Une cache de pilules de captagon confisquées, présentée au siège de la police judiciaire à Zahlé dans la vallée centrale de la Békaa au Liban, le 21 juillet 2022. Joseph Eid/AFP
La fabrication de captagon en Syrie, plaque tournante pour cette méthamphétamine, a été fortement perturbée par le changement de régime à la suite de la chute de Bachar el-Assad le 8 décembre 2024, a indiqué lundi l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Selon cette agence, la production se poursuit toutefois probablement « dans les pays voisins de la Syrie. »
Le « captagon », amphétamine de synthèse illégale très consommée en Asie de l'Ouest, était devenu depuis 2011 une source majeure de financement sous le régime de Bachar el-Assad.
Toutefois, depuis la prise de pouvoir, le 8 décembre 2024, d'une coalition de rebelles emmenés par Ahmad el-Chareh, ancien leader du groupe jihadiste Hay'at Tahrir el-Cham, quinze laboratoires industriels et treize installations de stockage de plus petite taille ont été démantelés en Syrie. Avant la chute d'Assad, la production quotidienne de « captagon » aurait atteint plusieurs millions de comprimés.
Poursuite « probable » de la production au Moyen-Orient
Selon ce rapport, préparé par l'ONUDC et l'Université arabe de Naif pour les sciences de la sécurité (Naif Arab University for Security Sciences, NAUSS), la production « continue probablement » au Moyen-Orient, notamment dans les pays voisins de la Syrie. Il a toutefois été impossible pour les chercheurs impliqués de vérifier des informations selon lesquelles la production aurait été relocalisée sur d'autres continents, comme l'Afrique.
Selon le texte, une dynamique s'est en outre mise en place dans la région pour lutter contre la production et le trafic de captagon, notamment via le partage d'informations et des actions coordonnées. Cela a permis de très larges saisies, comme cela a été observé au Liban au cours des derniers mois. Dans le pays du Cèdre, selon l'ONUDC, 78 millions de pilules ont été saisies entre décembre 2024 et novembre 2025, un nombre total qui dépasse les saisies effectuées sur les deux années précédentes. En septembre, les autorités libanaises avaient entre autres saisi 6,5 millions de cachets de « captagon » lors d'une intervention ayant permis de démanteler un réseau criminel de trafic de drogue reliant Liban à la Turquie, à l'Australie et à la Jordanie. Des arrestations de trafiquants notoires, comme Nouh Zeaïter, ont également eu lieu récemment dans cette perspective. En tout, depuis décembre 2024, au moins 177 millions de comprimés (soit 30 tonnes) de cette drogue ont été interceptés dans l'ensemble du monde arabe, selon le rapport.
Nouvelles stratégies et nouveaux itinéraires
En 2021, les relations commerciales entre le Liban et plusieurs pays du Golfe avaient été ternies, voire suspendues, après la découverte de stocks de fruits et légumes dans lesquels avaient été cachés des millions de comprimés.
Ces saisies révèlent toutefois qu'un important stock de captagon reste en circulation dans la région. Le rapport souligne en outre que si les pays du Golfe restent la destination principale de ce marché illicite, les trafiquants continuent de diversifier leurs stratégies depuis décembre 2024. De nouvelles routes et points de « ré-emballage » des pilules, souvent transportées en étant dissimulées dans des chargements d'autres produits, ont ainsi été signalés en Europe de l'Ouest et centrale et en Afrique du Nord, tandis que le transport se fait de manière plus fréquente via des itinéraires terrestres et maritimes, avec le passage de plusieurs frontières avant d'arriver dans le Golfe pour brouiller les pistes. Le rapport fait également état de méthodes « originales » pour traverser les frontières terrestres, avec l'utilisation de drones ou de ballons gonflables.



Une très bonne nouvelle pour le monde entier
19 h 07, le 23 décembre 2025