Le président Joseph Aoun le 9 janvier 2025. Photo d'archives/présidence
Des responsables civils libanais et israélien ont participé mercredi à une réunion du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu dans le sud du Liban, premières discussions directes depuis plus de 40 ans entre les deux pays toujours en état de guerre. En 1983, après l'invasion israélienne du Liban, les deux pays avaient mené des contacts directs qui avaient abouti à la signature d'un accord (connu sous l’accord du 17 Mai) prévoyant l'établissement d’arrangements sécuritaires entre eux, mais il n’est jamais entré en vigueur.
La présidence libanaise a en effet annoncé mercredi, dans un communiqué lu par sa porte-parole Najat Charafeddine et diffusé en direct sur Télé Liban, le nom de la personnalité civile libanaise qui représentera désormais le Liban aux réunions du comité de surveillance du cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël (appelé le « mécanisme »). Il s’agit de l’avocat et ancien ambassadeur du Liban à Washington au début des années 1990, Simon Karam.
Ce dernier a assisté à la réunion de ce comité qui s'est tenue ce matin à Naqoura en présence de l'émissaire américaine Morgan Ortagus, a indiqué à l'AFP une source proche des participants, indiquant que les deux délégations, libanaise et israélienne, étaient dirigées par des civils. La rencontre intervient au lendemain de réunions de Mme Ortagus avec des responsables israéliens, dont le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, qui a affirmé sur X que « le désarmement du Hezbollah est crucial pour l'avenir du Liban et la sécurité d'Israël ».
Du côté israélien, c'est Uri Resnick, titulaire d’un doctorat en relations internationales de l’Université hébraïque de Jérusalem, qui a été choisi, selon des médias de l'Etat hébreu. Le bureau du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a confirmé, sans toutefois préciser le nom, l’envoi d’un représentant pour une rencontre avec des responsables politiques et économiques au Liban, qualifiée de « première tentative pour établir une base de relations et de coopération économique entre Israël et le Liban », rapporte l’AFP. Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a estimé que son homologue israélien était « allé trop loin » avec cette qualification. « Nous ne sommes pas en train de mener des négociations de paix avec Israël, et la normalisation est liée au processus de paix », a-t-il indiqué.
Selon le communiqué de Baabda, le président Joseph Aoun a pris sa décision « conformément à son serment constitutionnel et à ses prérogatives, dans le but de défendre la souveraineté du Liban, l’intégrité de son territoire et ses intérêts supérieurs ». Il évoque aussi une nomination « en réponse aux efforts appréciés du gouvernement des États-Unis, qui assure la présidence du « comité technique militaire pour le Liban », créé en vertu de la Déclaration de cessation des hostilités du 27 novembre 2024, et après avoir été informé par la partie américaine de l’accord du côté israélien d’ajouter un membre non militaire à sa délégation au sein dudit comité ». La nomination a été faite suite à une concertation entre les trois présidences (de la République, du Parlement et du gouvernement), précise aussi le texte.
A l'issue de la réunion du comité de surveillance, l'ambassade des États-Unis a publié un communiqué saluant l'intégration de représentants civils du Liban et d'Israël. Leur présence, souligne l'ambassade, « reflète l’engagement du 'mécanisme' à faciliter des discussions politiques et militaires dans le but d’assurer la sécurité, la stabilité et une paix durable pour toutes les communautés affectées par le conflit ». Elle précise également que « le comité se réjouit de travailler en étroite collaboration » avec ces responsables civils « lors des prochaines sessions et d’intégrer leurs recommandations alors que le 'mécanisme' continue de promouvoir une paix durable le long de la frontière ». « Toutes les parties ont salué cette participation supplémentaire comme une étape importante pour garantir que le travail du Pentalatéral s’ancre dans un dialogue durable à la fois civil et militaire », conclut-elle.
De son côté, le gouvernement israélien a affirmé que les discussions directes s'étaient déroulées dans « une atmosphère positive », selon un communiqué. « La réunion s'est déroulée dans une atmosphère positive, et il a été convenu d'élaborer des idées pour promouvoir une éventuelle coopération économique entre Israël et le Liban », a indiqué le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, jugeant par ailleurs « incontournable » le désarmement du Hezbollah. Dans une interview avec des journalistes mercredi, M. Salam s'est dit ouvert à ce que les participants au mécanisme, soit l'ONU, les Etats-Unis et la France, « vérifient » le désarmement du Hezbollah par l'armée libanaise.
Institué en même temps que la trêve entrée pour mettre fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah, le comité était jusqu’ici composé de représentants militaires du Liban, d'Israël, des États-Unis, de la France et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul).
L’élargissement du mécanisme pour y inclure des civils est une suggestion faite par Morgan Ortagus. Elle a fait l’objet d’un accord de principe des différents pôles du pouvoir libanais. Mais le Hezbollah, qui refuse de remettre ses armes à l’État libanais malgré une série de décisions prises l’été dernier par le gouvernement pour restaurer le monopole des armes, était opposé à l’idée d’inclure des civils dans ce comité qu’il critique régulièrement pour son absence de réaction face aux violations israéliennes de la trêve.
Contacté, le porte-parole du Hezbollah Youssef Zein a indiqué mercredi à L’Orient-Le Jour que le parti « étudie la nomination de Simon Karam avant de prendre une position officielle ». Il a laissé entendre que le parti pourrait s’exprimer à ce sujet durant la journée de mercredi
Depuis la conclusion de la trêve, Israël bombarde quasi quotidiennement le territoire libanais, affirmant de son côté que le Hezbollah a commis des centaines de violations. Au moins 127 civils ont été tués au Liban selon un récent décompte de l’ONU, qui ne comptabilise pas les morts du Hezbollah.




Monsieur le Président et Monsieur le Premier Ministre, Mieux vaut tard que jamais . Vous êtes sur la bonne voie, restez fort et ne flanchez pas, nous avons besoin d'espoir.
09 h 12, le 04 décembre 2025