est aussi félicité des propos de Saad Hariri et de son salut adressé aux habitants du Sud. « Les élections législatives auront lieu et nous sommes prêts pour elles », a conclu M. Joumblatt.
Piques à l'adresse du Hezbollah
La famille de Rafic Hariri lui a rendu pour sa part un hommage soutenu. Son épouse Nazek s’est adressée « à son compagnon de vie, qui demeure vivant dans chaque cœur (…) ». « Ses rêves restent la fenêtre de l’espoir vers un avenir meilleur, où le Liban redeviendra un modèle de rencontre des cultures et de coexistence entre les religions », a-t-elle souligné. Elle a aussi appelé le Hezbollah à remettre ses armes aux autorités. « Les armes ne sont pas notre langage ; notre arme est la science, la culture et le savoir. Notre logique n’est pas celle du vainqueur et du vaincu, mais celle-ci : il n’y a de vainqueur que notre patrie, le Liban », a-t-elle insisté.
A son tour, Baha' Hariri, fils aîné de Rafic Hariri, a écrit sur son compte X qu'il ne « serrera aucune main tachée du sang » de son père ou « ayant comploté contre son héritage ». « La classe de l’échec qui a hérité du pouvoir au cours des deux dernières décennies a réussi à transformer le Liban en otage et à plonger son peuple dans un gouffre profond de faillite, de dépendance et de corruption systématique. Cette classe dirigeante, gangrenée par la dépendance aux armes et le pillage des fonds publics, ne s’est pas contentée de détruire la pierre, mais a tenté de briser la volonté des hommes et de démanteler le rôle pionnier du Liban », a fustigé M. Hariri, assurant qu'il n'accordera pas de consolation aux assassins de son père.
« Retirer les armes illégales »
Le ministre de la Culture Ghassan Salamé a salué quant à lui « un patriote qui aimait son pays sans limites, œuvrant sans relâche pour consolider la paix civile et travaillant à restaurer la position du Liban dans le monde sans jamais s’arrêter ».
« Il est aujourd’hui temps de retirer les armes illégales qui ont conduit à l’assassinat de Rafic Hariri. Les armes de l’État doivent être les seules à protéger tous les Libanais », a de son côté affirmé le député Kataëb Nadim Gemayel.
Le chef des Marada, Sleiman Frangié, a rendu hommage à « l’homme des initiatives, de la modération, du dialogue et de la foi en l’unité et la liberté du Liban ». Quant au député Michel Moawad, il a déclaré : « Ils ont assassiné l’homme, mais n’ont pas tué l’idée. L’idée du Liban en tant qu'État, le Liban de la modération, de l’ouverture et de la vie ».
L'ex-Premier ministre Nagib Mikati a pour sa part souligné que « la commémoration du martyre de Rafic Hariri ravive les principes et les fondements qu’il avait œuvré à instaurer, dont la construction de l’État et le redressement des institutions nationales, parallèlement au renforcement des relations du Liban avec les pays du monde et les frères arabes, en particulier l’Arabie saoudite ».
Le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, proche du Hezbollah, a affirmé que l’héritage de Rafic Hariri demeure « central ». « Il n’a pas renoncé à la force du Liban, notamment à sa résistance, et a traité le Sud et son front comme s’il s’agissait de Beyrouth, répondant aux exigences souveraines sans se soumettre. », a encore noté le mufti, invitant la classe politique à « tirer les leçons de souveraineté, à poursuivre les projets de reconstruction, sans brader les capacités du Liban ni ses intérêts nationaux ».
Enfin, l’ancien président de la République Michel Sleiman a estimé que cette commémoration suscite « un ensemble d’enseignements nationaux en politique, en morale et en matière constitutionnelle ». Dans un message à l'adresse du Hezbollah, il a estimé que « la véritable légitimité ne découle pas d’une décision circonstancielle ni d’un équilibre des forces passager, mais du respect de la Constitution et de la dignité du citoyen ».


Très gd bémol, solidere a non seulement raquette les quelques récalcitrants à son diktat, mais a détruit l âme de Beyrouth.
10 h 32, le 15 février 2026