Le président de la République Joseph Aoun (à gauche) reçu par le roi d'Espagne à Madrid, le lundi 2 février 2026. Photo X/Présidence libanaise
Le président de la République, Joseph Aoun, a effectué dimanche et lundi une visite en Espagne, au cours de laquelle il s’est entretenu avec le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, notamment sur le soutien à l’armée libanaise et la présence des Casques bleus espagnols au Liban-Sud depuis 2006. Lors de ce déplacement, il a également rencontré le roi d’Espagne, Felipe VI, au palais royal de la Zarzuela.
À l’issue de sa rencontre avec le Premier ministre, trois protocoles d’entente ont été signés, portant sur la formation diplomatique, l’agriculture et la coopération culturelle, notamment entre les bibliothèques nationales des deux pays.
Trois protocoles d'entente signés
Selon un communiqué du gouvernement espagnol, le premier accord établit une coopération dans le domaine de la formation et du perfectionnement des cadres diplomatiques et consulaires. Le second, valable trois ans et renouvelable, concerne le développement des politiques agricoles, la santé animale et végétale, la coopération scientifique et de laboratoire, ainsi que les systèmes de commercialisation. Le troisième accord, qui sera mis en œuvre au cours des quatre prochaines années, vise à renforcer l’échange de livres et de publications, la coopération sur le patrimoine, les archives et la bibliographie. Le ministre des Affaires étrangères libanais, Joe Raggi, présent lors de la rencontre, s’est félicité sur son compte X de ces ententes, soulignant qu’elles « visent à renforcer la coopération bilatérale entre le Liban et l’Espagne ».
Rencontre avec le roi d'Espagne
Le président Aoun a conclu sa visite par une audience avec le roi Felipe VI, et a souligné « la profondeur des relations historiques qui unissent le Liban et l’Espagne, traduites par le respect mutuel entre les deux peuples et le soutien constant de l’Espagne au Liban et à ses causes ». Le souverain espagnol a de son côté rappelé « l’amitié historique liant les deux pays », rappelant que leurs relations diplomatiques « remontent à de nombreuses années. »
Lors de son entretien avec M. Sánchez, le chef de l'État a également insisté sur « l’importance que le Liban accorde à la participation de Madrid à la conférence internationale pour le soutien à l’armée libanaise », prévue à Paris le 5 mars prochain. Le chef du gouvernement espagnol a assuré que « l’Espagne y sera représentée à un niveau ministériel ».
Cette conférence internationale à Paris, qui sera inaugurée par le président Emmanuel Macron, est organisée par le Quintette (France, Arabie saoudite, Egypte, Qatar et États-Unis), et vise à renforcer l’armée libanaise dans l’application du cessez-le-feu et son déploiement au Liban-Sud. Suite au dernier conflit entre le Hezbollah et Israël qui s’est intensifié en 2024 et s’est terminé par un net affaiblissement de la milice chiite, l’armée a été chargée par le gouvernement de Nawaf Salam, en vertu de décisions prises en août 2025, de rétablir la souveraineté sur l’ensemble du territoire, et de réaliser le monopole des armes aux mains de l’Etat, ce qui signifie en pratique un désarmement du Hezbollah. L'armée affirme avoir déjà pris le contrôle au sud du fleuve Litani et s’apprête à lancer la deuxième phase de prise de contrôle au nord du Litani.
Entre MM. Aoun et Sánchez, il a également été question de la participation historique de l’Espagne dans la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), notamment depuis 2006. Le président Aoun s’est enquis de la possibilité d’un maintien de soldats espagnols au Liban-Sud après le retrait définitif de la Finul, prévu fin 2027 à la suite de la dernière résolution adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU à l’été 2025. Selon le communiqué de la présidence, des pourparlers sont en cours à ce sujet entre l’Espagne, l’Italie et l’Autriche. M. Sánchez a indiqué, pour sa part, que « la possibilité d’un maintien des forces espagnoles après le retrait de la Finul sera examinée avec l’Union européenne ».
Par ailleurs, le chef de l’État libanais a remercié le Premier ministre espagnol pour les positions de son pays condamnant les attaques israéliennes continues au Liban-Sud, y compris après le cessez-le-feu de novembre 2024. Il a insisté sur la nécessité de « poursuivre les efforts en vue d’une paix équitable et globale au Moyen-Orient », passant par « une solution à la question palestinienne conformément à l’initiative arabe de paix du Sommet de Beyrouth (de la Ligue arabe) en 2002 », notamment la création d’un État palestinien. De son côté, M. Raggi a rappelé « le rôle central que l’Espagne peut jouer, au sein de l’Union européenne, pour faire pression sur Israël afin de mettre fin à ses violations répétées de la souveraineté libanaise, de se retirer des positions qu’il occupe encore dans le sud du Liban et de libérer les détenus ».
Vers un échange commercial plus développé
La coopération économique a également été abordée lors de la visite. M. Aoun a appelé au soutien de l’Espagne pour permettre au Liban de parvenir à « un partenariat stratégique et global avec l’Union européenne », ainsi qu’au développement des échanges commerciaux bilatéraux. Il a notamment plaidé pour une augmentation des exportations libanaises vers l’Espagne et une réduction du déficit commercial, à travers la facilitation de l’accès des produits libanais au marché espagnol. Le président a également souligné l’importance de relancer le tourisme entre les deux pays, appelant à la levée des restrictions sur les voyages des ressortissants espagnols vers le Liban après le retour à la stabilité sécuritaire.
En réponse, M. Sánchez a assuré M. Aoun de « la détermination de l’Espagne à renforcer les relations économiques avec le Liban à plusieurs niveaux ». Il a aussi souligné « la solidité des relations avec ce pays méditerranéen, inscrit parmi les pays prioritaires de la coopération espagnole dans le cadre du Plan directeur de la coopération 2024-2027 », selon le gouvernement espagnol. Il a enfin annoncé qu’en janvier 2024, le gouvernement espagnol avait décidé de « multiplier par quatre l’aide de l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID) destinée au Liban, pour atteindre 30 millions d’euros au cours des trois prochaines années ».


Cessez-le-feu : entre le non de Tel-Aviv et l’insistance de Beyrouth, Washington pour un retour à l’avant mars 2026