La salle des pas perdus du Palais de justice de Beyrouth. Photo Claude Assaf/L'Orient-Le Jour
L’un après l’autre, l’ancien chef de gouvernement Fouad Siniora et l’ancien ministre Mohammad Choucair se sont présentés mercredi devant la première juge d’instruction de Beyrouth, Roula Osman, pour témoigner dans l’affaire dite « Abou Omar ». Ce surnom était utilisé par un garagiste du Akkar (Liban-Nord), Moustapha Hessiane, qui se faisait passer auprès de politiciens et d’hommes d’affaires pour un émir saoudien capable de leur garantir un soutien du royaume moyennant paiements. Les auditions des deux anciens responsables n’ont pas excédé trente minutes chacune. Il s’agissait de la deuxième comparution de Mohammad Choucair dans cette affaire, celui-ci ayant déjà témoigné, le 31 décembre, devant le procureur général près la Cour de cassation, Jamal Hajjar.
Mailing list
En revanche, c’était la première fois que Fouad Siniora se présentait devant la justice dans ce dossier. Une source proche de l’ancien Premier ministre indique qu’un ami de ce dernier, qui jouit de sa confiance mais qui avait lui aussi été dupé par « Abou Omar », l’avait mis en relation avec le faux prince. M. Siniora l’avait ensuite ajouté dans sa liste de diffusion (mailing list), lui envoyant parfois, comme à de nombreuses autres personnes, des déclarations, prises de position et autres communiqués. Les échanges ont néanmoins pris fin après que le faux prince eut contacté M. Siniora pour lui demander d’appuyer une certaine personnalité au poste de chef du gouvernement, avant la désignation, en janvier 2025, de l’actuel Premier ministre Nawaf Salam. Selon la source précitée qui n’a pas voulu dévoiler le nom de la personne proposée à M. Siniora, ce dernier aurait rejeté fermement une telle proposition, après quoi toute communication entre les deux hommes a cessé.
La juge Osman a également interrogé pendant environ une demi-heure Khaldoun Oraymet, un cheikh sunnite influent, suspecté d’avoir joué un rôle-clé dans la facilitation des contacts entre plusieurs personnalités politiques et « Abou Omar ». Amené sous forte escorte, le cheikh avait été mis en garde à vue, le 31 décembre, par le procureur général près la Cour de cassation, Jamal Hajjar, avant de faire l’objet d’un mandat d’arrêt émis le 20 janvier par la juge Osman qui venait de l’interroger. Selon nos informations, le cheikh Oraymet aurait été notamment questionné, mercredi, sur un entretien qu’il aurait eu avec le ministre Choucair concernant « Abou Omar », sans qu’il n’ait été possible de savoir précisément le contenu de ses réponses. Sakhr Hachem, son avocat, qui l’accompagnait, ainsi que Youssef Zeaïter, l’avocat de Moustapha Hessiane, également arrêté, ont demandé de part et d’autre la remise en liberté de leurs clients, selon des médias.
Une source proche du dossier indique à L'Orient-Le Jour que la juge d’instruction devrait auditionner prochainement d'autres personnalités politiques. Mercredi prochain, elle pourrait, par ailleurs, organiser une confrontation entre les cheikhs Khaldoun Oraymet et Khaled Sabsabi, lequel est poursuivi depuis le 12 janvier, par le procureur général près du parquet d’appel de Beyrouth, Raja Hamouche, pour de « fausses déclarations ». Il avait affirmé avoir présenté « Abou Omar » au cheikh Oraymet, avant de se rétracter en expliquant qu’il voulait protéger ce dernier et éviter que la justice ne lui impute l’escroquerie présumée. Il avait été maintenu en liberté sous condition de comparaître de nouveau pour un complément d’enquête.
La magistrate devrait également ordonner la comparution de Mohammad Oraymet, fils du cheikh Khaldoun. Il semble toutefois peu probable qu’il se présente, se trouvant hors du pays. Le juge Hamouche avait engagé des poursuites contre lui pour les mêmes violations que celles dont il a également suspecté son père ainsi que Moustapha Hessiane, à savoir notamment « la perturbation des relations avec le royaume d’Arabie saoudite, la fraude, le chantage et l’influence sur la volonté des responsables politiques lors du vote ».
Selon nos informations, un homme d'affaires, Ahmad Haddara, qui avait présenté une demande d'information judiciaire au parquet de cassation à la suite de laquelle la supercherie présumée avait été révélée au grand jour, s'est constitué partie civile mardi. Par ce moyen, une action privée vient s'ajouter à l'action publique. Toujours selon nos informations, l'avocat d'« Abou Omar » entend présenter contre M. Haddara une plainte pour « séquestration » de son client et violences perpétrées contre lui. Il l'accuse d'avoir organisé le rapt du faux émir et de lui avoir soutiré des aveux par la force lorsqu'il avait découvert avoir été dupé, et avant de recourir à la justice.



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