Une partie des députés libanais ors de la séance du Parlement organisée le 28 octobre 2025. Photo d'archives Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Dans un rapport fondé sur les chiffres du projet de loi de finances transmis par le gouvernement à la Commission parlementaire des finances et du budget, et qui devrait être soumis à l’examen de la Chambre des députés dès mardi, le Club des juges a dénoncé, lundi, une répartition inégale des budgets entre les pouvoirs publics, au détriment de la justice. Selon ce rapport, cette situation traduit « une négligence intentionnelle à l’égard du pouvoir judiciaire qui ne se voit pas garantir de ressources minimales nécessaires à son bon fonctionnement ».
Parmi les chiffres les plus marquants, il est relevé que la caisse mutuelle des députés reçoit 1000 milliards de livres libanaises (11,1 millions de dollars) par an, alors que la mutuelle des magistrats ne recueille que 300 milliards de livres (3,3 millions de dollars). Le rapport indique que la caisse des députés assure la couverture de 128 parlementaires en activité et des députés retraités -dont le nombre n’est pas précisé-, tandis que la caisse des magistrats couvre 600 juges en exercice et 300 juges retraités.
D’autres chiffres semblent également significatifs, à savoir ceux consacrés au matériel et aux fournitures de bureau : les présidences de la République et du gouvernement disposent de 34, 5 milliards de livres (383 000 $) le Parlement de 18, 8 milliards (environ 209 000$) tandis que les palais de justice ne reçoivent que 8,2 milliards de livres (environ 91 000$), soit moins que la moitié de ce qui est alloué au Parlement. Dans un calcul effectué par le Club des juges, en divisant ces 8,2 milliards de livres entre les 388 tribunaux répartis sur le territoire, chaque tribunal ne bénéficie que d’environ 21 millions de livres (233 $) par an, soit 1,7 million (19 $) par mois.
Les différences sont aussi révélatrices au plan de la maintenance et des réparations : les palais de justice ne reçoivent que 19 milliards de livres (environ 211 000 $), alors que les présidences de la République et du gouvernement disposent de 190 milliards de livres (2,11 millions de dollars), et le Parlement de 208 milliards de livres (2,31 millions de dollars). Le budget accordé à l’entretien des palais de justice est donc inférieur des dizaines de fois à celui alloué aux institutions du pouvoir exécutif et législatif. Cette insuffisance de moyens logistiques et opérationnels accordés au pouvoir judiciaire a conduit le Club des juges à affirmer qu’« il ne s’agit pas là d’abus, mais d’une paralysie (de la justice) résultant d’une décision politique ».
De son côté, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a publié, lundi, un communiqué dans lequel il affirme avoir examiné le projet de loi de finances, soulignant qu’il s’est réuni avec le ministre de la Justice, Adel Nassar, pour discuter des demandes concernant les droits des juges et des auxiliaires de justice, ainsi que de la situation des palais de justice. Le CSM a appelé les députés à répondre favorablement à ces propositions, afin d’« éviter toute conséquence négative », peut-on lire dans le communiqué.

