Un drapeau national syrien et un portrait du président syrien Bachar el-Assad déchirés par des combattants anti-gouvernementaux dans la ville d’Alep, au nord de la Syrie, le 30 novembre 2024. Omar Haj Kadour/AFP
Un peu plus d’un an après la chute du régime Assad en Syrie, le chef du parti Baas au Liban, Ali Hijazi, a annoncé que la formation allait se départir de son nom, qui porte l'héritage du régime déchu, et devenir « Le Parti de l’emblème national ».
M. Hijazi a décrit cette mue du parti, lors d'une conférence de presse vendredi à Ghobeyri, comme « un tournant essentiel dans le processus de modernisation, inaugurant la refonte organisationnelle et ouvrant le parti à une nouvelle phase politique ». « Le Liban et la région sont entrés dans une nouvelle ère, et nous avons décidé de changer notre nom, mais non notre mission », a-t-il ajouté. Et de déclarer que cette dernière avait pour objectifs : « la solidarité, la souveraineté et la justice sociale », avant de tendre la main aux « différentes composantes internes du Liban. » Ali Hijazi a ainsi annoncé qu'une demande officielle de changement de nom allait être officiellement déposée au ministère de l'Intérieur.
Le parti Baas a été fondé en 1947 par deux Syriens, Michel Aflak et Salah el-Din al-Bitar, comme un mouvement nationaliste et socialiste panarabe. Si la branche syrienne opérait initialement au sein de ce parti régional, elle a évolué en une dictature militaire sous Hafez el-Assad puis son fils Bachar. De même, la branche irakienne est devenue une dictature sous Saddam Hussein. Le parti Baas a servi de fondement idéologique à un régime ne tolérant que très peu la dissidence, emprisonnant et tuant des centaines de milliers d’opposants. Fin janvier dernier, le parti a été officiellement interdit en Syrie par le président par intérim Ahmad el-Chareh, et ses avoirs ont été confisqués. Même avant sa dissolution, le parti avait suspendu ses activités et remis armes et fonds à la nouvelle administration.
Plus « qu’un nombre très restreint » d'adhérents au Liban
Dimanche, M. Hijazi avait déjà mis l’accent sur « la nécessité d’adopter une nouvelle méthode de travail et de développer les outils organisationnels et médiatiques du parti conformément aux évolutions nationales et régionales ». La direction a voté à l’unanimité le changement de nom, selon lui.
Historiquement, la Syrie a utilisé le parti Baas au Liban pour projeter sa puissance et maintenir son influence sur la scène politique interne, notamment lors de la tutelle qui a pris fin 2005. Un rôle considérablement réduit ces dernières années, affirme Imad Salamey, professeur de relations internationales et affaires du Moyen-Orient à la Lebanese American University. Selon lui, « seul un très petit nombre de personnes restent aujourd’hui membres du parti Baas au Liban, et cela se voit lorsque Ali Hijazi ou d’autres membres se présentent aux élections : ils obtiennent à peine quelques voix ».
Au fil des années, la représentation du parti au sein du gouvernement ou du Parlement est restée limitée. La figure la plus notable fut Assem Kanso, ancien chef du parti Baas au Liban, élu député de Baalbek-Hermel lors des législatives de 2009. Même avant la chute du régime Assad, les élections législatives de 2022 au Liban avaient déjà montré une forte baisse de popularité des partis et figures qui lui étaient affiliées.
L'avenir du parti dépend désormais de sa capacité à naviguer au sein des nouveaux rapports de force, notamment avec le Hezbollah et l’Iran, anciens alliés et soutiens du régime Assad, dans le viseur d'Israël depuis deux ans. Le Baas libanais avait lui-même été visé lors de l'offensive israélienne sur le Liban, fin septembre 2024, dans une frappe qui avait visé à Baalbeck la maison de Ali Hijazi.
« Il a perdu les fondements de son existence »
Un tel changement de nom suffira-t-il à inverser la dynamique ? Pour M. Salamey, le verdict est sans appel : le parti « n’a plus de vision idéologique cohérente, aucun soutien populaire significatif, ni aucun mouvement politique ou social actif représentant une partie des Syriens ou des Libanais ».
M. Salamey note également qu’« avec l’effondrement de l’ancien régime syrien, ce qui reste du parti se limite en grande partie à de petites poches politico-sectaires, des groupes liés à des fidélités communautaires, comme chez les chiites ou les alaouites ». Et de conclure que le Baas libanais « faisait partie de l’ancien régime terroriste Assad, et il a disparu avec sa chute ».



Le changement s’opère partout avec des responsables politiques forts et courageux sauf chez nous. Et dire que nous avons encore un parti national syrien et un autre de la Jamaaa islamiya qui sont représentés par des députés qui votent sur le sort de notre pays, sans que cela ne choque personne, bien au contraire.
13 h 13, le 13 décembre 2025