Nawaf Salam s’entretenant avec le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe, Jassem el-Budaïwi. Photo publiée sur le compte X du Grand Sérail
De Baabda ou depuis Dubaï, le président de la République et le Premier ministre ont réaffirmé mardi vouloir écarter le spectre de la guerre et consolider la position de l’État. En face, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, est revenu à la charge, s’opposant une fois de plus au désarmement de sa milice au nord du Litani et déclarant que celle-ci n’accepterait pas d’être « humiliée » par Israël, qui accentue sa pression au Sud.
Le chef du gouvernement, Nawaf Salam, a déclaré lors du sommet mondial des gouvernements, à Dubaï, qu’il « ne permettrait pas » que « le Liban soit entraîné dans une nouvelle aventure », sur fond de tensions entre l’Iran et les États-Unis. « D’autant que le coût de l’engagement dans une guerre de « soutien à Gaza » a été extrêmement élevé », a poursuivi M. Salam, dans des propos rapportés par l’Agence nationale d’information (ANI, officielle). « Nous devons nous prémunir en nous rassemblant autour de l’État et en évitant d’entraîner le Liban dans des aventures qui ne le concernent pas, a-t-il ajouté. Nous avons œuvré à récupérer la décision de la paix et de la guerre, et la preuve en est que, pour la première fois depuis 1969 (année de la signature de l’accord du Caire, qui a légalisé la présence et l’action armée palestinienne au Liban), l’État, à travers l’armée, impose un contrôle opérationnel total sur le sud du pays. » Nawaf Salam a par ailleurs appelé les « frères arabes » à participer à la conférence internationale de soutien à l’armée libanaise fixée au 5 mars à Paris. « Nous avons besoin de leur appui », a déclaré le Premier ministre. Cette conférence internationale à Paris, qui sera ouverte par le président français Emmanuel Macron, est organisée par le Quintette (France, Arabie saoudite, Égypte, Qatar et États-Unis) et vise à renforcer l’armée libanaise dans l’application de l’accord de cessez-le-feu et son déploiement au Liban-Sud.
Le Premier ministre a également rappelé que « la souveraineté et la réforme sont deux piliers essentiels pour sauver le Liban, et nous voulons rendre la sécurité aux Libanais ». « (Le rétablissement de la) souveraineté permettra à l’État libanais d’étendre son autorité sur l’ensemble de son territoire, et cette réforme restaurera la confiance internationale dans le Liban et dans son économie. Tout ce que nous demandons aux frères arabes et au monde, c’est de nous soutenir, non de se substituer à nous », a-t-il poursuivi. L’aide internationale au Liban, et plus généralement les investissements, selon M. Salam, sont conditionnés au désarmement du Hezbollah et à la mise en place de réformes structurelles, à la suite de la crise économique et financière de 2019.
Il a dans ce cadre estimé que « le renouvellement de l’administration libanaise permet à l’ensemble des frères arabes et des expatriés de se sentir en sécurité, ce qui constitue un facteur essentiel pour encourager l’investissement ».
Aoun : Épargner le Liban
Quant au président de la République, il a confirmé depuis Baabda, où il recevait un rassemblement de figures politiques hostiles au Hezbollah, dont le député de Tripoli Achraf Rifi, « travailler avec l’ensemble des parties concernées afin d’éviter que le pays soit entraîné dans une nouvelle guerre, car le peuple libanais n’est plus en mesure de supporter d’autres conflits, et parce que les circonstances internationales ont créé de nouvelles réalités qui exigent une approche réaliste et rationnelle pour protéger le Liban et ses citoyens ». Une allusion claire à la crainte liée à une éventuelle intervention du Hezbollah aux côtés de la République islamique, en cas de frappes américaines contre Téhéran. « J’espère que les efforts déployés pour épargner au Liban tout danger rencontreront compréhension et engagement positif », a ajouté le chef de l’État. L’approche « rationnelle » évoquée par M. Aoun fait écho à ses propos appelant début janvier le parti chiite pro-iranien à la « raison », sur fond de refus du Hezb de livrer ses armes au nord du Litani, malgré la décision gouvernementale prise en ce sens en août 2025. « Le retour de la confiance de la communauté internationale à l’égard du Liban est une conséquence naturelle des efforts que nous déployons pour reconstruire l’État sur des bases solides, notamment à travers l’instauration de l’État de droit et du monopole des armes » aux mains de l’État, a encore dit le président Aoun. « Ce sont deux principes irréversibles (...) et nous œuvrons à leur réalisation », a-t-il ajouté. « Il n’est pas question de suspendre la mise en œuvre des engagements que j’ai pris dans le discours d’investiture », le 9 janvier 2025, a-t-il ajouté.
Quant au vice-président du Conseil, Tarek Mitri, interviewé mardi par la chaîne saoudienne al-Hadath, il a dit « espérer que le Hezbollah fera preuve de raison, cette fois encore, en cas de déclenchement d’une guerre contre Téhéran ». Il a ajouté qu’il rejetait « toute implication dans une guerre régionale ou la transformation (du Liban) en théâtre de la guerre des autres », tout en rappelant que le « Hezbollah refuse de remettre ses armes au nord du Litani ».
Kassem : On ne peut plus rien demander au Liban
Pour sa part, le chef du Hezbollah a, lors d’une cérémonie, accusé « certains ministres d’entraîner le Liban dans la discorde », affirmant qu’« on ne peut plus rien demander au Liban » et qu’il fallait désormais faire pression sur « l’ennemi américain et israélien pour faire appliquer l’accord » de trêve conclu en novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah.
« Ils nous disent que nos capacités sont limitées et que l’Israélien peut nous tuer. Nous répondons qu’il est hors de question pour nous d’accepter l’humiliation. Et entre l’humiliation et le martyre, nous choisissons le martyre », a tonné Naïm Kassem.
L’armée israélienne a mené une nouvelle vague importante de frappes aériennes contre des localités situées au nord du fleuve Litani, notamment Kfar Tebnit et Aïn Qana, dans le caza de Nabatiyé. Une heure après des menaces de frappes publiées en ligne, des avions de chasse israéliens ont successivement visé deux bâtiments dans les localités concernées, affirmant cibler des infrastructures du Hezbollah.
Naïm Kassem a estimé que ces frappes israéliennes visaient « l’environnement social » des habitants du Liban-Sud et avaient pour objectif de « pousser les gens à se soumettre et à renoncer à la résistance ».



Bonnes positions politique et salutations à vos déclarations On sent que nous cheminons dans la bonne direction Courage
14 h 07, le 04 février 2026