Le Premier ministre Nawaf Salam au Grand Sérail, le 14 septembre 2025. Photo d'archives Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé mercredi que son homologue israélien était « allé trop loin » en qualifiant la décision libanaise de nommer un ancien ambassadeur dans sa délégation de représentants au sein du comité de surveillance du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah (le « mécanisme ») de pas vers une normalisation des relations entre les deux pays, qui n’ont jamais signé de traité de paix depuis l’armistice de 1949.
« Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est allé trop loin dans sa description de notre décision d’inclure un ancien diplomate libanais — Simon Karam — dans le comité », a déclaré M. Salam dans un entretien à la chaîne al-Jazeera, relevant cependant que le Liban était prêt à s’engager dans des « négociations supramilitaires » avec son voisin. « Nous ne sommes pas en train de mener des négociations de paix avec Israël, et la normalisation est liée au processus de paix », a-t-il insisté selon des propos repris par les médias libanais.
Le chef du gouvernement israélien avait réagi à l’annonce faite dans la matinée par la présidence libanaise, en la qualifiant de « première tentative pour établir une base de relations et de coopération économique entre Israël et le Liban ».
Le « mécanisme » a été institué en même temps que la trêve entrée en vigueur entre Israël et le Hezbollah le 27 novembre 2024 après la dernière guerre qui les a opposés depuis le 8 octobre 2023. Il était composé de représentants militaires du Liban, d’Israël, des États-Unis, de la France et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), jusqu’à la réunion de mercredi à laquelle l’émissaire américaine Morgan Ortagus a participé, marquant ainsi l’inclusion des premiers civils — avec celui désigné par la partie israélienne — dans cette instance.
Cette perspective était rejetée par le Hezbollah, qui refuse de remettre ses armes à l’État libanais malgré une série de décisions prises l’été dernier par le gouvernement pour restaurer le monopole des armes. Israël, de son côté, continue de mener des frappes quotidiennes sur le territoire libanais, fragilisant chaque jour un peu plus la trêve, alors que les autorités israéliennes ont menacé de lancer une nouvelle intervention de grande envergure dans le pays si l’État libanais ne parvient pas à désarmer la milice chiite.
« Nous avons reçu des messages israéliens faisant état d’une possible escalade, mais sans échéances précises (…) Les émissaires qui ont visité Beyrouth estiment que la situation est dangereuse et susceptible de s’aggraver », a déclaré à ce sujet Nawaf Salam lors de son intervention sur la chaîne qatarie.
« Le Hezbollah doit remettre ses armes ; c’est l’un des éléments essentiels de sa participation au projet de construction de l’État (…) Les armes du Hezbollah n’ont pas dissuadé Israël et n’ont pas protégé le Liban, et l’État a repris la décision de guerre et de paix », a-t-il insisté avant de conclure : « Nous ne permettrons pas des aventures qui nous entraîneraient dans une nouvelle guerre, et il faut tirer les leçons de l’expérience du soutien à Gaza. »
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S’exprimant sur le sujet lors d’un forum organisé à la Faculté de droit et des sciences politiques de l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK), le ministre de la Justice, Adel Nassar, a considéré que le fait de remettre ses armes à l’État ne devait pas être vu comme une « concession » par le Hezbollah, mais plutôt comme une « reconnaissance du rôle de l’État en tant que garant et protecteur ». Des propos qui prennent le contre-pied de ceux du secrétaire général du parti, Naïm Kassem, qui a affirmé dans un discours vendredi dernier que l’État s’était révélé incapable de protéger le Sud-Liban.
Réactions à la nomination de Karam
La nomination de Simon Karam dans le « mécanisme » n'a pas manqué de faire réagir au Liban, alors que le porte-parole du Hezbollah, Youssef Zein, a indiqué mercredi à L’Orient-Le Jour que le parti pourrait communiquer sa position officielle dans la journée.
« Le souverain pontife Léon XIV a réussi à réaffirmer les fondements du dialogue, de l’amour et de la paix, loin des messagers du malheur, de la rhétorique et de la guerre venant de toutes parts », a ainsi écrit de manière imagée le leader druze Walid Joumblatt sur X, faisant le parallèle entre la visite du souverain pontife au Liban, qui s'est achevée mardi, et l’annonce de la nomination de Simon Karam effectuée tôt dans la matinée de mercredi.
لقد نجح الحبر الأعظم ليون الرابع عشر في التأكيد على أسس الحوار والمحبة والسلام بعيدا عن رسل الشؤم والتنظير والحرب من كل حدب وصوب #لبنان pic.twitter.com/hULOs46jVM
— Walid Joumblatt (@walidjoumblatt) December 3, 2025
Le député de la contestation, Marc Daou, a estimé qu’il s’agit « d’une étape qui affirme la souveraineté du Liban et la capacité du pouvoir politique à gérer les dossiers sécuritaires, politiques et diplomatiques », dans une déclaration relayée par l’Agence nationale d’information (Ani, officielle). Le député de Beyrouth Fouad Makhzoumi a, lui, remercié Joseph Aoun pour sa décision, la qualifiant de « démarche positive qui s’inscrit dans la bonne direction » et « qui consolide la souveraineté de l’État et renforce son autorité ». Le président et député des Kataëb Samy Gemayel a également salué la décision du chef de l’État « de mettre à profit l’expertise de Simon Karam pour présider la délégation libanaise au sein de la commission du mécanisme », tout en espérant que « cette mesure sera suivie de démarches visant à accélérer l’extension de la souveraineté de l’État, à limiter les armes et à protéger le Liban de toute agression. » Tout en saluant cette orientation, il a espéré qu’elle constituera « une véritable porte d’entrée pour traiter la question des armes en dehors du cadre des institutions de l’État ». Selon lui, le Liban « ne retrouvera sa place que par un État qui détient seul la décision de guerre et de paix ».
L'ancien ministre de la Justice Salim Jreissati (CPL) avait été parmi les premiers à réaffirmer que Simon Karam avait la compétence nécessaire pour le poste, toujours selon l’Ani.



Suffit la lâcheté. Dites ouvertement que nous voulons la paix à n’importe quel prix et que celui qui n’est pas d’accord nous le fasse savoir. Les discours courageux aussitôt remplacés par des rétropédalages ne vous servent pas et ne sauveront pas notre pays.
13 h 09, le 04 décembre 2025