Des proches de détenus islamistes lors d'un sit-in à la place al-Nour à Tripoli, au Liban-Nord, le 19 mai 2026. Photo parvenue à notre correspondant Michel Hallak
En réaction à la proposition de loi d’amnistie, jugée « injuste et inéquitable » par des proches de détenus islamistes, des mouvements de protestation ont été signalés mardi dans plusieurs régions du Liban, notamment à Tripoli, au Akkar (Liban-Nord), dans la localité frontalière de Ersal (Baalbeck-Hermel) ainsi qu’à Khaldé, au sud de la capitale libanaise, rapporte notre correspondant au Liban-Nord Michel Hallak.
Au terme d’un débat de plusieurs semaines, les commissions parlementaires mixtes ont adopté une proposition de loi d’amnistie générale avec des modifications prenant en compte les exigences des protagonistes impliqués dans ce chantier, dont l’armée libanaise. Le débat a débouché sur des modifications significatives du texte, qui concernent notamment les détenus condamnés à la peine de mort (qui n’a plus été appliquée depuis 2004). Ils passeront désormais 28 années carcérales (à raison de 9 mois chacune) derrière les barreaux. Quant aux prisonniers condamnés à la perpétuité, leur peine est désormais réduite à 17 années carcérales. Naturellement, plusieurs détenus dits « islamistes » pourraient profiter de cette nouvelle disposition de la loi, comme le veulent certains ténors de la communauté sunnite. Sauf que le texte proposé dispose que la loi ne s’appliquera pas dans le cas où les proches des victimes de meurtre ne se désistent pas de leur droit personnel.
À Ersal, des proches de détenus islamistes ont bloqué en fin d'après-midi la route pendant un certain temps, avant qu’elle ne soit rouverte après l’intervention de l’armée et des forces de sécurité. À Khaldé, des manifestants ont également coupé provisoirement la circulation en incendiant des pneus.
La mobilisation la plus importante a cependant été enregistrée dans le nord du pays, notamment à Tripoli et au Akkar. À Tripoli, des jeunes ont bloqué en fin de soirée la route de Chalfé-Majdaliya avec des pneus enflammés. Cet appel à la mobilisation coïncidait avec des rassemblements à la place al-Nour qui a été le théâtre de manifestations, de sit-in et de convois de motos avec des drapeaux noirs islamistes brandis pour dénoncer ce que les protestataires qualifient « d’injustice » envers les détenus fondamentalistes. La circulation a également été coupée au niveau du pont Palma, à l’entrée sud de Tripoli.
Dans le Akkar, des manifestants ont bloqué l’autoroute Minié-Abdé au niveau du pont de Mhammara à l’aide de véhicules, dénonçant une proposition de loi jugée « injuste et inéquitable ». La fermeture de la route a provoqué d’importants embouteillages dans les deux sens. Les protestataires ont ensuite intensifié leur mouvement en incendiant des pneus et en appelant à renforcer la mobilisation afin de maintenir le blocage. L’armée est finalement parvenue à rouvrir partiellement l’autoroute à la circulation dans les deux sens, tandis que les efforts se poursuivent pour rétablir totalement le trafic malgré le maintien des manifestants sur les côtés de la route.


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