Critiques littéraires Roman

Cœurs blessés…

Cœurs blessés…

D.R.

Les Filles de l’oubli de Ramy Zein, L’Harmattan, 2025, 244 p.

La fidèle lectrice que je suis attendait avec impatience la parution de son dernier roman… C’est chose faite, et une fois de plus Ramy Zein nous surprend avec Les Filles de l’oubli. Il s’agit là d’une histoire de transmission, de silences, de trahisons, de secrets de famille qui suintent, et… de destins fracassés.

Ramy Zein décrit avec un réalisme sans détour ni fioriture les rapports sociaux d’une grande violence, où la couleur de peau conditionne l’existence et où l’apparence gangrène les relations entre individus : « Le bébé avait un teint sombre, presque noir. (…) Le rejeton d’une bonne probablement », tout est dit ! Une expérience ordinaire du racisme que va vivre au plus profond de sa chair la petite Rita, la Sérélankiyyé, coincée dans une société dans laquelle la diversité n’est pas reconnue et l’égalité encore moins.

Rita l’invisible avait fait du bois, bordant cet espace de vie imposé, son royaume. « Le bois était son abri, son havre à portée de main », mais pour son plus grand malheur il deviendra l’antre de ses cauchemars… Cette nature, jusque-là enveloppante et protectrice, sera le témoin de sa tragédie. Tout a basculé ce jour-là dans son refuge.

Dans ce monde bien comme il faut, chacun est à sa place  ; il n’est pas question de voir la réalité telle qu’elle est, et encore moins de l’accepter. On va même jusqu’à s’interdire de prononcer le Mot – Viol –, car il s’agit bien d’un Viol : sommet de l’horreur et de l’irréparable, épée de Damoclès pour le coupable et sa famille avec cette crainte du déshonneur si d’aventure cela finissait par se savoir. Quant à la victime, le verdict est sans appel : elle devra vivre avec.

Au fil des pages, on croise aussi Bassem, réfugié, accusé de ce crime parce que syrien et donc criminel désigné idéal : « coupables, les Syriens le sont par définition, par essence ».

À travers l’histoire de Rita, l’auteur dénonce de manière tout aussi implacable la pratique de la kafala et ses dérives, système d’emprise totale sur l’employée de maison… Dans le cas présent, Kali  ; Kali, l’autre invisible du roman, celle sans qui Rita n’aurait pas vu le jour et qui osa défier les règles de ce dispositif où avoir des relations amoureuses, tomber enceinte, se marier est interdit.

Le roman est construit comme un puzzle : les pièces s’ajoutent les unes aux autres. Le passé et le présent s’entrelacent… Zein nous entraîne dans un tourbillon d’émotions. Les personnages se dévoilent petit à petit, chacun aux prises avec son passé qu’il tente d’assumer ou au contraire rejette avec force. Les vies se croisent, se brisent, se reconstruisent : Mister trouvera le réconfort dans les bras de la domestique et pourtant, il se jouera d’elle, la réputation étant plus forte que tout. Nadia et Salem, témoins indirects de cette relation interdite : la première s’évertue à racheter la faute du père et le second craint pour l’héritage et le prestige de la famille… Sans oublier Chebli, ce « monstre » coupable qui cherche la rédemption, au final peut-être lui aussi victime d’un père d’une brutalité sans nom. Autant de personnages, reliés les uns aux autres, en proie à leurs tourments et que rien ne semble pouvoir apaiser.

Le mensonge et la vérité sont au cœur de ce roman tissé comme une toile ! Mais toutes les vérités sont-elles bonnes à connaître ?

La quête des origines : Rita l’invisible, née de ce père qui ne l’a jamais reconnue et qui, sur son lit d’hôpital, dévoile cette vérité sordide et surtout sa lâcheté. Rita l’invisible, enfant née de l’Amour, d’un amour vrai pour Kali, fondé, là encore, sur un mensonge. Rita l’orpheline à la peau sombre, qui porte en elle tous les stigmates d’une société refusant d’assumer l’impensable.

Mais le destin joue des tours… La vie peut-elle réparer ce qu’elle a détruit ? Voilà autant de questions soulevées par Zein qui exprime toute sa sensibilité dans ce roman.

Qu’y aura-t-il au bout de cette traversée ? Une note d’espoir dans un monde qui, plus que jamais, a besoin de croire qu’un lendemain meilleur est encore possible…


Les Filles de l’oubli de Ramy Zein, L’Harmattan, 2025, 244 p.La fidèle lectrice que je suis attendait avec impatience la parution de son dernier roman… C’est chose faite, et une fois de plus Ramy Zein nous surprend avec Les Filles de l’oubli. Il s’agit là d’une histoire de transmission, de silences, de trahisons, de secrets de famille qui suintent, et… de destins fracassés.Ramy Zein décrit avec un réalisme sans détour ni fioriture les rapports sociaux d’une grande violence, où la couleur de peau conditionne l’existence et où l’apparence gangrène les relations entre individus : « Le bébé avait un teint sombre, presque noir. (…) Le rejeton d’une bonne probablement », tout est dit ! Une expérience ordinaire du racisme que va vivre au plus profond de sa chair la petite Rita, la...
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