Le président du Parlement Nabih Berry recevant le président de l’American Task Force for Lebanon (ATFL), Edward Gabriel, et l’ambassadeur des États-Unis, Michel Issa, à Aïn el-Tiné, le 10 décembre 2025. Photo Parlement libanais / Hassan Ibrahim
L’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa, a affirmé mercredi depuis Aïn el-Tiné, à l’issue d’une rencontre avec le président du Parlement Nabih Berry, que « ce n’est pas parce que les pourparlers libano-israéliens ont commencé qu’Israël va pour autant arrêter ses opérations » tout en ajoutant que Tel-Aviv fait une distinction entre « les négociations avec le gouvernement libanais » et « sa guerre contre le Hezbollah ».
« Ce n’est pas parce que les négociations ont commencé qu’Israël va pour autant arrêter ses opérations. Les Israéliens considèrent que ces deux dossiers sont totalement séparés : les discussions se tiennent avec le gouvernement libanais, tandis que leur guerre est dirigée contre le Hezbollah. Ce sont deux enjeux distincts », a déclaré l'ambassadeur américain, s’adressant à la presse.
Ses propos ont été tenus une semaine après la nomination de l’avocat et ex-ambassadeur Simon Karam au sein du comité de supervision de l’application de l’accord de cessez-le-feu, tandis que les Israéliens ont, eux aussi, nommé un représentant civil, le « mécanisme » n’était composé que de militaires. Ces deux civils ont participé le 3 décembre, à une réunion du « mécanisme », avec l'émissaire américain Morgan Ortagus, les États-Unis présidant ce comité de surveillance du cessez-le-feu, et des représentants militaires des deux pays, ainsi que français et de la Force intérimaire de l'ONU au Liban (Finul).
Entre frappes de drones, dynamitage de maisons, tirs à la mitrailleuse, incursions terrestres et bombardements aériens, l’armée israélienne continue d’attaquer le Liban-Sud, la Békaa et, dans une moindre mesure, la banlieue sud de Beyrouth, malgré le cessez-le-feu entré en vigueur le 27 novembre 2024 entre le Hezbollah et Israël. L’État hébreu affirme frapper au Liban les combattants et les infrastructures du Hezbollah et contrecarrer les tentatives présumées du parti de se reconstruire, alors que l'armée libanaise s'est engagée à le désarmer.
Michel Issa a rappelé qu' « il ne faut pas accorder beaucoup d’importance au premier jour des négociations » du 3 décembre. L'essentiel, selon lui, « c’est d’ouvrir la porte au dialogue et de permettre à chaque partie d’exprimer sa position le moment venu ». Il a également estimé que dès lors que les négociations sont engagées, « les choses peuvent se rapprocher et les questions en suspens être résolues plus efficacement. » À la question de savoir s’il avait un message à adresser au Hezbollah qui refuse de rendre les armes, comme le lui demande le gouvernement libanais depuis l'été dernier, M. Issa a répondu que le parti chiite « doit assumer les responsabilités qui lui incombent » ajoutant que la formation pro-iranienne « sait exactement ce qu’elle a à faire ».
Le diplomate américain a par ailleurs souligné que « l’aide à l’armée libanaise se poursuit ». Il a ajouté qu’aucune date n’a encore été fixée pour la visite du commandant en chef de l’armée, Rodolphe Haykal, à Washington, tout en estimant que celle-ci finira par avoir lieu. Avant la décision concernant les pourparlers libano-israéliens, l'administration de Donald Trump avait accusé l'armée libanaise de tergiverser pour désarmer le Hezbollah, l'une des modalités de l'accord de trêve. Pour mettre la pression sur les autorités pour un désarmement plus rapide, des rendez-vous prévus par Rodolphe Haykal à Washington avaient été annulés par l'administration américaine. Selon Michel Issa, le commandant en chef de l’armée libanaise souhaite adresser un message aux responsables américains, et il estime « qu’il est préférable que ce soit lui qui le transmette personnellement ».
M. Issa s’exprimait à l’issue d’une réunion entre M. Berry et la délégation de l’American Task Force for Lebanon (ATFL), présidée par Edward Gabriel. La délégation a également rencontré le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, à Meerab. À l’issue de cette rencontre d’une heure et demie, M. Gabriel a qualifié les discussions de « fructueuses », soulignant qu’elles avaient permis un examen détaillé de la position de Washington sur le Liban et des défis pesant sur les relations entre Beyrouth et Washington. Il a, dans ce cadre, insisté sur la nécessité pour le Liban de prendre, dans les mois à venir, « les mesures appropriées » afin de renforcer sa relation avec les États-Unis.
La délégation a également été reçue par le chef des Kataëb, le député Samy Gemayel, à Saïfi. M. Gemayel a souligné « la nécessité de soutenir l’armée libanaise dans l’accomplissement de ses missions, d’étendre la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire libanais et de mettre en œuvre le plan visant à concentrer les armes entre les mains de l’État ».



Encore une fois « Si ce n’était pas toi, c’était donc ton frère… »
13 h 28, le 11 décembre 2025