Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, lors du forum de Doha, au Qatar, le 7 décembre 2025. Photo HUSSEIN BAYDOUN / Factstory for MOFA / AFP
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a assuré, dimanche, partager « la même vision » que le chef de l'État Joseph Aoun au sujet du monopole des armes au Liban, lors d'une intervention au Forum diplomatique de Doha, au Qatar. Il a par ailleurs révélé qu'un projet de loi qui pourrait permettre aux déposants d'accéder à leurs comptes bloqués depuis la crise économique de 2019 était en cours de préparation et serait présenté avant la fin du mois de décembre.
Interrogé sur la nécessité, pour le Liban, d'accélérer le processus de désarmement du Hezbollah, M. Salam a répondu : « Le président et moi-même partageons la même vision : nous souhaitons tous deux une mise en œuvre rapide des réformes, notamment pour l'instauration d'un monopole total sur les armes ». « Issus d'horizons différents, nous n'avançons pas au même rythme, mais nous poursuivons le même objectif », a-t-il ajouté.
Le gouvernement libanais a décidé le 5 août dernier de s'engager à récupérer le monopole des armes, et a chargé l'armée d'établir un plan, avalisé un mois plus tard. La troupe œuvre actuellement au sud du fleuve Litani, dans la zone frontalière avec Israël, pour y démanteler les infrastructures du Hezbollah, qui ne s'y oppose pas, mais rejette tout désarmement total, dans le reste du pays. Nawaf Salam a, à plusieurs reprises, pris des positions plus strictes concernant le Hezbollah et son arsenal que M. Aoun, qui fait plutôt prévaloir le dialogue. La polémique autour de l'illumination de la grotte aux pigeons à Beyrouth par le parti chiite avait notamment fait apparaître des tensions entre les deux hommes, M. Salam ayant reproché que les forces de sécurité et la troupe n'étaient pas intervenues pour empêcher la projection, organisée sans autorisation officielle.
Accéder aux comptes bloqués
S'exprimant au sujet de la crise économique et du secteur bancaire au Liban, M. Salam a indiqué qu'il présentera « avant la fin du mois un projet de loi relatif au partage des pertes et à la possibilité pour les déposants d'accéder à leurs comptes bloqués ». «Ce projet devra ensuite être adopté par le Parlement», précise-t-il.
Interrogé sur sa volonté de briguer un nouveau mandat, le Premier ministre a confié qu'il « souhaite d'abord terminer ce mandat (et que) la question sera ensuite tranchée par le prochain Parlement ». « Nous nous sommes engagés à organiser les élections législatives comme prévu. Nous avons commencé les préparatifs en mai », a-t-il ajouté. Selon la Constitution, après les élections, les groupes parlementaires mènent des consultations contraignantes avec le chef de l'État pour nommer un Premier ministre.
Le Forum de Doha, qui comprend 162 pays, se présente comme « une plateforme mondiale de dialogue réunissant des dirigeants et responsables politiques afin de discuter des défis majeurs auxquels le monde est confronté », selon ses organisateurs.
C'est dans ce cadre que Nawaf Salam s’est entretenu samedi avec le président syrien Ahmad el-Chareh, avec lequel il a évoqué les dossiers communs entre le Liban et la Syrie.
Discussions sur la phase post-Finul
En marge de sa participation au Forum diplomatique de Doha, Nawaf Salam s'est notamment entretenu avec Rosemary DiCarlo, secrétaire générale adjointe des Nations unies aux Affaires politiques et à la Consolidation de la paix. Les discussions ont porté sur la phase qui suivra le départ de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), les réformes en cours dans le pays ainsi que la question des réfugiés. Suite à une décision du Conseil de sécurité des Nations unies, la Finul, qui est déployée dans le sud du Liban depuis 1978, entamera son retrait le 31 décembre 2026 pour un départ complet d’ici à fin 2027. Depuis, les autorités libanaises ont exprimé leur volonté de voir déployée dans le Sud une force internationale sous l'égide de l'ONU.
Le Premier ministre s'est en outre entretenu avec Helga Schmid, vice-présidente de la Conférence de Munich sur la sécurité, qui lui a adressé une invitation officielle à participer à cet événement, prévu du 14 au 16 février. Il a aussi rencontré le prince Zeid Raad al-Hussein, président de l'Institut international pour la paix (IPI), avec lequel il a évoqué le soutien aux institutions et le renforcement de la gouvernance au Liban.
Le travail de l'armée au Liban-Sud présenté à Doha
Interrogé par la chaîne publique Télé Liban, le ministre de l'Information Paul Morcos, également présent à Doha, a pour sa part confié que « les efforts considérables déployés par l'armée au sud du fleuve Litani et les différentes phases de ce déploiement ont été présentés » pendant le forum. « L'armée poursuit ce plan malgré les difficultés et les obstacles. Des discussions ont eu lieu avec des responsables, en particulier l'envoyé américain Tom Barrack, concernant les difficultés rencontrées par l'armée dans sa mission, même si elle n'a pas cessé ses efforts », a indiqué Paul Morcos.
« Ce forum a permis de rencontrer plusieurs responsables arabes et étrangers afin de leur exposer la position officielle du Liban et les efforts déployés par le gouvernement libanais, notamment la récente initiative du président de la République de nommer l'ambassadeur Simon Karam à la tête de la délégation de négociation libanaise » au sein du « mécanisme », le comité de suivi du cessez-le-feu au Liban-Sud. « Cette nomination, conjuguée à l'expertise militaire de la délégation, confère au Liban un élan et une influence accrus dans ses négociations », a ajouté le ministre. L'ambassadeur Simon Karam a été nommé mercredi dernier comme représentant civil du Liban aux réunions du « mécanisme ». Un choix qui déplaît au Hezbollah, mais qui a été défendu par le président Aoun qui espère ainsi éviter une nouvelle escalade au Liban.



"C’est à vous, Yves Prevost". La formule est bien aimable, mais trompeuse, puisque mon commentaire - comme, d'ailleurs, la moitié de ceux que je poste - a été jeté au panier!
08 h 02, le 09 décembre 2025