Rechercher
Rechercher

Culture - Sortir À Beyrouth

Films fantômes : des archives du cinéma reprennent vie à Metropolis

Du 6 au 14 février, le festival The Second Encounter se consacre aux archives filmiques, entre restauration, mémoire et imagination politique.

Films fantômes : des archives du cinéma reprennent vie à Metropolis

L’affiche du film « Beyrouth fantôme » (1999) de Ghassan Salhab, qui passe en version restaurée à Metropolis. Photo capture d’écran YouTube

Que reste-t-il du cinéma lorsque les territoires disparaissent, que les images se fragmentent et que les archives deviennent elles-mêmes des champs de bataille ? Du 6 au 14 février, Metropolis consacre la deuxième édition de The Second Encounter à cette question vertigineuse, au cœur de son projet Cinematheque Beirut.

Intitulée « After Absence », cette édition explore les archives filmiques non plus comme de simples outils de conservation, mais comme des lieux actifs : de mémoire, de deuil, de résistance et d’imagination politique. Dans des contextes marqués par la guerre, l’exil et la destruction, préserver une image devient un acte profondément engagé.

Sur neuf jours, le festival rassemble films fondateurs, œuvres récemment restaurées et créations contemporaines travaillant à partir de matériaux d’archives. Projections, performances, rencontres et exposition composent un programme dense, conçu en partenariat avec le Network of Arab Alternative Screens (NAAS) et avec le soutien de la Fondation Drosos.

L’ouverture donne le ton : Beyrouth fantôme (1999), premier long-métrage de Ghassan Salhab, est présenté dans une copie restaurée. En clôture, Mon cœur ne bat que pour elle (2008) de Mohammad Soueid prolonge le dialogue entre deux cinéastes qui ont profondément marqué le paysage cinématographique libanais depuis les années 1990.

Filmer, restaurer, survivre

Le festival tisse également des correspondances entre différentes géographies de la perte. The Dislocation of Amber (1975) du cinéaste soudanais Hussein Shariffe, récemment restauré, est projeté en regard de Les murs de Sanaa (1972) de Pier Paolo Pasolini. La séance se prolonge par une discussion avec des membres de Cimatheque (Le Caire) et de la Sudan Film Factory (Khartoum), autour de la création et de la restauration de films dans des contextes d’exil et de dévastation.

Au Liban, The Second Encounter s’associe à UMAM D&R pour remettre en lumière le travail du pionnier du cinéma Youssef Fahdeh, figure méconnue mais essentielle des années 1950. Des fragments de son film Fil Dar Ghariba (1958) prennent vie lors d’un ciné-concert, accompagné par la musicienne Nour Sokhon et conçu par le commissaire Ayman Nahleh, en écho à l’exposition « Youssef Fahdeh: A Story from Baalbeck Studios » présentée au Hangar d’UMAM D&R.

Dans la même logique de transmission, une étude de cas menée avec l’association Jocelyne Saab et Cinematheque Beirut revient sur la restauration des films de Jocelyne Saab et de Georges Nasser, révélant les enjeux techniques, institutionnels et politiques de la préservation du patrimoine cinématographique. La session s’achève avec la projection de Ghazl el-Banet (1985), récemment restauré à Beyrouth à partir d’une copie conservée à la Cinémathèque québécoise.

Quand les archives résistent

Les pratiques de found footage occupent une place centrale dans cette édition. Des œuvres majeures comme La Zerda ou les chants de l’oubli d’Assia Djebar aux films récents de Diana Allen, Mahasen Nasser-Eldin, Ghada Sayegh ou Rana Abushkaidem et Mira Jibreen, les cinéastes interrogent les archives coloniales et impériales, écoutant ce qui a été effacé, déformé ou réduit au silence.

En collaboration avec la Fondation arabe pour l’image, le festival présente également deux films de Sanaz Sohrabi, construits à partir des archives de British Petroleum au Moyen-Orient. Une réflexion acérée sur la photographie, l’extraction des ressources et la fabrique visuelle du pouvoir.

À côté des grandes narrations politiques, The Second Encounter ouvre aussi un espace aux archives personnelles : vidéos familiales, récits domestiques, mémoires fragmentées. Des films comme Three Promises de Youssef Srouji, Karaoke de Raed Yassin ou The Video Story de Vartan Avakian transforment ces matériaux intimes en lieux d’enquête, révélant d’autres manières d’habiter l’histoire.

En marge du festival, un symposium fermé, « The Multiple Lives of Images », réunit pendant trois jours des professionnels des archives filmiques du monde arabophone. Un atelier animé par l’archiviste Chantal Partamian, en partenariat avec l’Académie libanaise des beaux-arts (Alba), prolonge cette réflexion auprès des étudiants, autour des archives de Georges Nasser.

Avec « After Absence », The Second Encounter affirme une conviction : dans un monde fracturé, les archives ne sont pas des vestiges. Elles sont des forces vives.

Le programme des projections est à retrouver ici.

Que reste-t-il du cinéma lorsque les territoires disparaissent, que les images se fragmentent et que les archives deviennent elles-mêmes des champs de bataille ? Du 6 au 14 février, Metropolis consacre la deuxième édition de The Second Encounter à cette question vertigineuse, au cœur de son projet Cinematheque Beirut.Intitulée « After Absence », cette édition explore les archives filmiques non plus comme de simples outils de conservation, mais comme des lieux actifs : de mémoire, de deuil, de résistance et d’imagination politique. Dans des contextes marqués par la guerre, l’exil et la destruction, préserver une image devient un acte profondément engagé.Sur neuf jours, le festival rassemble films fondateurs, œuvres récemment restaurées et créations contemporaines travaillant à partir de matériaux d’archives....
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut