Deux Palestiniens transportant le corps d'une personne tuée alors qu'elle attendait de l'aide, devant l'hôpital al-Chifa à Gaza, le 3 juillet 2025. Photo Omar al-Qattaa/AFP
L'armée israélienne a confirmé mercredi, pour la première fois, qu'au moins 70 000 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza depuis le début de son offensive contre l'enclave, selon des médias israéliens, entérinant ainsi les chiffres publiés jusqu'ici par le ministère local de la Santé au fil de la guerre.
« L'armée israélienne a accepté l'estimation du ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, selon laquelle environ 70 000 Palestiniens ont été tués pendant la guerre Israël-Hamas », a indiqué le quotidien israélien Haaretz.
492 morts depuis le cessez-le-feu
Souvent remis en question, en raison du contrôle présumé du mouvement islamiste palestinien sur ce ministère, les bilans fournis quasi quotidiennement par les autorités sanitaires de Gaza sont jugés crédibles par l'ONU, en se basant sur l'expérience des précédentes guerres dans l'enclave. Dans son dernier compte-rendu publié mercredi 28 janvier, le ministère a ainsi fait état d'au moins 71 667 Palestiniens tués par des tirs ou des frappes de l'armée israélienne depuis le 7 octobre 2023, précisant 492 personnes l'ont été pendant le cessez-le-feu, entré en vigueur le 10 octobre 2025 et censé bientôt entrer dans sa deuxième phase.
« L'armée conteste le pourcentage de morts civils avancé par l'ONU et déclare qu'aucune personne en bonne santé n'était morte de faim », a ajouté de son côté le Jerusalem Post, qui rapporte également cette estimation de « 70 000 morts » tout en pointant le fait que le ministère de Gaza ne fait pas la distinction entre les combattants et les civils dans ces données.
En juillet, l'instance avait fourni à deux reprises une liste détaillée de plus de 2 000 pages comprenant les noms et les numéros d'état civil de l'ensemble des victimes enregistrées à l'époque. Celle-ci comprenait notamment les noms de 18 430 enfants tués et indiquait que 56 % des tués enregistrés étaient soit des enfants, des femmes ou des personnes âgées de plus de 60 ans.
Israël n'a jamais réfuté ces données en fournissant des informations contradictoires, alors que plusieurs études ont évoqué la possibilité que le nombre de morts à Gaza soit encore plus élevé que celui avancé dans ces chiffres officiels. En juin, deux études, conduites par des spécialistes du calcul de la mortalité durant les conflits armés, avaient estimé que quelque 75 200 Gazaouis étaient décédés de « mort violente » entre le 7 octobre 2023 et janvier 2025 (il y a un an), contredisant ainsi le bilan du ministère de la Santé qui faisait alors état d'environ 55 000 morts.
Cela les avait conduits à conclure que ces bilans sous-estimaient d'environ 40% le nombre réel de personnes tuées, et ce, alors que ces chiffres ne prennent pas en compte les personnes disparues sous les décombres ou les « morts indirectes » (liées aux maladies, à la malnutrition ou au manque de soins).
D'après une estimation publiée le 5 octobre 2025 par le ministère, au moins 460 personnes sont décédées pour cause de malnutrition, dont 154 enfants, au cours des épisodes de famine ayant touché le réduit palestinien causés par le blocus israélien sur l'aide humanitaire. Neuf nouveau-nés sont également morts d'hypothermie depuis le début de l'hiver, selon lui, bien qu'aucune indication officielle ne permet de mesurer l'ampleur de ces « morts indirectes ».
83% de morts civils ?
En outre, une enquête conjointe publiée en octobre par le quotidien britannique The Guardian et le magazine israélien +972 avait révélé que 83% des morts enregistrées dans l'enclave sont des civils, d'après des données chiffrées provenant de la Direction du Renseignement militaire israélien.
Le porte-parole de l'armée israélienne a publié le 20 août un résumé des résultats de l'opération « Chariots de Gédéon », qui a débuté après la rupture du précédent cessez-le-feu avec le Hamas le 18 mars (rompu par Israël qui avait alors refusé de passer à la deuxième phase de l'accord).
Dans ce communiqué, l'armée israélienne avait avancé avoir tué « plus de 2 100 terroristes ». La déclaration comprenait notamment les noms de 34 commandants ou dirigeants du Hamas pendant cette opération. Le même jour, le ministère palestinien de la Santé indiquait de son côté avoir comptabilisé 10 576 Palestiniens tués sur ce même laps de temps depuis la rupture du précédent cessez-le-feu ayant eu cours entre janvier et mars 2025. Si l'on en croit les chiffres de l'armée israélienne, un peu moins 20 % de ces 10 576 morts enregistrés durant cette période seraient donc des combattants de factions armées palestiniennes.
À la même époque, une commission d'enquête internationale mandatée par l'ONU avait accusé pour la première Israël dans un rapport de commettre un « génocide » contre les Palestiniens de Gaza depuis octobre 2023. Celle-ci était alors arrivée à la conclusion « qu'un génocide se produit à Gaza et continue de se produire » avec l'intention de « détruire » les Palestiniens, selon sa présidente, Navi Pillay.
Ce rapport est venu s'ajouter à des accusations lancées de longue date par plusieurs ONG, dont Amnesty International, et alors qu'une plainte déposée par l'Afrique du Sud est étudiée depuis janvier 2024 par la Cour internationale de Justice, avant d'exhorter Israël dans une ordonnance publiée en mars 2024 de « prendre toutes les mesures en son pouvoir pour prévenir la commission, à l’encontre des Palestiniens de Gaza, de tout acte entrant dans le champ d’application de l’article II de la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide », tout en soulignant la « plausibilité » de certaines infractions à cette convention.
Après la publication du rapport, le chef des droits de l'homme de l'ONU, Volker Türk, a indiqué voir des « preuves grandissantes » d'un « génocide » à Gaza. Israël avait alors « rejeté catégoriquement » ce rapport, le qualifiant de « biaisé et mensonger ».




Les soutiens inconditionnels d'Israël, les sionistes de tous bords ne pourront plus argumenter, comme à leur habitude, que ce sont des chiffres inventés par le Hamas puisque leur chère armée autoproclamée la plus morale du monde les confirme.
23 h 43, le 29 janvier 2026