Une foule de partisans du Hezbollah écoutant le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, le 26 janvier 2026. Photo L'Orient-Le Jour/Mohammad Yassine
Différentes formations et personnalités politiques, ainsi qu'une source proche de la présidence, ont critiqué mardi auprès de notre rédaction le discours tenu la veille par le chef du Hezbollah, Naïm Kassem, dans lequel ce dernier affirmait que son parti était « concerné par la nécessité de faire face à la menace » américaine contre l'Iran et n'était « pas neutre » dans un conflit impliquant son parrain iranien.
La présidence libanaise ne commentera pas « officiellement » le discours , rapporte une source proche de Baabda à L’Orient-Le Jour. « Mais nous rappelons que la décision (du monopole des armes, et de guerre et de paix aux mains de l’État) est prise », dit la source. Le chef de l'Etat, Joseph Aoun, « ne fera pas marche arrière à ce sujet », ajoute-t-elle. Le président et le gouvernement de Nawaf Salam sont hostiles à l’influence politique iranienne au Liban, et souhaitent voir le Hezbollah désarmer. Alors que l’armée libanaise doit présenter en février un plan pour le désarmement du parti-milice au nord du fleuve Litani, le Hezbollah refuse de remettre son arsenal dans cette zone, faisant craindre de possibles troubles internes.
« C'est irresponsable, irresponsable, irresponsable », commente de son côté l'ex-chef du parti socialiste progressiste (PSP), Walid Joumblatt, dans une déclaration à L'OLJ. « Je ne sais pas pourquoi il veut entraîner une partie des chiites et le Liban dans la guerre », a dénoncé le leader druze, estimant que Naïm Kassem est en train « de provoquer les Israéliens ». Et d’ajouter : « Ces propos remettent en cause le plan établi par le gouvernement pour l'action de l'armée au Liban-Sud qui avait bien avancé ».
« Bombes sonores »
Les Forces libanaises (FL), qui font du désarmement du parti chiite leur cheval de bataille, critiquent également le discours du numéro 1 du Hezbollah. Interrogé par notre rédaction, le porte-parole de la formation, Charles Jabbour, a minimisé la portée du discours, estimant qu'il ne s'agissait « que de bombes sonores ». « Le cheikh Kassem pense pouvoir redonner vie à la théorie de l'unité des fronts (de « l'axe de la résistance », sous la houlette de la République islamique d'Iran, Ndlr) qui est tombée à l'eau après la guerre de 2023 à Gaza et au Liban. Mais cette fois-ci, la décision est prise par le pouvoir officiel », souligne M. Jabbour. Et de conclure: « Je crois que l'État prendra les mesures nécessaires face à toute aventure de Naïm Kassem ».
Le député des FL, Fadi Karam, a, lui, déclaré à la chaîne locale al-Jadeed que le discours « pourrait entraîner le pays dans des guerres dévastatrices », et que le parti chiite « ne se soucie pas du Liban. »
Le 8 octobre 2023, le Hezbollah avait ouvert un « front de soutien » au Hamas, contre Israël, qui s'est mué en une guerre totale au Liban à l'automne 2024. Alors que l'offensive israélienne à Gaza s'est poursuivi jusqu'en octobre 2025, le front ouvert par le Hezbollah s'est conclu par un accord de cessez-le-feu entre la formation et Israël, entré en vigueur fin novembre 2024.
L'accord de Mar Mikhaël s'est effondré
Même son de cloche du côté de l'ancien allié chrétien du Hezbollah, le Courant patriotique libre (CPL). Martine Najm Kteily, vice-présidente du CPL pour les affaires politiques, a souligné dans une déclaration à L'OLJ que les propos de Naïm Kassem « portaient un défi à l'Etat » et à ses décisions sur le monopole des armes. « Nous refusons que le Liban soit entraîné dans une guerre pour soutenir un pays. D'autant plus que nous avons déjà vu les conséquences désastreuses de l'ouverture du front de soutien à Gaza », a-t-elle ajouté. Les relations du CPL et du Hezbollah se sont distendues dans le sillage de l'ouverture du « front de soutien. »
Le chef du CPL, Gebran Bassil, a déclaré dans un message publié sur son compte X qu'il est « affligeant de voir aujourd’hui se répéter le crime qui consiste à entraîner le Liban dans une nouvelle destruction, au lieu de le neutraliser et de le protéger. » Il a lui aussi affirmé que « l’unité des fronts et la guerre de soutien ont détruit le parti (chiite) et le Liban, et fait tomber la fonction dissuasive des armes. » Il est également revenu sur l'accord noué entre son parti et le Hezbollah, le 6 février 2006. « Le fondement du document d’entente était la libanisation des choix du parti et de son arsenal, à travers le partenariat, la construction de l’État et la défense du Liban. L’entente est tombée lorsque ces piliers se sont effondrés », a encore affirmé M. Bassil.
Échange houleux au Parlement
Un virulent échange verbal a par ailleurs eu lieu lors de la séance parlementaire consacrée au budget. Profitant de sa prise de parole, Firas Hamdan, député issu de la contestation, a également fustigé le discours du Hezbollah. Il a critiqué « une nouvelle fois l’instrumentalisation des habitants du Sud et des Libanais comme monnaie d’échange et comme plateforme, dans un conflit régional, pour la défense de l’Iran, qui n’a pas envoyé le moindre soutien lorsque le Liban-Sud était bombardé », à l'automne 2024. « C’est quoi le rapport ? Je ne te laisse pas (continuer). Tu dois me parler du sujet » à l'ordre du jour, consacré au projet de budget 2026, l'a immédiatement interrompu le président du Parlement et chef d'Amal, Nabih Berry, allié du Hezbollah.
Alors que M. Hamdan poursuivait ses critiques, les députés du Hezbollah, Ali Mokdad et Ali Fayad, sont montés au créneau. « Ce n’est pas acceptable de s’en prendre aujourd’hui à un État ami et frère du Liban. On ne fait pas de surenchère électorale au sein du Parlement », a interrompu le premier. « Je ne parle pas de politique, mais de principe : depuis la tribune du Parlement, s’en prendre à un autre État, est une chose inacceptable », a renchéri le second, entraînant un nouvel échange houleux au sein de la Chambre.
Le chef du Mouvement de l'indépendance, Michel Moawad, a lui affirmé que le Liban ne devait « plus payer les décisions prises en Iran ». « De quelle reconstruction parlons-nous, alors que la guerre continue et que la destruction se renouvelle chaque jour ? Et certains veulent une nouvelle guerre de soutien pour défendre le régime iranien ? C’est de l’argent électoral déguisé, dépensé au détriment de tous ceux qui réclament leurs droits, et non pour la reconstruction », a-t-il lancé. « Ces propos ne sont absolument pas exacts. Il semble que vous ne soyez pas au courant de ce qui se passe. Plus d’un million de Libanais vivent dans la précarité. Informez-vous correctement sur le sujet, et vous verrez le résultat », a répondu M. Berry.
Par ailleurs, à son arrivée au Parlement, le ministre du Travail, Mohammad Haïdar, proche du Hezbollah, a indiqué à la chaîne locale MTV que Naïm Kassem « a exprimé son opinion ; pour notre part, en tant que gouvernement, nous prenons nos décisions au Grand Sérail, et nous sommes attachés au respect de la déclaration ministérielle », qui prévoit notamment que « l’État est entièrement responsable de la défense de son territoire. »
Réagissant au discours de Naïm Kassem lundi, la République islamique d’Iran, parrain régional du parti chiite, s'est de son côté félicitée de la « position honorable du Liban. » « Notre relation (avec le Liban) est un lien de fraternité indissoluble », a écrit lundi l'ambassade iranienne au Liban, dans un message sur son compte X.



Notre pays est, depuis peu, un pays souverain et devrait agir en tant que tel en traduisant en justice tout citoyen qui essaie de se substituer à son autorité en parlant au nom du pays, à fortiori lorsque ce dernier est la cause de sa destruction pour servir un pays étranger. Assez commenter ses discours niais et utiliser donc notre arme démocratique qui est la justice pour enfin nous montrer que les passe-droits n’existent plus et que tout citoyens a le devoir de respecter cette nouvelle autorité tant martyrisée par le passé. Le Liban est un pays de droits et doit le rester.
11 h 54, le 29 janvier 2026