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Semaan Bassil : la communication postale de la Grande-Bretagne via Beyrouth

Semaan Bassil : la communication postale de la Grande-Bretagne via Beyrouth

D.R.

Port du commerce de la soie, de la quarantaine et de la diplomatie, Beyrouth fut un carrefour stratégique, en Méditerranée orientale, entre les différents empires et les villes d’outre-mer, et entre la Sublime Porte et l’Europe, comme en témoigne la présence au Liban de six bureaux de poste étrangers — russe, autrichien, allemand, britannique, égyptien et français — établis entre 1845 et 1914, présence confirmée par de très nombreux timbres, cachets, cartes postales et courriers, envoyés ou réceptionnés à cette époque.

Féru d’histoire et de philatélie, Semaan Bassil a consacré à ce sujet trois ouvrages, en français ou en anglais, qui font désormais autorité : Soixante-dix ans d’histoire postale du bureau de poste français à Beyrouth (1845-1914), récompensé par la Médaille d’or de la Chicago Philatelic Society, French Postal History in Tripoli (1852-1914), et Mail in the Levant : Beirut, a case study in the early age of steamship & globalization (1835-1914).

Il vient de publier British Mail in the Levant : The Beirut Postal Hub (1836-1914), un ouvrage passionnant, enrichi de nombreuses reproductions et cartes, dont le produit de la vente sera reversé à l’association CHANCE.

À cette occasion, L’Orient littéraire l’a interrogé sur son œuvre.

D’où vous est venue cette passion ?

Ma passion pour l’histoire en général, l’archéologie et les timbres-poste en particulier, a débuté à l’âge de neuf ans. Chaque semaine, je recevais du bureau de mon père une boîte à cigares remplie de timbres du monde entier, ce qui m’a exposé très tôt aux diverses cultures de la planète.

À cette époque – les années 70 – Beyrouth était une place économique et financière internationale où les filiales de firmes américaines, japonaises et européennes étaient représentées. Évidemment, la grande majorité de la communication entre Beyrouth et le reste du monde était alors assurée par un courrier physique, comme partout d’ailleurs. Les timbres étaient apposés sur les enveloppes, acheminées par un système postal international déjà évolué, soit par voie maritime (moins cher, mais plus long) soit par voie aérienne. Il fallait parfois attendre jusqu’à deux semaines pour que la correspondance soit reçue ! Le télex (l’ancêtre du fax et de l’email) et le téléphone international, coûteux, étaient réservés aux communications urgentes et importantes.

Ma passion pour la philatélie (la collection de timbres) a évolué dans les années 90, une fois de retour au Liban après 25 ans d’émigration, vers une nouvelle discipline : l’histoire postale. Cette dernière, plus précisément, inclut : l’étude des documents physiques (plis, timbres-poste, enveloppes, marques postales, etc.) ; le contexte historique qui permet de comprendre comment ces documents reflètent les changements politiques, sociaux et technologiques (guerres, colonies, chemins de fer, aviation)  ; et la narration d’une histoire (utiliser ces objets pour raconter l’évolution des communications et de la société).

Pourquoi ce nouveau volet ?

Cette quatrième publication est particulière, car elle relate l’intérêt géopolitique qu’avait la Grande-Bretagne à assurer et à protéger, dès 1836, sa communication postale avec les territoires de l’Est (le continent indien, la Mésopotamie, la Perse) via le port de Beyrouth et le golfe Persique. Ce n’est qu’à partir de 1873, suite au début du déclin de l’Empire britannique, que la station de relais postal fut convertie en un bureau de poste à part entière.

Tout ceci se déroula à une époque où Beyrouth devenait un centre diplomatique, postal, commercial, culturel et éducatif pour les provinces syriennes ottomanes. C’était également un maillon stratégique pour la liaison postale britannique entre la métropole et les territoires britanniques, d’une part, et entre la Syrie, la Mésopotamie et la Perse, d’autre part.

Bien que l’histoire postale française à Beyrouth – couverte par mes publications antérieures – ait été plus profonde en raison de ses liens historiques et culturels plus anciens avec le Levant, l’histoire de la communication postale britannique à Beyrouth était, elle, à l’origine pour assurer la sécurité du passage du courrier britannique entre la métropole et ses territoires stratégiques situés à l’Est. Il était donc important de la couvrir, car l’Empire britannique, puissance ultime de l’époque, défiait le rôle traditionnel de la France au Levant, bien que, ironiquement, cette dernière acheminait presque en monopole le courrier britannique avec Beyrouth de 1837 à 1870.

Quelles ont été vos sources ?

Tout au long de la lecture, l’étude est illustrée de manière ludique avec des cartes géographiques, des photos, des timbres-poste britanniques utilisés au bureau de poste de Beyrouth, des documents historiques inédits, ainsi que des lettres, correspondances et plis analysés et décrits, qui ont été postés, réceptionnés ou qui ont transité par ce bureau britannique. Bien que cet ouvrage ait énormément puisé dans des informations primaires provenant des archives consulaires de plusieurs pays étrangers (principalement le Foreign Office à Kew et le musée postal de Londres), les archives de certaines familles libanaises ainsi que des fonds familiaux conservés dans certaines institutions académiques ont également été consultés.

Quels enseignements peut-on en tirer d’un point de vue historique, économique ou géopolitique ?

On me demande souvent ce que je retiens de mes recherches, et la réponse est toujours la même : le comportement humain n’a pas beaucoup changé. L’homme continue d’agir et de réagir de la même manière à travers l’histoire. Par exemple, le comportement des citoyens qui vivaient à Beyrouth avant, pendant et après les conflits importants de 1840 ou de 1860, tel que démontré à travers les rapports des consuls étrangers dans les archives nationales françaises, britanniques et belges, révèle que le comportement socio-économique et politique des citoyens, de leurs leaders religieux ou politiques, ainsi que l’ingérence étrangère, sont toujours d’actualité !

Envisagez-vous une suite à cette belle aventure ?

Le patrimoine historique du Liban est d’une richesse méconnue, et les besoins en recherche pour combler de larges lacunes sont immenses. Mes futures recherches se concentreront soit sur des ouvrages approfondis, soit sur des articles plus ciblés ou thématiques, ainsi que sur d’autres axes encore en cours d’exploration.

Aujourd’hui, grâce à la plateforme de la Lebanese Philatelic Association (LAP), créée à Beyrouth il y a quelques années, les possibilités offertes aux passionnés de philatélie et d’histoire postale pour découvrir des aspects essentiels de notre patrimoine sont sans limites grâce à son réseau international et à ses membres très actifs.

British Mail in the Levant : The Beirut Postal Hub (1836-1914) de Semaan Bassil, 2025, 350 p.

L’ouvrage est disponible dans les librairies Antoine et Stéphan. Il peut aussi être commandé en ligne en écrivant à : bassil.semaan@gmail.com

Port du commerce de la soie, de la quarantaine et de la diplomatie, Beyrouth fut un carrefour stratégique, en Méditerranée orientale, entre les différents empires et les villes d’outre-mer, et entre la Sublime Porte et l’Europe, comme en témoigne la présence au Liban de six bureaux de poste étrangers — russe, autrichien, allemand, britannique, égyptien et français — établis entre 1845 et 1914, présence confirmée par de très nombreux timbres, cachets, cartes postales et courriers, envoyés ou réceptionnés à cette époque.Féru d’histoire et de philatélie, Semaan Bassil a consacré à ce sujet trois ouvrages, en français ou en anglais, qui font désormais autorité : Soixante-dix ans d’histoire postale du bureau de poste français à Beyrouth (1845-1914), récompensé par la Médaille d’or de la Chicago...
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