Le présentateur Marcel Ghanem (à gauche) interroge le leader druze Walid Joumblatt (à droite), sur l'émission « Sar el-Waet » sur la chaîne MTV, le jeudi 11 décembre 2025. Capture d"écran de l'émission retransmise par le média el-Anbaa
Le leader druze Walid Joumblatt a affirmé « soutenir » l’organisation d’un « référendum populaire » sur l’adhésion du Liban aux accords d’Abraham, tout en doutant de la volonté réelle d'une « paix » du côté israélien, lors de l'émission hebdomadaire « Sar el-Waet » (« Il est temps », en arabe) jeudi soir sur la chaîne MTV. L'ancien chef du Parti socialiste progressiste (PSP) a également appelé le Hezbollah à ne « plus être un instrument entre les mains de l’Iran », lançant un appel en ce sens au secrétaire général du parti, Naïm Kassem.
Interrogé sur la « volonté des Libanais de vivre en paix », dans le sillage des négociations directes entamées début décembre entre le Liban et Israël et circonscrites pour le moment aux réunions de la commission de surveillance du cessez-le-feu de novembre 2024 (appelée le « mécanisme »), Walid Joumblatt a dit « soutenir l’organisation d’un référendum populaire sur l’adhésion du Liban aux accords d’Abraham. » Les accords d'Abraham sont un ensemble d'accords signés en 2020 qui ont établi une normalisation diplomatique entre Israël et plusieurs États arabes.
Le chef druze, qui s'est toujours dit attaché à la cause palestinienne, a rappelé son adhésion à «l'Initiative arabe de paix de 2002», qui appelle, en échange de relations normalisées avec les pays arabes, au retrait d'Israël de tous les territoires occupés, y compris la Cisjordanie, Gaza et le plateau du Golan, et la création d'un État palestinien dans les frontières de 1967.
Et de lancer : « Le principe de paix est-il présent chez les Israéliens qui occupent une partie du Liban-Sud (au moins cinq positions, Ndlr) et continuent de s'étendre, avec ou sans excuses ? » Interrogé sur les incursions israéliennes au Liban et en Syrie, il a déclaré : « Je ne me résigne pas face à l'ère israélienne : c’est un État sans frontières (dans l’usage de la force, politiquement et géographiquement), qui veut tout. Qu’on me considère comme étant sous occupation, mais je n’accepte pas la reddition ».
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Le Hezbollah ne doit « plus être un instrument entre les mains de l’Iran »
Walid Joumblatt a également adressé un mot au secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, espérant qu'il « comprenne que la République islamique ne peut pas utiliser le Liban ou une partie des chiites libanais pour améliorer sa négociation (avec les États-Unis) autour du programme nucléaire iranien ou autre ».
« Mais en même temps je m’oppose aux propos de l'ambassadeur américain (Michel Issa) qui dit que l’on doit négocier et supporter les frappes, et aux paroles de (l'émissaire américaine Morgan) Ortagus sur une zone économique dans le Sud. Ce sont des propos inacceptables » a-t-il ajouté. Mercredi, l'ambassadeur Issa a déclaré que ce « n’est pas parce que les négociations ont commencé qu’Israël va pour autant arrêter ses opérations ».
Walid Joumblatt a également assuré que « nous n’oublierons pas les martyrs du Hezbollah qui sont tombés en défendant le Liban », mais a souhaité qu'un « débat ait lieu au sein du « parti » et qu’ils s’accordent pour ne plus être un instrument entre les mains de l’Iran. » Évoquant le chiffre de « 90 % de l’armement stratégique lourd du Hezbollah détruit », il s'est demandé : «Pourquoi alors les Israéliens insistent-ils pour frapper le Liban ? Et veulent-ils le déplacement de toute la communauté chiite?»
Interrogé sur le devenir de la province de Soueida, à majorité druze, dont l'influent cheikh druze syrien Hikmat el-Hijri appelle à son indépendance, et à la « protection » israélienne, M. Joumblatt a estimé qu'une « personne a décidé de s’emparer de Soueida pour en faire un État indépendant avec le soutien d’Israël ». « Voyons jusqu’où cet État entraînera les Druzes de la région. C’est un projet suicidaire à mon avis, car il porte atteinte à tous les intérêts des Druzes arabes musulmans de la région » a-t-il dit. Avant d'évoquer une « bataille existentielle » pour les Druzes. En juillet dernier, Soueida avait été le théâtre de violences intercommunautaires, entre factions druzes d'un côté, et tribus bédouines et forces gouvernementales de l'autre côté, qui avaient fait plus de 2.000 morts, d'après l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Au sujet des élections législatives libanaises prévues en mai 2026, alors que l'épineuse question du vote des émigrés fait planer le doute sur leur tenue, Walid Joumblatt a déclaré qu'on « dit que les élections devraient avoir lieu au printemps, mais j’ai entendu que, comme le Ramadan tombe à cette période, elles pourraient être reportées à juillet ». Le Ramadan 2026, mois de jeûne musulman, a lieu entre la mi-février et la mi-mars.




Walid Baik est connu par ses fins instincts de previsioniste en politique et connaisseur dès rapport de force . Un pays comme le liban basé sur les notions de consensus et compromis peut il supporter les conséquences d’un référendum et ce qu’il implique comme notions de majorité et opposition admises en démocratie à l’occidentale ? Est ce que les différentes composantes de la mosaïque libanaise sont prêtes ou préparées à accepter cet outil précieux en politique ? Dans un univers où la majorité ne reconnaît le droit de l’autre à la différence et obsédé par la peur de l’autre?
09 h 43, le 13 décembre 2025