Le cheikh Khaldoun Oraymet recevant des visiteurs à son domicile dans le Akkar le 21 décembre 2025. Photo fournie par Michel Hallak
L’enquête judiciaire ouverte autour de l’individu connu sous le nom d’« Abou Omar », qui se serait fait passer pour un prince saoudien et aurait escroqué plusieurs responsables politiques libanais, s’est poursuivie vendredi avec une série d’auditions menées par le procureur général près la Cour de cassation, Jamal Hajjar, alors que les réactions se multiplient au sein de la classe politique. L’intéressé, ainsi qu'un député du Akkar, Mohammad Sleiman, ont été entendus dans le cadre de cette enquête ouverte il y a quelques jours, a appris L’Orient-Le Jour de source judiciaire. D’autres personnes devraient également être interrogées par le juge Hajjar pour leur implication présumée.
Si l’enquête a été suspendue pour la journée, elle reste en cours, a-t-on précisé de même source. Après avoir longuement interrogé le cheikh Khaldoun Oraymet mercredi, Jamal Hajjar a donné ordre de l'arrêter. Ce religieux, une personnalité sunnite de la région du Akkar, est accusé par certains d’entretenir des liens avec « Abou Omar ». Vendredi, selon nos informations, les renseignements de l’armée ont interrogé le cheikh Khaled Sabsabi, qui a été maintenu en liberté sous condition de comparaître de nouveau pour un complément d’enquête.
Entre-temps, plusieurs responsables politiques ont publié des communiqués démentant tout lien avec ce dossier. Le bureau du député Sleiman a confirmé que ce dernier avait été entendu « en tant que témoin », soulignant « son attachement au principe selon lequel la loi s’applique à tous ». Le magistrat a également entendu mercredi en tant que témoins le député Fouad Makhzoumi et l’ancien ministre Mohammad Choucair. La conseillère de Makhzoumi, Carole Zouein, a écrit jeudi sur X que Makhzoumi a démenti tout paiement à Abou Omar, soulignant que le député a affirmé au procureur, lors de son interrogatoire la veille, que sa relation avec les cheikhs de Dar el-Fatwa se limite à une caisse d’hospitalisation qu’il a créée il y a trois ans. Tout en confirmant cette déclaration, une source judiciaire indique que le cheikh Oraymet est atteint d’un cancer.
D'après une source judiciaire, l’affaire a éclaté à la suite d’informations transmises à la justice par Ahmad Haddara, un homme d’affaires du Akkar. Ce dernier aurait envoyé des hommes pour séquestrer et battre violemment « Abou Omar », lui provoquant une fracture de la mâchoire. Le site al-Modon a rapporté que des personnalités de premier plan auraient versé de l’argent à Oraymet, qui « gérait les affaires d'Abou Omar ». Le même média a ajouté que ce dernier avait refusé de fournir toute information en l’absence de son avocat. Son fils Marhef, lui-même avocat, était présent pour assurer sa défense. Depuis l’éclatement de l’affaire, le cheikh s’est exprimé publiquement à plusieurs reprises pour nier toute implication.
Enfin, une source judiciaire haut placée a précisé que le faux prince avait déjà été arrêté dans une autre affaire, sans lien avec cette enquête.
Des responsables politiques démentent toute implication
Dar el-Fatwa, la plus haute autorité sunnite du Liban, avait rappelé jeudi que « l’affaire du prétendu prince et les poursuites contre toutes les personnes impliquées relèvent exclusivement de la compétence du pouvoir judiciaire ». L’institution et le mufti de la République « n’interviennent, ni directement ni indirectement, dans aucune arrestation menée à des fins d’enquête ».
De son côté, le bureau du député de la Békaa Hassan Mourad a « catégoriquement démenti les informations relayées par certains médias liant le nom du député à Abou Omar, qui avec son réseau fait l’objet d’une enquête de la part de la justice et des services de sécurité ». Quant au député de Tripoli Achraf Rifi il a pour sa part publié vendredi un communiqué, réitérant sa « demande à la justice de rendre publique l’intégralité de l’enquête concernant Abou Omar, afin que toute la vérité soit révélée ».
Bahia Hariri, sœur de l’ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri, a fait savoir de son côté qu’à la suite du décès de son mari en avril 2024, l’ancien Premier ministre Fouad Siniora l’avait informée « qu’une personne se faisant appeler 'le prince Abou Omar' souhaitait lui téléphoner pour lui présenter ses condoléances ». Elle a précisé avoir reçu cet appel, avant d’ajouter que, sur la base de sa « connaissance » de l’Arabie saoudite et après avoir contacté l’ambassadeur d’Arabie saoudite au Liban, Walid Boukhari, il est apparu « qu’aucune personne ni aucun nom ne correspondent à une telle description ».
L’ancien Premier ministre Saad Hariri a écrit à son tour jeudi un message sur X dans lequel il a catégoriquement démenti « les allégations contenues dans le reportage diffusé par la chaîne al-Jadeed concernant tout contact ou toute rencontre, directe ou indirecte, avec la personne connue sous le nom d’Abou Omar », qualifiant le reportage de « purement diffamatoire et trompeur ».



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